Comment concilier croissance et respect de l’environnement ?

Il est plus simple, plus efficient et plus productif pour un pays émergent de prendre immédiatement le tournant de la croissance verte. La mise en œuvre des INDC, l’adaptation et la finance climatique figurent parmi les priorités du Maroc pour la COP de Marrakech.

Dans le cadre de la préparation de la COP 22, la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc (CFCIM) a organisé, le 17 octobre, «Les Entretiens de Rabat», sous le thème : «Le Green, levier de croissance du Royaume?». Cet évènement s’inscrit dans la continuité des «Entretiens de Royaumont» qui rassemblent, depuis 2003, des personnalités et des décideurs des mondes politique, économique et culturel.

Selon Jerôme Chartier, député et fondateur des «Entretiens de Royaumont», «le Maroc, compte tenu de sa géographie, de sa situation économique et de ses ambitions, a su comprendre la chance extraordinaire que représente une croissance verte». Et d’expliquer, en faisant certainement allusion à la décision du Maroc de réduire ses émissions de CO2 et de porter à 52% la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique à l’horizon 2030, qu’«il est plus simple, plus efficient et plus productif pour un pays émergent de prendre immédiatement le tournant de la croissance verte, car il peut d’emblée faire des choix vertueux et climato-intelligents».

Divergences sur la notion de décroissance

Nizar Baraka, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), révèle, pour sa part, que «parmi les priorités que nous nous sommes fixées, au niveau de la COP 22, il y a la nécessité de veiller à la mise en œuvre des contributions nationales pour le climat (INDC), de donner à l’adaptation la place qui doit lui être réservée, de donner un accent particulier à la finance climatique, d’améliorer les capacités et d’assurer un meilleur transfert des technologies et de l’innovation». François Fillon, député et ancien premier ministre français, est sur la même longueur d’onde. Pour lui, «le changement climatique est à l’œuvre et impose une rupture dans les politiques des pays dits développés et des anticipations dans les pays qui sont considérés comme en voie d’émergence». Cependant, il récuse l’idée de la décroissance défendue par certains, car celle-ci pourrait peut-être sauver la Terre, mais ferait le malheur de ses habitants. Et d’expliquer que «ma conviction est que le mariage entre la croissance et l’environnement passe par la recherche et l’innovation, qui peuvent nous permettre de changer la nature de l’écosystème productif».

Nicolas Hulot, président de la Fondation Nicolas Hulot, avertit que «nous sommes à un moment critique et il suffirait de peu pour que nous basculions dans l’irréversible». Et de s’interroger sur la volonté de «réaliser la transition énergétique et donner aux pays les plus vulnérables l’accès à une énergie respectueuse de l’environnement», alors que «dans le même temps, nous continuons à subventionner, dans des formes diverses et variées, les énergies fossiles à hauteur de 500 milliards de dollars par an».

Invité à conclure, Abdelâdim Lhafi, Commissaire général de la COP 22, a jugé que le temps de Paris était un temps extrêmement important, un tournant historique. «A la COP de Marrakech, il nous appartiendra de traduire cela en termes concrets, car il y va de l’urgence de l’action», a-t-il insisté.