Chambres d’agriculture, de l’argent jeté par la fenêtre ?

Elles ne disposent pas des moyens nécessaires pour jouer leur rôle.
Leur budget de fonctionnement est presque entièrement absorbé par
les salaires.

Beaucoup d’institutions au Maroc ont du mal à jouer leur rôle, même quand il est bien défini. Dans cette catégorie, les Chambres d’agriculture en sont un exemple frappant. Au nombre de 37, elles sont regroupées au sein d’une fédération. Leur financement, qui provient totalement de l’Etat (18 MDH par an, ce qui donne une moyenne de 450 000 DH par chambre), est absorbé presque entièrement par leurs dépenses de fonctionnement et, bien sûr, essentiellement les salaires.

Mais l’Etat détache aussi quelques dizaines de cadres pour appuyer leurs activités. Cette année, 30 ingénieurs ont été adjoints aux 221 permanents qu’emploient les chambres dans le pays. Un personnel qui, bien souvent, n’a pas la formation requise pour accompagner les activités et les missions de ces institutions.

Sur le terrain, le travail des chambres se résume à quelques activités d’information et de sensibilisation qui sont le plus souvent ponctuelles et rarement dimensionnées pour faire face aux situations et aux besoins des agriculteurs.

Le personnel n’est pas préparé à l’encadrement des agriculteurs
Abou Ibad Allah Mohamed Jaouad est président de la Chambre de Settat. Il ramène ses difficultés au manque de moyens. «Sur la totalité de la subvention de cette année, on m’accorde 10 000 DH pour les fournitures de bureau. Cela donne une idée de la gymnastique à laquelle il faut se livrer pour équilibrer les comptes. Le budget de la chambre est englouti par les salaires des 7 employés permanents qui constituent le personnel», détaille-t-il.

Zemrag M’Barek, lui, est président de la Chambre agricole de Beni Mellal, qui a 6 permanents à son service. Il explique qu’exceptionnellement il a été accordé une somme de 120 000 DH pour l’achat d’un véhicule. Il estime que cela est insuffisant dans la mesure où la chambre est empêchée de jouer son rôle de proximité en allant vers l’agriculteur. Il avoue avoir réalisé deux actions seulement cette année, l’une de formation et l’autre de vulgarisation, au profit de 40 enfants d’agriculteurs. Il décrit les difficultés de sa chambre de la manière suivante : «Ce n’est pas la volonté qui manque, mais il y a deux sortes de difficultés, en plus du manque cruel de moyens. Cela vaut pour la plupart de mes pairs : il y a le personnel qui a été mal recruté et dont on a hérité et la difficulté de parler le même langage que les agriculteurs qui ne viennent pas massivement pour suivre nos activités, lorsque nous en avons. Et même quand on arrive à les faire venir, ils ont du mal à suivre le contenu des séances».

Un autre président de chambre, celle de Safi, Mohib Omar, abonde dans le même sens que ses confrères : «Sur les 340 000 DH de budget de cette année, on peut donner deux exemples de postes ridicules : 8 000 DH pour les réceptions et 5000 DH pour le carburant. Ceci alors que la vieille 4 L dont nous avons hérité est hors d’usage. Comment faire et quoi faire ?»

Une nouvelle loi pour redéfinir les missions des chambres régies par un texte de 1962
On le voit bien, cela fait des années que le pays subventionne des coquilles vides, sans que cela soit la faute ni de l’Etat, qui se sent obligé de maintenir des institutions inefficaces, ni des élus qui ne peuvent pas se donner les moyens de jouer leur rôle, celui de conseiller l’Etat sur les problèmes de leur corporation et d’accompagner l’agriculteur dans sa quête de productivité et de qualité. On est loin des études sectorielles et des aides à la décision dans la gestion ou des niches d’export vers lesquelles les chambres de ce genre devraient tendre pour justifier leur rôle d’utilité publique. En Europe, ce genre d’institution a diversifié ses moyens de financement en s’appuyant sur les régions, notamment, et en développant des services de qualité payants pour assurer leur développement.

Au ministère de tutelle, on affirme que les choses sont en train de changer. On avance deux preuves : d’abord, une nouvelle subvention de 15 MDH a été accordée aux chambres au titre de l’exercice 2006. Même si beaucoup de présidents – certains ne sont même pas au courant de la nouvelle mesure – affirment ne pas en avoir vu la couleur, les fonds à débourser, selon le ministère en charge du dossier, a bel et bien été accepté par les Finances. Le deuxième volet du changement attendu tient dans le projet de loi sur les Chambres d’agriculture, jusque-là régies par un texte de 1962. Parmi les changements qu’il va apporter : une définition claire des missions des chambres, l’élargissement du domaine des ressources financières, le renforcement de l’autonomie dans la gestion, la clarification des missions des instances (assemblée générale, bureau, commissions…)