Chiens, chats, oiseaux, primates… un commerce qui rapporte gros

Deux millions de chiens au Maroc. Un nombre approximatif vu l’inexistence de statistiques en la matière

Entre 1 000 DH et 3 000 DH pour un molosse. Des combats régulièrement
organisés

Des trafics illégaux de primates et d’oiseaux
en voie d’extinction prolifèrent.

Chiens, chats, oiseaux et même poissons. De plus en plus de Marocains adoptent des animaux de compagnie. Cette mode se développe essentiellement dans les grandes villes du pays. Ses adeptes, des jeunes de milieux sociaux divers qui se découvrent un faible pour ces bêtes, notamment les grands molosses qu’ils affichent comme des trophées de guerre. Les statistiques officielles sur le nombre de chiens, chats, et autres animaux de compagnie ne sont malheureusement pas disponibles. «On ne peut déterminer avec exactitude cette population animale dans les villes et les campagnes marocaines puisqu’aucun recensement ne peut être effectué», explique le Dr Sawsan Bekkali, vétérinaire à la Snapa, Société nationale de protection des animaux, dont le siège se trouve à Témara. Un manque de statistiques confirmé par les vétérinaires de la direction de l’élevage au ministère de l’agriculture qui, pour la mise en place de leur plan de lutte contre la rage, se basent sur des estimations. Et c’est ainsi qu’on estime le nombre de chiens existant au Maroc à près de 2 millions.

Cette passion a poussé un certain nombre de personnes à en faire un métier. A commencer par ces éleveurs de chiens, de races diverses. En tête de liste de ces animaux de compagnie qui ont la cote, quatre races : le pitbull, le berger allemand, le rotweiller et le doberman. Un chiot de pure race de quelques semaines se vend entre 3 000 DH et 5 000 DH.

Un dogue argentin se monnaie entre 7 000 et 9 000 DH
La raison de cette cherté : la rareté de ces bêtes de race, puisqu’à l’origine elles ont toutes été importées. Un dogue argentin peut se monnayer entre 7 000 DH et 9 000 DH. «Depuis deux années, le marché a explosé. La clientèle va des enfants des familles aisées aux jeunes issus de quartiers populaires pour qui la possession d’un chien est davantage un signe de distinction sociale qu’une arme», explique Jalal S., jeune casablancais, informaticien de formation qui s’est reconverti dans l’élevage et le dressage de chiens. On trouve des commerçants aux abords même des grandes surfaces, comme à Rabat, où ce trentenaire exhibe fièrement un chiot ou un poisson rouge dans son bocal. Prix de ce dernier : environ 200 DH.

Mais le chien préféré de Jalal demeure le pitbull. «Beaucoup de Marocains ne connaissent des molosses que cette race. Une femelle peut accoucher de huit à dix petits d’un coup. Le prix de départ sur le marché national est de 1 000 DH mais peut facilement atteindre
3 000 DH en fonction de l’âge. Plus l’animal est jeune, plus il coûte cher, car il encore réceptif au dressage», explique-t-il. Le dressage constitue également un facteur de prix. «Si l’animal est bien dressé, son prix augmente systématiquement», ajoute ce fin connaisseur qui ne quitte pas son molosse d’une semelle.

Mais si ce commerce est florissant, il ne manque pas de faire des dégâts liés essentiellement à l’agressivité de cette race, et à celle d’autres molosses également. Une agressivité qui est également devenue un critère de sélection auprès de nombreux acquéreurs. «Plus le chien est agressif, plus il séduit. Ce sont surtout les jeunes qui aiment à se pavaner avec un chien qui fait peur», explique Jalal. Une agressivité qui a fait beaucoup de victimes au point qu’il y a plus d’une année, le ministère de l’intérieur a rendu publique une circulaire qui interdit tout bonnement l’adoption des pitbulls, jugés dangereux pour les citoyens. Cette circulaire s’appuie sur l’article 3 du dahir fixant les prérogatives des gouverneurs et walis ainsi que l’article 49 de la Charte communale qui interdit la possession de tout animal présentant un danger pour la santé des citoyens et des animaux d’élevage. Une circulaire qui est loin d’être appliquée. «En règle générale, on prend la précaution de sortir le chien en laisse ou muselé pour éviter tout accident», confie Younès G., autre propriétaire de pitbull, qui, pour sa part, le réserve à une autre utilisation : le combat. En effet, ces combats de chiens sont généralement organisés dans les périphéries des villes et dans les quartiers où l’on peut trouver de vastes terrains vagues. Pour Casablanca, il s’agit, entre autres, de Bouskoura ou encore du quartier de L’Hermitage où les combats de chiens sont organisés loin des regards indiscrets et surtout des autorités. La ville de Mohammédia connaît aussi la fièvre des combats de chiens. La plage des Sablettes est souvent envahie par les dresseurs qui y viennent pour préparer leurs chiens aux combats. L’enjeu de ces combats ? des paris mais surtout le plaisir de voir deux molosses se déchirer littéralement jusqu’au sang.

Achetés 1 000 à 2000 DH au Maroc, des singes sont revendus jusqu’à 1 000 euros en France
Parallèlement à ce commerce de chiens, se développe un autre commerce tout aussi dangereux pour l’équilibre écologique de plusieurs régions du pays. Principal animal concerné, le magot ou singe de l’Atlas, une espèce en voie de disparition qu’on ne trouve plus qu’au Maroc, sur les hauteurs de l’Atlas, et en Algérie. Cette espèce est protégée en vertu de la convention de Washington, qui interdit l’achat illégal de ces primates. Et pourtant, elle fait l’objet d’un grand trafic qui commence au fin fond de la cédraie d’Ifrane, Aïn Louh ou Khénifra. La densité moyenne dans la cédraie est de 27 individus au km2. Dans la zone à forte concentration, telle la commune d’Aïn Kahla, la densité peut dépasser 50 individus/km2. Tenaillés par la faim, les primates s’approchent des localités urbaines et deviennent des proies faciles.

Capturés, la plupart de ces singes, négociés au Maroc entre 1 000 et 2 000 DH, partent pour l’étranger. Le marché de prédilection est la France, où les singes importés illégalement sont revendus jusqu’à 1000 euros (11 000 DH). Là-bas, ils sont utilisés comme simples animaux de compagnie, mais aussi comme animaux de combat, en remplacement des pitbulls dont la possession est durement réglementée. La plus grande prise enregistrée par les douanes françaises remonte à 2003, quand les douaniers français avaient saisi une centaine de bébés magots en provenance du Maroc, destinés à des laboratoires pharmaceutiques.

En plus des singes, des oiseaux «made in Morocco» font l’objet d’un trafic douteux, notamment avec l’Algérie voisine. Fin août, la gendarmerie algérienne a saisi quelque 2 200 oiseaux, essentiellement des chardonnerets, en une seule nuit, ce qui signifie que la commercialisation et le trafic de certaines espèces d’oiseaux semblent augmenter en Algérie. Par conséquent, la capture de certains passereaux comme oiseaux de compagnie ou oiseaux chanteurs (chardonnerets, serins, bergeronnettes) pourrait devenir un problème pour ces espèces si cette tendance n’est pas contrôlée, ce qui ne semble pas évident puisque la seule législation en vigueur remonte à la crise de la grippe aviaire, au moment où les autorités avaient renforcé le contrôle aux frontières.