Clubs de football : Le cost killing pour combler les pertes de billetterie et la fuite des annonceurs

• Les pertes de billetterie sont estimées à environ 12 millions de dirhams dans le cas des grands clubs de Casablanca.
• L’Ittihad de Tanger a perdu trois sponsors fin 2020.
• La réduction des coûts demeure la seule solution en attendant l’ouverture des gradins aux spectateurs.

Depuis mars 2020, les matchs de football se jouent à huis clos. Cela prive les clubs d’entrées d’argent considérables, qui totalisent dans le cas du Raja et du WAC de Casablanca entre 10 et 12 millions de dirhams annuellement. Le cas du Raja est d’autant plus grave que ses dettes sont colossales et les impayés des joueurs s’élevaient l’année dernière à 50 millions de dirhams. À un degré moindre, l’Ittihad Riadi de Tanger et le Moghreb Athlétic de Tétouan, qui jouent d’habitude leurs matchs à domicile dans des stades archicombles, doivent aussi compter sur d’autres ressources. Le cas de l’Ittihad est encore plus critique depuis la résiliation de trois grands contrats de sponsoring. En ce qui concerne les autres clubs de la Botola, ce que rapporte la billetterie est moindre, en fonction de la taille du club, de son terrain, des enjeux des compétitions et du nombre de ses aficionados. À titre d’exemple, le Difaâ El Hassani El Jadidi (DHJ) empoche grâce à la billetterie environ 1,5 million de dirhams net par an. C’est ce que nous confirme Abderrahman Khalid, vice-président du DHJ en charge du dossier de la transformation en S.A.
Comparé à d’autres sources de revenus, la billetterie n’est pas la plus importante, mais demeure la moins sujette aux incertitudes du Business Sport. Les clubs ont dû donc s’adapter à cette nouvelle contingence, qui s’accompagne d’une baisse drastique au niveau des budgets de sponsoring. Selon Hamza El Hajoui, président du Fath union sport de Rabat (FUS) et vice-président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), les clubs ont dû faire preuve d’ingéniosité en termes de gestion. «Cette perte importante au niveau des entrées des clubs a été comblée essentiellement par la réduction budgétaire. Il a fallu optimiser les ressources», souligne M. El Hajoui. Dans le cas des clubs structurés, la restriction budgétaire a été accompagnée par l’augmentation des activités de loisirs. Mais cette voie n’a été empruntée que par les clubs qui disposent de moyens et de structures adaptés pour diversifier leurs services. Dans le cas du FUS, cette alternative a été freinée à cause des limitations imposées par les mesures de sécurité anti Covid-19 et les obligations de distanciation.
«Dans une année normale, notre centre de formation accueille environ 2 500 enfants. Ce nombre est réduit à 1 500 actuellement», poursuit Hamza El Hajoui.
En gros, «il s’agit d’un travail de cost killing au sens le plus restrictif du terme», précise M. El Hajoui. Cela ne touche pas uniquement les salaires, qui constituent une part très importante des charges des clubs, estimée, dans le cas d’un club comme le WAC de Casablanca, à plus de 38 millions de dirhams (2018), ce qui représente 46% des coûts. Plusieurs clubs ont opté pour le non-renouvellement des joueurs budgétivores, «surtout si ceux-ci n’ont pas convaincu». D’autres charges comme les concentrations en déplacement précédant la saison footballistique, ou durant l’intersaison, ont tout simplement été supprimées. Le FUS a organisé les siennes à Rabat.
De son côté, la direction du contrôle de gestion de la FRMF a serré l’étau pour que les recrutements soient effectués selon des normes strictes. Comment ? «La fédération ne valide le recrutement des joueurs et du personnel technique que si les clubs disposent de fonds propres. L’obtention des licences des joueurs dépend de la capacité des clubs à les rémunérer», souligne le président du FUS. Quoi qu’il en soit, les recrutements sont à la baisse cette année et la valeur des joueurs a connu une dévalorisation inouïe. Un joueur du DHJ, estimé dans le marché des transferts européens à un million d’euros, a vu sa valeur chuter de plus que la moitié, pour finalement être transféré localement.

Les subventions sont providentielles
Les subventions versées par la fédération et les collectivités territoriales seront plus salutaires cette année. D’habitude, la FRMF verse des subventions relatives aux droits de télévision, à condition que les clubs tiennent leur assemblée générale (AG). À fin décembre 2020, cette condition n’avait pas été respectée par le Raja, le WAC de Casablanca et le Moghreb de Tétouan, ce qui a privé ces clubs de 2 millions de dirhams. Mais ce versement n’est pas annulé de manière définitive.
Dès la tenue de leur AG, la fédération procédera au versement de cette subvention. Pour ce qui est des villes et des régions, premiers partenaires institutionnels, leurs subventions sont très importantes dans les finances des clubs. La saison passée, le Raja et le WAC avaient bénéficié de deux millions de dirhams de subventions chacun. Ces sommes entrent dans le cadre d’une mesure approuvée par les élus de la ville, octroyant la somme de 6 millions de dirhams pour les deux clubs, échelonnés en trois versements annuels (2 millions par an). Karim Glaibi, membre du Conseil de la ville de Casablanca, confirme que cette subvention n’a pas encore été versée cette année.
Mais les pertes les plus considérables sont dues au retard accusé au niveau du processus de transformation des clubs en S.A. Sur le papier, plusieurs clubs sont maintenant des sociétés anonymes, mais ils n’ont pas finalisé toutes les formalités, notamment fiscales. Cela les a empêchés de bénéficier des programmes d’appui comme Intilaka ou Damane Oxygène lancés par l’Etat l’année dernière. Une perte substantielle.