«C’est le moment de renforcer notre développement dans le Royaume»

Le groupe a investi plus de 100 MDH dont 40 millions à Marrakech et autant à Rabat. Il a des visées sur Ifrane, El-Jadida, Kénitra et Meknès. Il a soumissionné à l’appel d’offres relatif à l’aménagement et l’équipement du site devant accueillir la COP22.

Créé il y a 60 ans par le grand-père de Thomas Derichebourg, actuel PDG de la division Environnement, le groupe familial éponyme coté en bourse est actuellement présent dans 15 pays et emploie plus de 33 000 collaborateurs. 70% de ses activités sont réalisées en France. Au Maroc depuis 2013, il dispose de deux divisions : Environnement et Multiservices. Le PDG de la division Environnement fait le point sur l’activité marocaine.

Vous faites figure de petit dernier dans le secteur des déchets au Maroc. Comment avez-vous procédé pour vous ouvrir le marché en 2013 ?

C’est tout simple. Nous avons regardé l’ensemble des appels d’offres qui étaient publiés et avons constaté qu’il y avait d’importantes collectivités comme Marrakech, Casablanca et Tanger qui étaient alors en passe de renouveler leur marché de gestion déléguée de la collecte des déchets. Nous avons postulé à Tanger mais n’avons pas été retenus. Il faut savoir qu’après avoir remis notre offre à Marrakech, nous avons défendu notre projet devant plusieurs représentants de la tutelle, soit pas moins de 30 personnes. Il faut donc reconnaître la transparence de l’analyse et des notations faites par les collectivités. Ce sont les meilleurs qui l’emportent. Dans notre métier, il est primordial d’avoir une excellente qualité de service. C’est pourquoi nous avons investi plus de 100 MDH, dont 40 MDH à Marrakech et autant à Rabat où nous avons remporté une partie du marché. Beaucoup d’appels d’offres sont à venir d’ici 2017 parmi lesquels Ifrane -sur lequel nous allons nous positionner-, El Jadida, Kénitra ou encore Meknès. C’est donc le bon moment pour renforcer notre développement dans le Royaume.

Qu’avez-vous apporté à Marrakech et Rabat par rapport aux anciens délégataires ?

Je ne sais pas quelle était la situation avec nos prédécesseurs. Je peux vous dire cependant que nous avons mené une étude de conteneurisation et identifié les points noirs sur lesquels nous devions mettre davantage de moyens. La densité de la population dans ces collectivités est importante et le style de vie des Marocains fait que la nature des déchets est différente avec davantage de fruits, de légumes ou de fritures. Ces déchets-là ne doivent absolument pas rester dans la rue. Nous avons donc mis en place un nombre suffisant de bacs et bennes-tasseuses pour permettre justement une collecte rapide et efficace. Les roulettes de nos bacs sont soudées pour empêcher les vols. A Marrakech, nous sommes tenus contractuellement de laver les bacs chaque semaine. A Rabat, la ville a prévu de doter les logements individuels de bacs individuels. Pour les logements collectifs, les conteneurs sont également adaptés au nombre d’habitants par immeuble. Nous avons également disposé des colonnes aériennes dans certains points. Très souvent, les problèmes que peuvent rencontrer les collectivités proviennent d’un sous-dimensionnement de la conteneurisation, ce pourquoi nous avons accordé une importance particulière à nos équipements, même s’ils coûtent plus cher. Enfin, l’ensemble des bacs est doté d’un système de géolocalisation qui permet de faire le suivi du vidage, du nettoyage du bac et d’envoyer l’information à la ville pour qu’elle contrôle la réalisation de ces différentes tâches. Ce système permet également de contrôler l’exactitude d’éventuelles réclamations, voire de nuancer certains propos alarmistes.

Jusque-là, comment appréciez-vous votre expérience marocaine ?

Notre expérience est très positive. La preuve est que nous postulons aux appels d’offres publiés. Jusqu’à présent, nos relations avec les collectivités locales sont excellentes. Marrakech, Rabat et Oulmès sont d’ailleurs très contentes de nos services. Nous espérons qu’Essaouira, dont nous venons de remporter le marché, le sera aussi. Nous remarquons tout de même qu’il y a aujourd’hui énormément de concurrence, en particulier sur les prix, et que le développement de l’informel est une réelle menace pour le secteur.

Vos résultats financiers sont-ils conformes à vos objectifs ?

Comme nous n’en sommes qu’au début, nous investissons beaucoup pour mettre les moyens en place. Néanmoins, nous sommes en ligne avec nos objectifs, et ce, grâce notamment aux 230 MDH de chiffre d’affaires que nous réalisons par an. Nous réfléchissons aujourd’hui à nous développer sur des métiers nouveaux –mais dans lesquels nous exerçons ailleurs– en lien avec l’économie circulaire, l’efficacité énergétique. Aujourd’hui, nous gérons près de 2 000 employés dont une minorité de salariés communaux mis à disposition par les collectivités locales.

Vous opérez également dans les services aux entreprises. Qu’en est-il de cette activité au Maroc ?

Nous avons une multitude de clients privés dont presque l’ensemble des malls avec notamment le Morocco Mall et Carré Eden, sans oublier d’importants clients industriels engagés pour des contrats de prestation multi-services, notamment dans l’agroalimentaire (Centrale Danone, Cosumar), l’industrie pharmaceutique (Sothema), la cimenterie (Lafarge, Holcim), la Vallée du Bouregreg, l’OCP ou encore Marjane, aussi bien pour des prestations de propreté que de gardiennage.

Dans la perspective de la tenue de la COP 22 à Marrakech en novembre prochain, quel rôle jouera Derichebourg, sachant que vous étiez partenaire de la COP 21?

Effectivement, nous faisons partie d’un des trois groupements qui participent à l’appel d’offres relatif à l’aménagement et l’équipement du site. Notre ambition est d’être un réel partenaire en apportant notre expertise et notre expérience à la COP21 sur la gestion des déchets. Nous souhaitons faire de la collecte et du traitement des déchets de la COP, ce petit village, un élément central et une attraction qui se visitera. Si le groupement remporte l’appel d’offres et si notre partenariat est retenu, vous verrez un site complètement intégré dans toute sa chaîne, de la collecte à la valorisation en passant par le traitement dans un espace de tri. Nous avons d’ores et déjà identifié toutes les filières sur place pour rentrer le déchet dans l’économie circulaire. Il s’agit pour nous d’une suite logique après la COP21. Une grande partie de cette chaîne se fera in situ. Les obligations émanant de l’ONU sont claires : il s’agit de réduire au maximum les déchets destinés au centre d’enfouissement. De même, nous sommes tenus à la neutralité carbone. Nous avons donc réfléchi en amont pour la conception d’un village faisant appel à des matériaux à carbone neutre ou négatif. A la fin de la COP 22, nous ferons notre bilan carbone et un projet de compensation sera réalisé pour permettre d’annuler notre bilan carbone s’il est positif. Nous avons également proposé notre expertise dans les domaines de la propreté, de l’accueil, de la sécurité et de la surveillance.