Ciment : la surcapacité de production a été multipliée par cinq depuis 2006 !

Elle est passée de 1 à  5 millions de tonnes. Entre 2006 et 2012, la consommation n’a crû en moyenne que de 5.7% par an contre 9% pour la capacité de production. Sur les 5 premiers mois de 2013, la consommation a baissé de 14.5%.

Après un début d’année éprouvant, les choses ne devraient pas s’arranger pour le secteur du ciment. Sur les 5 premiers mois de 2013, la consommation de ce produit a chuté de 14,5%, à 6,4 millions de tonnes, selon les statistiques officielles, et l’exercice en cours devrait s’achever sur une baisse de 8% d’après une récente étude de BMCE Capital. En cause, «le déplacement du Ramadan en juillet et la succession des périodes de fêtes religieuses jusqu’en septembre», qui devraient enfoncer les ventes. C’est d’autant plus pénalisant que les cimentiers n’ont pas la possibilité d’augmenter leurs prix pour compenser la baisse en volume étant donné qu’ils avaient appliqué des augmentations générales tout juste au quatrième trimestre 2012 afin de récupérer le manque à gagner suite à la dernière hausse de la taxe spéciale sur le ciment.

Les opérateurs peinaient déjà à encaisser le coup des 4 précédentes années mitigées qui ont aggravé la surcapacité du secteur. Tandis que la consommation limite sa progression à 5,7% par an entre 2006 et 2012, la capacité de production globale a crû annuellement de près de 9% en moyenne sur la période, soit une hausse totale de 8,2 millions de tonnes. Résultat : la surcapacité du secteur a été multipliée par 5 sur la période, passant de 1 à 5 millions de tonnes. Pour s’adapter à cette donne, le taux d’utilisation de l’outil de production a sensiblement baissé dans l’intervalle, passant de près de 92% à 77% actuellement, ce qui enfonce la rentabilité.

Maîtrise des charges, le nouveau cheval de bataille

La marge opérationnelle moyenne au niveau du secteur a reculé de 2 points, comparativement à 2006, pour s’établir à 30,6% en 2012, et ce, après avoir atteint un pic de 40,4% en 2009. Il faut dire qu’en plus les prix ont subi une forte pression suite à l’arrivée de Ciments de l’Atlas, du groupe Sefrioui, avec deux cimenteries implantées en 2010 et 2011 d’une capacité totale de 3,2 millions de tonnes.

En dépit de tous ces mauvais signaux, les cimentiers ne lèvent pas le pied sur les investissements. Après tout, le secteur peut encore profiter de nombreuses opportunités, notamment l’important déficit en logements qui avoisine toujours les 800 000 unités et le très prometteur programme de logements sociaux parti pour durer jusqu’en 2020. Tout cela sans compter le faible taux de pénétration du béton prêt à l’emploi jusqu’à présent.
Visant à investir en bas du cycle pour profiter pleinement d’une éventuelle reprise du marché, Lafarge Ciments a engagé une enveloppe de 2,8 milliards de DH pour la mise en service à l’horizon 2015 d’une nouvelle usine dans la région d’Aït Baha d’une capacité de production de 1,2 million de tonnes. Les choses avancent bien jusqu’à présent puisque les carrières seraient sécurisées et le foncier est en cours d’acquisition. Ciments du Maroc maintient également son projet d’investissement dans le nord quoique celui-ci, initialement prévu à l’horizon 2014-2015, a été reporté jusqu’en 2017. A son tour, la filiale du groupe Sefrioui devrait s’engouffrer dans la brèche avec le lancement d’un troisième site de production à Nador.

Face à la recrudescence de la concurrence qui se traduit par une forte pression sur les prix de vente et par conséquent sur les niveaux de marge, le nouveau cheval de bataille des sociétés demeure la maîtrise des charges et l’amélioration de la performance industrielle. Dans cette lignée, les cimentiers ont recours aux sources d’énergie alternatives. Le sujet est au centre de la 14e convention de l’Association professionnelle des cimentiers qui se tient le 21 juin à Marrakech. A l’heure actuelle, les cimentiers demeurent pénalisés par le manque de réglementation régissant le secteur des combustibles alternatifs. Pour y remédier, l’APC a signé en début d’année un mémorandum d’entente avec le ministère de l’énergie pour l’organisation de la filière de la collecte et de la valorisation des huiles et pneus déchiquetés. Globalement, l’utilisation des combustibles alternatifs devrait s’intensifier à l’avenir avec la professionnalisation de la filière de traitement des déchets, sachant qu’en Europe le taux de substitution varie de 30% à 55%.