Change : les opérations en capital seront assouplies

Les entreprises répondant à certains critères pourront investir à l’étranger.
Le compte convertible de promotion des exportations devrait passer
de 20 à 50%
des recettes.
Les banques autorisées à donner des
crédits acheteurs aux clients
des entreprises marocaines.

D’importantes mesures pour une libéralisation accrue des changes entreront bientôt en application. C’est le ministre des finances lui-même qui en fera l’annonce dans quelques jours. Le dispositif à mettre en place concerne cette fois le compte capital, dont l’ouverture jusque-là reste timide et, dans certains cas – lorsque l’enjeu est important – est soumise au régime dérogatoire, certains grands groupes ayant en effet bénéficié, par dérogation, de transferts pour investir ou ouvrir des succursales à l’étranger.

L’idée sous-jacente à cette réforme de la réglementation de change, en matière de capital, est de renforcer l’intégration de l’économie marocaine à l’économie mondiale et, ce faisant, de permettre aux entreprises d’en saisir les opportunités. La libéralisation des opérations courantes (libre accès aux devises pour l’import-export), qui remonte à 1993, permet certes de commercer, mais ce dont il s’agit aujourd’hui, c’est surtout d’encourager l’investissement des entreprises marocaines à l’étranger.

Les compagnies d’assurance peuvent déjà investir 5% de leurs actifs à l’étranger
C’est pourquoi, parmi les mesures que Fathallah Oualalou devrait annoncer, il y a justement la possibilité qui sera offerte aux OPCVM de faire des placements à l’étranger. Ceci répond au souci de profiter des opportunités que peut présenter le marché international, mais aussi, il faut le rappeler, aux stipulations de l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis, relatives à l’ouverture du secteur financier.

D’ailleurs, l’une des mesures intervenues dans ce sens, il y a près d’un an et demi, a été justement la possibilité donnée aux compagnies d’assurances (article 164 du nouveau Code des assurances) d’investir jusqu’à 5% de leurs actifs à l’étranger, après autorisation de la Direction des assurances de la prévoyance sociale (DAPS – ministère des finances). Faut-il relever ce seuil ? «Difficile de répondre. Mais sachez que la Finlande, par exemple, a le même seuil que le Maroc. On peut penser par conséquent, mais sans en être certain, que l’on n’ira pas au-delà, pour le moment du moins», analyse un connaisseur du dossier.

L’autre mesure relative à l’investissement à l’étranger concernera les entreprises d’une certaine taille. Celles qui répondront aux critères établis (comme le niveau du chiffre d’affaires par exemple) pourront investir, ouvrir des représentations, etc. Comme indiqué plus haut, certains groupes le font déjà, moyennant dérogation, tandis que les banques disposent librement d’une partie de leurs avoirs qu’elles peuvent utiliser, après autorisation de Bank Al Maghrib, pour ouvrir des bureaux à l’étranger (pour collecter de l’épargne notamment).

Des instruments pour se prémunir contre les risques de change
Une partie de la panoplie des mesures annoncées – on parle de huit ou neuf mesures – a trait à l’accompagnement des entreprises exportatrices ou réalisant des opérations à l’étranger. On peut en citer au moins trois. D’abord, s’agissant des entreprises qui réalisent des dépenses à l’étranger (en important ou en empruntant). Pour se prémunir contre le risque de change, ces entreprises pourront dès le départ opter pour un cours fixe. Il faut toutefois préciser que des instruments existent déjà qui permettent de se couvrir contre non seulement les risques de change (circulaire de l’Office des changes n° 1 702), mais aussi contre le risque de fluctuation des taux d’intérêt (circulaire n° 1 706) et même contre le risque de fluctuation des prix de certains produits de base (circulaire n° 1699). Par conséquent, la mesure qui sera décidée dans ce sens viendra compléter le dispositif existant, l’assouplir davantage dans l’intérêt bien compris des opérateurs.

