CHU de Casablanca : 75 % des patients ne paient pas !

54% des patients présentent un certificat d’indigence et la majorité des admis aux urgences sont soignés gratuitement.
Les recettes sont en progression de 40% mais restent insuffisantes.
Le CHU rationalise son fonctionnement : à l’avenir, les médecins-chefs
auront un budget et devront atteindre des objectifs.

Le secteur de la santé est malade, c’est connu. Par contre, le fait qu’un CHU (centre hospitalier universitaire) lève un crédit à l’international pour s’équiper relève de l’inédit. Celui de Casablanca, qui se classe en deuxième position dans le pays, après celui de Rabat, a franchi ce pas. Avec la garantie de l’Etat, il a emprunté 41 MDH à une banque autrichienne. Ce crédit, sur 5 ans, a été accordé au taux de 2,2 %. Cette somme a servi à renouveler les plateaux techniques de radiologie.
Une telle initiative montre que les changements qu’on escomptait avec la loi 37/80, qui a inauguré l’autonomie financière des CHU au Maroc, sont possibles et qu’un hôpital, tout dédié au service public qu’il soit, peut fonctionner comme une véritable entreprise. Le professeur Mohamed Andaloussi, directeur du CHU de la métropole, abonde d’ailleurs dans ce sens. Mais comment un hôpital vit-il ? D’où vient son argent ? Où va-t-il ?
Le budget du CHU de Casablanca qui compte trois formations hospitalières et un centre dentaire (hôpital Ibn Rochd, 20 Août et l’hôpital d’enfants, en plus du centre de consultations et de traitements dentaires) se monte à quelque 173 MDH, dont 148 millions pour le fonctionnement et 25 millions alloués à l’investissement. Le nombre d’employés est de l’ordre de 3 600 personnes, dont un bon millier émarge sur les registres du ministère de l’Enseignement supérieur. La masse salariale absorbe néanmoins 50,7 % du budget de fonctionnement, soit 75 MDH.

Les CHU adoptent une démarche qualité
En plus de cette contribution de l’Etat, d’autres ressources proviennent de bienfaiteurs et d’ONG. Cette manne est passée de 29 à 32 MDH entre 2003 et 2004. Les autres rentrées proviennent bien évidemment des règlements des patients. Pour ce poste, on relève que, sur le million et demi d’actes médicaux effectués sur l’année (entre admissions, consultations externes, IRM, accouchements urgences…), 24 % des patients passent effectivement à la caisse, 54 % sont pris en charge sur présentation d’un certificat d’indigence, sachant que les exonérés comme les anciens combattants, les handicapés, les personnes atteintes de tuberculose représentent 3 à 6 % de l’ensemble des admis sur une année. Les 22 % restants, étant admis aux urgences, paient rarement : l’hôpital ne les soumet à aucune contrainte ni garantie pour accéder aux soins. Selon le professeur Mohamed El Andaloussi, ce manque à gagner est classé dans une rubrique «sommes à recouvrer». En fait, explique-t-il, «ce sont des petits montants, compris entre 200 et 700 DH, mais leur volume est de l’ordre de 120 MDH, rien qu’au niveau des urgences».
Pour les exercices 2003 et 2004, les recettes provenant des paiements effectués par les malades ont été, respectivement, de 62 et 87 millions de DH, soit une hausse de 40,3%. Et comme l’explique le directeur du CHU de Casablanca, les recettes tirées de la facturation des soins seront en augmentation constante avec l’entrée en vigueur de l’Amo (Assurance maladie obligatoire) et du Ramed (Régime d’assurance maladie pour les économiquement démunis). Mais ces régimes constitueront aussi un défi pour ces unités. En effet, la clientèle, parce qu’elle aura une couverture, n’ira dans les CHU que s’ils opèrent les mises à niveau nécessaires qui en feront des unités qui offrent des services comparables à ceux des unités privées. Et ce n’est pas par hasard qu’une démarche qualité est mise en place pour améliorer la performance dans les CHU.

Une étude commanditée pour la mise en place d’un référentiel des métiers
Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui au CHU dans le sens de l’optimisation des ressources et la modernisation des méthodes de travail ? Surveillance et accueil à l’entrée ont été externalisées. Idem pour la mise en valeur et l’entretien des espaces verts tout comme pour la restauration, la buanderie, la gestion des déchets hospitaliers ou encore le nettoyage. Ce sont là quelques exemples, dont les retombées n’ont pu encore être évaluées.
Quoi qu’il en soit, les unités hospitalières réduisent leurs dépenses pour pouvoir s’attaquer à la mise en place des systèmes d’information, la réhabilitation ou la construction des bâtiments… Et ce n’est pas un hasard, fait remarquer le professeur El Andaloussi, si la gestion des ressources humaines est au centre des intérêts. «Nous venons de commanditer une étude qui va nous permettre de mettre en place un référentiel des métiers et, par ailleurs, en coopération avec l’OFPPT, les cycles de formation et de recyclage sont entrés dans nos mœurs».

L’expérience, à en juger à travers le CHU de Casablanca, est largement concluante. Elle sera portée notamment par le renouvellement du plan contrat-programme entre l’Etat et les CHU, une démarche qui va dans le sens de la modernisation des méthodes de gestion et de délégation. C’est ainsi que les médecins-chefs auront leur propre budget et s’engageront sur des objectifs, évaluables chaque année

Le CHU (ici, Ibn Rochd, à Casa) a externalisé plusieurs fonctions comme l’accueil, la restauration, la buanderie ou encore la gestion des déchets.