Ciment : la surcapacité de production dépasse les 6 millions de tonnes par an

La capacité de production nationale avoisine actuellement 21 millions de tonnes pour une demande qui ne dépasse pas 15 millions de tonnes. La consommation est sur un trend baissier depuis 2011. Sur les deux premiers mois de l’année, les ventes ont baissé de 9,1%.

Après avoir bouclé l’année 2013 difficilement, le secteur du ciment peine toujours à redresser la barre. Le volume des ventes baisse de 5,4% en février 2014, en variation annuelle, après un repli de 12,8% en janvier. Avec un total de 2,4 millions de tonnes écoulés sur les deux premiers mois de l’année, le marché recule en tout de 9,1% par rapport à la même période de 2013. Selon les anticipations des professionnels, le mois de mars, dont les chiffres n’ont pas encore été dévoilés, ne devrait pas renverser la tendance et le secteur devrait bien terminer le premier trimestre en baisse.
Les importantes précipitations qui ont caractérisé les mois de janvier et février, et qui ont perturbé les chantiers, sont la première raison invoquée par les professionnels pour justifier la baisse de la consommation. Cela a davantage compliqué les choses pour le secteur du BTP, dont l’activité accuse déjà le coup avec une enveloppe dédiée à l’investissement budgétaire qui baisse de 10 milliards de DH en 2014, à 49,5 milliards de DH, sans compter les reports et les annulations de marchés. Il y a aussi les opérations de report des crédits au niveau de l’administration qui durent les 4 ou 5 premiers mois de chaque année, empêchant les paiements dus aux entreprises de BTP et affectant de ce fait leur activité. Avec toutes ces entraves, on ne s’étonnera pas de savoir que le secteur du BTP n’a consommé que 10% des volumes de ciments écoulés en janvier et février 2014, en baisse de 2,22% par rapport à la même période de l’année passée. Mais ce sont surtout la promotion immobilière et l’auto-construction qui ont perdu le plus de terrain sur les deux premiers mois de l’année.

Les opérateurs anticipent un redressement de la demande sur les prochains mois

Ces deux segments qui s’approvisionnent essentiellement auprès des canaux de négoce (revendeurs de ciment) ont absorbé 10,6% de ciments en moins par rapport à 2013. Cela dit, ils restent de loin les premiers consommateurs nationaux avec une part de 71,4% dans le total. Cela laisse des parts de 8% et 10% respectivement pour le préfabriqué et le béton prêt à l’emploi, étant à préciser que la demande du premier segment s’est maintenue entre janvier et février tandis que le second a baissé de 10,3%. La mauvaise orientation de la demande de ciment sur les deux premiers mois de 2014 reste tout de même moins préoccupante que la chute de 18% enregistrée à fin février de l’année passée. Cependant, sur un horizon d’analyse plus long, le secteur semble bien sur la mauvaise pente. L’année 2013 qui s’est soldée par une baisse de la demande de plus de 6% a aggravé un peu plus la surcapacité de production. Alors que la consommation ressort à 14,8 millions de tonnes sur l’année passée, la capacité de production est autour de 21 millions de tonnes. Et l’écart n’a fait que s’aggraver sur les dernières années. La capacité de production établie à 16,2 millions de tonnes en 2009 est montée à 19,1 millions en 2010 puis à 20,4 millions en 2011 et 20,6 millions en 2012. Parallèlement, la consommation qui ressort à 14,5 millions de tonnes en 2009 a fait presque du surplace en 2010, à 14,6 millions avant de monter à 16,1 millions en 2011 et s’engager sur une pente descendante jusqu’à aujourd’hui.

Mais les opérateurs anticipent un redressement de la demande dans les prochains mois en se basant notamment sur le regain de forme relatif des crédits alloués à l’habitat et à la promotion immobilière en ce début d’année. Seulement, il faut noter que la capacité de production nationale devrait elle aussi s’élargir de manière sensible à moyen et long terme. Par exemple, Lafarge a engagé une enveloppe de 2,8 milliards de DH pour la mise en service à l’horizon 2015 d’une nouvelle usine dans la région d’Aït Baha d’une capacité de 1,2 million de tonnes. Ciments du Maroc a lui aussi dans ses cartons un projet d’investissement dans le Nord prévu pour 2017. Il y a aussi les nouveaux entrants sur le secteur dont le groupe Anouar Invest qui devrait démarrer en septembre prochain la construction d’une cimenterie à Laâyoune. Avec tout cela, il faudra composer avec d’éventuelles importations de ciment, anticipées par les analystes spécialistes du secteur, provenant notamment de l’Union Européenne et de certains pays arabes.