Ces secteurs qui créent de la richesse mais restent insuffisamment accompagnés par les banques

Alors qu’elle contribue à  hauteur de 14.4% au PIB, l’agriculture ne capte que 6.1% des financements bancaires. Le commerce qui génère 10.6% de la valeur ajoutée nationale est également mal loti : seulement 6.2% de l’encours des crédits.

Les concours bancaires n’ont cessé de prendre de l’ampleur parmi les modes de financement des agents économiques au Maroc. Ils représentent actuellement de loin le levier le plus privilégié par les opérateurs. Le taux de financement bancaire de l’économie (part des crédits à l’économie rapportée au produit intérieur brut) dépasse actuellement les 77% alors qu’on en était encore à  moins de 58% en 2006. Ce ratio est largement supérieur à la moyenne des pays à niveau de développement comparable de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) qui est autour de 58%, et demeure nettement au-dessus du niveau moyen de certains pays d’Europe Centrale (autour de 30%). Mais tous les secteurs de l’économie nationale ne profitent pas de ces financements proportionnellement à leur contribution dans la création de richesse.

Le secteur agricole présente le déséquilibre le plus prononcé en la matière. Il ne capte en effet que 6,1% des prêts bancaires distribués à fin 2010 (dernières statistiques disponibles) alors que sa contribution au PIB s’élève à 14,4% à la même date. Selon certains professionnels, cela tient à des raisons historiques. «A l’exception du Crédit Agricole du Maroc, les banques n’ont pas développé d’expertise pour le financement de ce secteur qui nécessite la mise en place de produits sur mesure», explique un spécialiste du financement aux entreprises au sein d’un établissement de la place. D’autres justifient cet état de fait par l’importance des subventions versées par l’Etat à l’agriculture. Un directeur de réseau explique : «Le financement bancaire représente certes une part importante des projets agricoles à leur lancement, atteignant jusqu’à 80% de l’investissement global. Mais cette part est réduite à 20%, voire 15%, dans un délai moyen d’une année, dès que les initiateurs des projets perçoivent des subventions». Mais il faut aussi dire que les banques se méfient d’une forte exposition sur ce secteur en raison des aléas climatiques et du manque d’organisation des opérateurs. «Actuellement, il n’y a que les grands céréaliers dans certaines régions, Fès et Casablanca notamment, qui sont à même de satisfaire aux exigences des banques pour décrocher un crédit», tranche un directeur de banque. Tout cela étant, la donne est progressivement en train de changer selon les professionnels, depuis la mise en œuvre du Plan Maroc Vert.

Un coup de pouce pour les TPE en préparation

Avec l’agriculture, l’autre secteur mal loti en termes de financements captés est le commerce. Pour une contribution au PIB de 10,6%, les prêts qui lui sont octroyés ne représentent que 6,2% de l’ensemble distribué. De l’avis unanime des banquiers, cette situation est à lier à la domination des petits commerces sur le secteur. En effet, ceux-ci représentent 99% des points de vente et 86% de la superficie commerciale au niveau national et sont très peu consommateurs de financements bancaires. «A peine quelques insignifiants crédits de fonctionnement», insiste un directeur de réseau. Il faut aussi dire que les opérateurs du petit commerce sont rarement à même de satisfaire aux exigences des banques, surtout pour ce qui est des possibilités de garantie. Cependant, ils sont en première ligne pour bénéficier des solutions que comptent lancer les plus grandes banques de la place à l’intention des TPE, après la mise en place du fonds de garantie Damane Express par la Caisse centrale de garantie (CCG), il y a quelques jours. Reste qu’en l’état actuel des choses, c’est surtout le commerce organisé, avec la grande distribution en tête, qui accapare les financements octroyés au secteur. Et encore, la grande distribution ne recourt qu’aux crédits d’investissement, étant donné un besoin en fonds de roulement négatif.
Le rapport part dans le PIB/ crédit capté est en revanche quasiment à l’équilibre pour le secteur de l’industrie de transformation. Ce dernier pèse en effet 15,3% du PIB pour près de 17% des financements captés.

Le niveau de risque augmente dans le tourisme

Le secteur du tourisme profite également de crédits bancaires proportionnels à sa contribution au PIB avec des parts respectives de 2,9% et 2,8%. N’en déplaise aux opérateurs qui jugent les financements bancaires qui leur sont proposés inappropriés. En effet, une de leurs vieilles doléances qui n’a jamais trouvé d’écho auprès des banques est l’allongement de la durée de leurs crédits, actuellement de 15 ans dans le meilleur des cas (contre 40 ans par exemple en France). Mais les banques semblent encore peu promptes à accéder à ces revendications. «En l’absence de sources de refinancement à long terme, il est difficile d’allonger les délais de crédits pour les hôteliers», explique un directeur de réseau.

Les banques sont encore moins susceptibles de répondre aux doléances des hôteliers parce que ces derniers accumulent actuellement des niveaux d’impayés alarmants.