Ciment : la demande enfoncée par la méforme de la promotion immobilière

La promotion immobilière et l’auto-construction consomment 10% de ciment en moins au premier semestre 2014 en comparaison avec la même période de 2013. Les travaux publics font du surplace sur la période du fait de la contraction de l’enveloppe de l’investissement public et des reports de crédits de l’administration.

Après un début d’année difficile, le secteur cimentier boucle sans surprise le premier semestre 2014 sur une note négative. Les ventes ont reculé de 4,4%, à 7,4 millions de tonnes en comparaison avec la même période de l’année passée. La promotion immobilière et l’auto-construction ont contribué le plus à cette baisse de la consommation. Ces deux segments de la demande, qui s’approvisionnent auprès des canaux de négoce (revendeurs de ciment), ont consommé 10% de ciment en moins par rapport à l’année passée. Il faut dire que la production de logements ne sort toujours pas la tête de l’eau. Si l’on ne retient que le segment du logement social qui alimente à lui seul l’essentiel de l’activité des opérateurs depuis des mois, seuls 6 640 habitats ont été achevés sur les trois premiers mois de 2014 alors que près de 12 000 unités avaient été livrées en moyenne trimestrielle l’année passée. Les cimentiers semblent néanmoins parier sur un redressement de la demande émanant des initiateurs d’auto-constructions. En attestent les récents efforts du leader du marché Lafarge Maroc pour se renforcer sur le segment. Les travaux publics font en revanche du surplace en termes de consommation sur les 6 premiers mois de l’année, ce qui s’explique par plusieurs raisons. En premier figure la contraction de l’enveloppe dédiée à l’investissement budgétaire. A cela s’ajoutent encore les retards de paiement généralement observés sur le premier trimestre au niveau de l’administration en raison des reports de crédits qui perturbent la bonne marche de l’activité des entreprises de travaux publics.

Avec une consommation qui ne semble pas prête d’interrompre son déclin continu depuis 2011, la surcapacité du secteur ne devrait pas se contracter. Déjà à fin 2013, l’excédent de production dépassait les 6 millions de tonnes, avec une demande annuelle de 14,8 millions de tonnes pour une capacité de production autour de 21 millions de tonnes. Le mouvement devrait s’accélérer avec les élargissements de capacité prévus sur les années à venir. Citons entre autres la nouvelle usine de Lafarge Maroc dans la région d’Aït Baha d’une capacité de 1,2 million de tonnes prévue à l’horizon 2015. Aussi, Ciments du Maroc a un projet d’investissement dans le Nord prévu pour 2017, ce à quoi s’ajoute le groupe Anouar Invest qui devrait démarrer en septembre prochain la construction d’une cimenterie à Laâyoune.

Augmentation des prix et économies d’énergie pour préserver les marges

Ne pas en déduire pour autant que l’horizon est bouché pour les cimentiers. Il subsiste en effet des zones géographiques encore prometteuses, notamment le Sud-Centre (Marrakech-Tensift-Haouz, Doukkala-Abda et Tadla-Azilal) et le Centre-Nord-Est (le Gharb, Rabat-Salé-Zemmour-Zaer, Meknès, Fès…) dont la consommation par habitant demeure actuellement en dessous de la moyenne nationale. Les moyennes de consommation y avoisinent en effet 500 kg de ciment par habitant alors que le Nord et l’Oriental sont à plus de 700 kg/habitant. Aussi, pour retomber sur leurs pieds dans l’actuel contexte de ralentissement, les cimentiers s’appuient sur plusieurs leviers. Il s’agit principalement des économies sur le poste énergie qui pèse les deux tiers du coût de production des industriels. En effet, les cimentiers ont réduit leur consommation électrique de 35% en 10 ans grâce à leurs parcs éoliens et par l’usage de déchets comme combustibles de substitution. Et pour soutenir leurs niveaux de marge, les opérateurs n’hésitent pas à augmenter leurs prix. La dernière révision en date appliquée ces dernières semaines s’est traduite par une hausse du prix du sac de 50 kg de 2 DH chez les détaillants, ceci sachant que les professionnels du bâtiment rapportent des révisions à la hausse annuelles de 3 à 4% depuis 2007.

Ces révisions tarifaires, sans être concertées au niveau du secteur, ne bouleversent pas les parts de marché détenues par chaque opérateur. Ces parts, estimées par les analystes de Crédit du Maroc Capital font ressortir un poids de 35,3% pour Lafarge. Ciments du Maroc affiche 23,9%, Holcim 19,6% tandis que Asment Temara et Cimat affichent respectivement 6,7% et 14,5%.