C’est la crise : le PIB hors agriculture croît de 1,3% seulement au premier trimestre !

Industrie, bà¢timent, commerce, services, tourismeÂ…, toutes les activités stagnent.
La croissance des crédits à  l’économie ramenée à  0,5% et les exportations plongent de plus de 20%.
Seule l’agriculture permet de soutenir la croissance globale qui enregistre en glissement annuel une hausse de 4,7%.

C’est une rupture de tendance qui ne devrait pas passer inaperçue : la croissance économique hors agriculture, longtemps maintenue au-delà de 5%, pique du nez pour atteindre quasiment le fond au premier trimestre de 2009 avec un petit 1,3% en glissement annuel. Quand on sait que le PIB non agricole avait crû de 6,6% lors du premier trimestre 2008 par rapport à son équivalent en 2007, on mesure l’ampleur de la baisse de croissance. En fait, depuis sept ans, le Maroc n’avait pas connu une pareille chute. Il faut remonter au milieu de l’année 2002 pour trouver une évolution aussi faible.
Pour les avertis, ce chiffre de 1,3% n’est cependant pas pour étonner, car comme l’indique le Haut commissariat au plan (HCP), il n’est que suite de la dégringolade apparue déjà au troisième trimestre de 2008 (4,5% comparés à la même période de 2007) et qui s’est aggravée le trimestre suivant (1,9%).
Certes, le bon comportement du secteur agricole, en particulier la filière céréalière dont la récolte atteindrait un record à 102 millions de quintaux, permet en quelque sorte de corriger, statistiquement, la croissance globale, puisque celle-ci est estimée à 4,7% pour le premier trimestre de 2009. Pour autant, et malgré  l’importance de l’agriculture dans l’économie marocaine, ce sont -pour l’instant du moins- les autres secteurs qui créent des emplois durables (voir encadré), encouragent donc le salariat et, plus globalement, favorisent la modernisation du pays. C’est bien pour cette raison que de nombreux économistes attachent plus d’importance à la croissance hors agriculture. Du reste, les pouvoirs publics, eux-mêmes, n’ont-ils pas fait de l’autonomisation de la croissance par rapport à l’agriculture, un objectif qu’il fallait atteindre pour sortir la croissance du caractère erratique qui  l’avait longtemps caractérisé – et qui la caractérise encore d’ailleurs.

Les exportations en baisse de 22,9%
Cela dit, cette rupture de tendance que certains, comme l’économiste M’hamed Tahraoui, qualifient plutôt de «ralentissement» de l’activité, s’explique fort bien. Le Maroc, comme bon nombre de pays dont le taux d’ouverture de l’économie est élevé, subit directement et indirectement les effets de la crise financière et économique internationale.
Quand les pays développés, soit l’essentiel des débouchés des exportations du Maroc, connaissent une sévère récession (un PIB négatif de 1,7% au premier trimestre de 2009, selon les prévisions du FMI), il est évident que la demande de ces pays se rétracte. Cela a commencé déjà depuis le début de 2008 pour s’accélérer à la fin de l’année avec un taux de croissance des exportations de 2,7% contre 8,1% en 2007. Jamais un tel niveau n’a été enregistré depuis 2001 ! Le premier trimestre 2009 semble s’inscrire dans la même tendance, puisque la demande étrangère a continué de reculer : les exportations sur les trois premiers mois de 2009 ont en effet baissé de 22,9% par rapport à la même période de 2008. Bien sûr, les importations ont, elles aussi, reculé sur la même période. Mais outre qu’il est moins important (14%) que celui ayant touché les exportations, ce recul traduit à la fois la baisse des prix des matières premières, mais aussi le ralentissement de l’activité économique interne, en particulier dans le secteur industriel.
Significatif de ce ralentissement de l’activité industrielle, la baisse (- 23,3%) des importations des demi-produits (composants électroniques, produits chimiques, fer et acier, matières plastiques…).
Les importations de produits bruts (soufre brut, bois bruts, etc.) sont également en baisse (- 34,8%), de même que celles effectuées en admission temporaire pour perfectionnement.

Signes de fléchissement dans le bâtiment et faible rythme de croissance de la demande
Cette baisse de l’activité dans le secteur industriel, l’enquête de conjoncture de Bank Al Maghrib (BAM) sur le premier trimestre de 2009, la met en évidence. Seulement 10% des industriels sondés ont estimé «bon» le climat général des affaires. En revanche, 69% l’ont jugé «moyen» et 21% carrément «médiocre». La même enquête révèle que le niveau des stocks détenus par les entreprises est jugé dans l’ensemble supérieur à la normale. Plus généralement, et comme explications à la baisse de la production, les chefs d’entreprises mettent au premier rang l’insuffisance de la demande. Dans ces conditions, il est «logique» que les dépenses d’investissement baissent, et cela devrait se poursuivre sur le deuxième trimestre de 2009, comme cela ressort de l’enquête de BAM.
Mais si le secteur industriel est touché par les retombées de la crise internationale, celui du tourisme l’est encore plus, puisque son comportement est fortement lié à la situation économique des pays émetteurs. Déjà à l’œuvre depuis 2007, le repli de ce secteur s’est encore accentué avec le plein déploiement de la crise. Les recettes de voyage au premier trimestre ont ainsi baissé de 21%, par rapport à la même période de 2008, et celle du transport de 5,6%. Dans une ville comme Marrakech, par exemple, les nuitées dans l’hôtellerie de luxe ont marqué une baisse de 23%. Globalement, les nuitées dans les établissements classés ont chuté de 6,8% (- 9,2% pour les non résidents et + 3,5% pour les résidents).
Il n’est jusqu’au secteur du BTP, pourtant relativement à l’écart des perturbations nées de la crise internationale, qui n’ait, lui aussi, montré des signes d’essoufflement. Mais c’est surtout dans l’activité du bâtiment (celle des travaux publics se nourrissant des grands chantiers) où les conjoncturistes du HCP ont noté un «net fléchissement» dans l’utilisation des matières premières, comme le ciment, et les effectifs employés.
Bien que les statistiques officielles sur la demande n’existent pas encore sur une périodicité trimestrielle (seulement annuelle), les conjoncturistes du HCP croient déceler des signes d’une croissance relativement moindre de cette variable. On a déjà signalé plus haut l’intention des chefs d’entreprises à réduire les dépenses d’investissement et cela apparaît déjà dans les importations de biens d’équipement en très faible progression et, pire, de la baisse des importations des demi-produits et des produits bruts. Cette évolution est confirmée par une décélération  de la croissance des crédits à l’économie qui n’ont augmenté que de 0,5 % (+ 3 milliards DH) contre 3,6 % (+ 15,6 milliards DH) durant la même période de 2008. La consommation des ménages, pour sa part, semble évoluer moins favorablement qu’auparavant. En cause, le fléchissement des transferts des MRE (- 14,1% à fin mars 2009) et l’ajustement de l’emploi par rapport à la situation moins dynamique, notamment dans les secteurs à fort potentiel d’emplois comme le BTP et les services. Témoin de l’évolution modérée de la consommation, la décélération des crédits à la consommation (+ 26,2% à fin février 2009, contre + 41,7% un an plus tôt).  Les conjoncturistes prévoient que cette atonie de l’activité se maintiendrait au moins jusqu’au deuxième trimestre de cette année…