La deuxième mesure concernera, cette fois, les exportateurs : les pouvoirs publics veulent donner un coup de pouce aux exportations en encourageant les opérateurs à être présents dans toutes les manifestations internationales dédiées à ce secteur. Pour ce faire, ces derniers disposent déjà, certes, d’un compte convertible de promotion des exportations (CCP.ex) dans lequel ils sont autorisés à garder 20% de leurs recettes (circulaire n° 1 606). Aujourd’hui, il s’agit d’aller plus loin afin de renforcer la présence marocaine à l’étranger et de conquérir de nouveaux marchés. Ainsi, de 20% des transferts, le CCP.ex passera à 50%. Il faut dire que la situation excédentaire du compte courant, notamment, permet ce type de revalorisation. Enfin, toujours pour stimuler les exportations, les banques marocaines devraient pouvoir désormais octroyer des crédits acheteurs aux clients étrangers.

Qualifiées de «nouveau pas» dans la libéralisation de la politique de change, ces mesures devraient aboutir, à plus ou moins long terme, à la convertibilité totale du dirham. En attendant, cette ouverture du compte capital, qui vient en quelque sorte compléter la libéralisation des opérations courantes, pose en filigrane la problématique du régime de change. Le FMI, on le sait, ne cesse de relancer le Maroc sur la nécessité d’introduire au moins une dose de flexibilité dans le régime de change. Des économistes marocains paraissent également favorables à cette orientation. Abderrahmane Ouali, professeur universitaire (voir ci-contre), le dit clairement : «Le système de cotation du dirham (…) et la conduite (…) de la politique monétaire permettent une certaine stabilité et une dose de souplesse». En tout cas, au ministère des finances, le travail sur cette question est en cours. Et «s’il faut introduire de la flexibilité, cela se fera par étapes», assure un responsable du ministère.

Trois questions à
«Cette ouverture aurait pu se faire bien plus tôt»

Abderrahmane Ouali
Economiste enseignant universitaire

La Vie éco : Une série de mesures sera bientôt annoncée pour une plus grande ouverture du compte capital. Quelles pourraient en être les retombées sur l’économie marocaine ?
Abderrahmane Ouali : La libéralisation des opérations en capital aurait pu intervenir bien plus tôt, les conditions de la balance des paiements, le comportement du dirham ainsi que la conduite de la politique monétaire permettaient depuis quelques années l’éligibilité du Maroc à l’article 8 du statut du FMI.

Globalement, les retombées ne peuvent être que positives, en particulier pour l’entreprise marocaine qui devrait trouver normalement les moyens d’implantation sur les marchés cibles et, partant, améliorer nettement sa compétitivité par une présence effective sur le terrain.

Il est évident qu’un «effet de mode» risque d’engendrer des sorties éphémères de capitaux, mais la confiance que cette libéralisation engendrerait permettra une large compensation. La Bourse devrait également en tirer profit si les entreprises se décident à ouvrir leur tour de table aux capitaux étrangers.

Certains estiment que la libéralisation de la politique de change devrait nécessairement s’accompagner d’un changement de régime de change…
Le système de cotation du dirham mis en place depuis mai 1990 et la conduite, encore une fois, de la politique monétaire permettent une certaine stabilité et une dose de souplesse dans le comportement des cours du dirham. L’évolution du marché de change interbancaire, la possibilité?offerte?aux banques d’intervenir sur le marché international des devises «pour leurs comptes et les comptes de leur clientèle», la récente décision au sujet du monopole du change manuel… sont autant d’éléments qui permettent une adaptabilité adéquate du régime de change.

En toile de fond, se profile la convertibilité, au moins à terme, du dirham. L’économie marocaine est-elle prête pour cela et à quelle échéance raisonnable cette convertibilité pourrait-elle se réaliser ?
L’évolution, telle que brièvement rappelée ci-dessus, constitue une bonne préparation pour la convertibilité de la monnaie nationale.