Cité de l’artisanat, foire annuelle à  Fès…, les idées d’Anis Birou pour le secteur

Restructuration des métiers, labellisation des produits…, le secteur a besoin
d’une mise à  niveau en profondeur

Des brevets seront déposés pour protéger
les produits marocains à  l’international comme le berrad ou le zellige

2,1
millions d’artisans répertoriés et un CA annuel de 10,8 milliards de DH.

La dernière s’était déroulée en… 1994. L’artisanat aura de nouveau sa foire nationale annuelle, qui se tiendra à  Fès. Organisée par le secrétariat d’Etat chargé de l’artisanat, la prochaine édition est programmée du 20 au 29 juin prochain.
Toutes les régions y participeront pour exposer leurs produits artisanaux spécifiques. Le coût de l’opération n’est pas encore arrêté, mais, selon une première estimation, il pourrait atteindre les 10 MDH. Le financement sera assuré par la ville, la région ainsi que des sponsors. «Une telle opération constitue une importante opportunité pour la promotion du secteur aussi bien au niveau national qu’international. La foire se tiendra chaque année. Sera également développé le concept des foires régionales», explique Anis Birou, secrétaire d’Etat auprès du ministre du tourisme, chargé de l’artisanat.

Un projet de loi pour réglementer les métiers de l’artisanat
Hormis cette action ponctuelle, le secrétariat d’Etat planche sur le projet de création de la «cité de l’artisanat». Un concept qui permettra une promotion continue des produits artisanaux. Le choix de la ville qui abritera cette exposition permanente se fera sur la base d’un appel d’offres. Un cabinet d’études est déjà  engagé pour déterminer les termes de référence et réaliser un benmarking afin de cerner le coût. A ce propos, M. Birou tient à  préciser que «ce projet ne doit rien coûter à  l’Etat. Le financement se ferait par les villes ainsi que des partenariats divers. Par ailleurs, nous retenons l’idée de la rentabilité économique de la cité de l’artisanat elle-même, dans la mesure o๠celle-ci peut générer des recettes, notamment par de l’animation ou encore par son insertion dans les itinéraires touristiques».
Il est clair, au vu de ces deux projets, que la promotion du secteur – qui en a grand besoin – est une priorité du secrétariat d’Etat. Cependant, elle n’est pas son unique préoccupation car la relance de l’artisanat impose de multiples actions s’articulant autour de deux grands axes : l’organisation des métiers et la mise à  niveau de la production. Deux grands chantiers liés, qui sont lancés simultanément par le département d’Anis Birou.

Aujourd’hui, le secteur occupe 2 100 000 personnes dont 400 000 employées dans l’artisanat d’art et le reste – notamment les coiffeurs, mécaniciens, électriciens, plombiers ou encore propriétaires de hammams – exerce dans l’artisanat de services. Ces statistiques seront précisées grâce aux résultats de la première enquête lancée au cours de l’été 2007 par l’Observatoire de l’artisanat. Les conclusions de cette enquête seront rendues publiques au cours de la première semaine d’avril.
Pour l’heure, on notera qu’il existe une anarchie totale à  laquelle l’autorité de tutelle entend remédier. «Pour cela, il faut un texte de loi réglementant le secteur et donc définissant les métiers liés réellement à  l’artisanat. Cela créera une rupture avec le passé et constituera une étape importante dans l’évolution du secteur», explique-t-on. Le projet en est à  la première étape puisque les services du secrétariat d’Etat ont élaboré un projet de plateforme préliminaire qui, dans une seconde phase, sera discuté avec les 24 Chambres d’artisanat qui seront sollicitées pour donner leurs avis. Enfin on passera à  un travail de terrain visant la sensibilisation des artisans à  l’utilité de l’organisation des métiers. «C’est un projet que nous voulons consensuel et qui, après ces trois étapes, sera mis dans le circuit normal de l’adoption, pour passer au Parlement à  la session d’octobre 2008», précise Anis Birou.

Rétablir la crédibilité des produits d’artisanat marocain
On retiendra que le premier objectif est de faire la distinction entre artisanat d’art et artisanat de services. Dans un deuxième temps, l’accent sera mis sur la formation qualifiante. Concernant ce volet, le modèle allemand d’organisation des métiers a séduit le secrétariat d’Etat qui entend reproduire cette expérience basée sur une double exigence : un diplôme et plusieurs années de stage permettant d’avoir le statut d’artisan.
Reste à  savoir, si le projet de loi est adopté, ce qu’il adviendra des actuels artisans et quel impact aura cette restructuration sur le coût des prestations de l’artisanat de service. M. Birou explique que les actuels artisans bénéficieront d’une mise à  niveau. Pour le prix à  payer, il y aura certainement une augmentation du coût des prestations, mais celle-ci se fera dans le cadre du rapport qualité/prix. Par ailleurs, le plan de restructuration des métiers prévoit un retour effectif à  la fonction d’«amine», un artisan choisi parmi ses pairs et qui aura une fonction de contrôle et d’arbitrage.
Cette fonction incombera aussi, en partie, aux Chambres d’artisanat que le projet de loi réformera également. L’ambition du secrétariat d’Etat est de les mettre au même niveau que les Chambres des arts et métiers françaises. Cela signifie qu’elles joueront un rôle plus actif puisqu’elles seront érigées en instance d’expertise, de décision et d’animation du secteur. L’inscription des artisans y sera obligatoire. Cela permettra à  la fois de générer des recettes grâce aux cotisations et de catégoriser et de recenser les artisans.

Outre l’organisation du secteur, l’autre chantier ouvert est celui de la mise à  niveau de la production artisanale qui doit se faire par le biais d’actions précises et ciblées. Et c’est dans ce cadre qu’une réunion a eu lieu, mardi 25 mars, avec l’Office marocain de la protection industrielle et commerciale (Ompic) en vue d’étudier les possibilités de protéger l’artisanat marocain, entre autres le berrad, le zellige et la poterie. La démarche vise donc à  déposer des brevets reconnus au niveau international car, aujourd’hui, plusieurs de ces produits (en particulier le zellige) sont fabriqués en Chine et en Italie. Une chose est sûre, précise le secrétaire d’Etat chargé de l’artisanat, «la démarche s’impose car il faut rétablir la crédibilité des produits artisanaux marocains». Cela se fera aussi par le biais de la garantie de la qualité des produits, notamment via la labellisation. Un texte de loi sera élaboré pour instituer un contrôle de qualité qui sera confié à  des organismes contrôleurs à  mettre en place. Le label de qualité pourra également être délivré par les «oumana» ou par des laboratoires qui seront gérés par les professionnels eux-mêmes au sein des Chambres d’artisanat. Pour l’instant, le seul label existant est l’estampillage des tapis, mais qui est très contesté car n’obéissant ni à  des normes ni à  des critères précis.
Par ailleurs, le département de l’artisanat mise sur l’amélioration de la qualité qui requiert une organisation des mono-artisans en PME. Aujourd’hui, on compte 120 PME dans le secteur et le secrétariat d’Etat prévoit la création de 180 autres à  l’horizon 2015. La création de ces entités aidera à  l’organisation du secteur et à  la production d’articles élaborés et adaptés à  la demande des consommateurs aussi bien nationaux qu’étrangers. Pour accompagner les artisans, il est mis en place un programme d’appui visant à  les équiper. La première opération a eu lieu avec les artisans céramistes de Fès qui ont bénéficié d’un investissement de l’ordre de 4 MDH qui ont servi à  l’achat d’un four.

Le secrétariat d’Etat a également signé une convention avec le Fonds de dépollution (Fodep) pour l’achat de fours à  gaz, dont le prix à  l’unité varie entre 500 000 et 900 000 DH. Ces fours seront vendus aux coopératives de potiers moyennant une contribution des artisans à  hauteur de 40%, un appui de 40% du Fodep, le reste pouvant être couvert par crédit bancaire.
Tous ces chantiers visent trois objectifs précis. Il s’agit en premier lieu de porter le chiffre d’affaires du secteur, actuellement de 10,8 milliards de DH, dont 1,7 milliard générés par les achats des touristes en visite au Maroc, à  24 milliards à  l’horizon 2015. Le deuxième consiste à  multiplier les exportations par 10, à  7 milliards de DH. Autre objectif, enfin : la création d’emplois qui devraient atteindre 115 000 postes.
Pour Anis Birou, tous ces chantiers sont aussi urgents et primordiaux les uns que les autres, surtout quand on sait que le secteur fait vivre aujourd’hui quelque 10 millions de Marocains.