Ces niches d’investissements à fort potentiel…

L’encouragement du Made in Morocco, l’agriculture nouvelle génération, l’industrie de la défense, le cannabis, les énergies propres…, les secteurs porteurs et productifs que lorgnent les investisseurs ne manquent pas. Et le Royaume est bien positionné pour en tirer profit.

Il y a bien sûr les secteurs classiques toujours porteurs, les nouveaux métiers mondiaux du Maroc qui marchent bien, les niches prudentes pas trop rémunératrices…, mais en matière d’investissements, il y a aussi plusieurs domaines que le Maroc entend bien explorer et il arrive déjà à transformer l’essai. Listing non exhaustif.

Banque de projets : Catalyseur du Made in Morocco

L’initiative de la banque de projets industriels a été lancée dans le cadre du Nouveau plan de relance industrielle 2021-2023. Elle est aujourd’hui sur la bonne voie. Tout récemment un quatrième lot d’opportunités de 96 nouvelles fiches/projets ciblés a été annoncé par le ministère de Tutelle. Visant la substitution de l’importation par la fabrication locale, la banque de projets industriels met à la disposition des porteurs de projets et investisseurs potentiels des fiches de projets détaillées et un accompagnement ministériel pointu, dans la perspective d’assurer la souveraineté industrielle nationale, notamment dans un contexte de concurrence internationale rude, accrue et qui soulève de nombreux défis.
Selon le ministère de l’Industrie, ces nouvelles opportunités représentent un potentiel d’investissement de 16 MMDH, pouvant générer 67000 emplois. Depuis son lancement, il y a deux ans, le programme affiche déjà un bilan très positif, avec 1179 projets d’investissements, dont 87% à capital marocain investi dans les 12 régions du Royaume. Ces projets représentent 266392 emplois prévisionnels, un chiffre d’affaires potentiel en local de 68 milliards de dirhams et de 73 milliards à l’export.

Mobilité propre : ça va rouler des mécaniques !

Trois grands investissements de taille ont été annoncés et sont en phase de concrétisation. En juillet dernier, le ministre de l’Industrie a annoncé qu’il était en pourparlers avec un des grands groupes internationaux pour la construction d’une gigafactory de batteries dont la production sera destinée à la fois à la mobilité et au stockage de l’énergie. L’investissement prévu est de l’ordre de 2 milliards d’euros, soit près de 21 milliards de dirhams.
Dans le même ordre d’idée, le Groupe Renault Maroc vient d’annoncer un investissement conséquent pour la création d’une ligne de production de voitures électriques dans son usine de Tanger. Le groupe vient emboîter le pas à l’autre constructeur installé au Royaume, Stellantis qui a déjà lancé la production de deux modèles électriques de ses marques Citroën et Opel.
En restant dans le secteur des énergies renouvelables, deux grandes annonces ont été faites dernièrement portant sur la production de l’énergie renouvelable, solaire et éolienne et de l’hydrogène vert dans les provinces du Sud. Le premier projet est porté par une start-up anglaise qui veut transférer l’énergie produite vers la Grande-Bretagne. Il porte sur un investissement global de l’ordre de 22 milliards de dollars. Le deuxième projet a été annoncé par la compagnie française Total Energies. Il consiste en la production de l’hydrogène vert et de l’ammoniac vert pour un investissement estimé à près de 100 milliards de DH (soit 10,69 milliards de dollars).
D’autre part, l’arrêté publié fin septembre par le ministère de l’Energie ouvre la voie au secteur privé pour investir dans la production de l’énergie solaire moyenne tension. De quoi aiguiser l’appétit des investisseurs…

Énergies renouvelables : Des chantiers à la pelle

Ce sont des chantiers très gourmands en investissements. Ils sont lancés en nombre et dans tous les domaines. Le gaz d’abord. Comme nous l’avons relevé, le week-end dernier, la directrice générale de l’ONHYM a signé un mémorandum d’entente avec l’entreprise publique nigériane «NNPC», la sénégalaise «PETROSEN Holding» et la mauritanienne «SMH». La phase de concrétisation du gazoduc Nigeria-Maroc est lancée. D’ailleurs, la NNPC a annoncé qu’une décision d’investissement devra être prise au début de l’année prochaine. Ce sont près de 3 000 km de gazoducs et autres installations annexes à mettre en place.
En restant dans le secteur gazier, on peut évoquer l’investissement nécessaire pour l’exploitation du potentiel gazier : la ministre de la Transition énergétique Leila Benali a d’ailleurs annoncé que le Maroc pourra commencer à profiter de son gaz naturel découvert au large de Larache dès 2024. Le gouvernement est par ailleurs en passe de signer deux contrats d’importation de GNL, qui couvriront une période entre cinq et dix ans. Des terminaux sont ainsi en cours de réalisation dans quatre ports pour assurer la regazéification et le stockage du GNL importé.
En parallèle, le programme des énergies renouvelables suit son cours, avec le solaire, l’éolien et même l’hydrogène vert. Et pour compléter son mix énergétique, le Royaume lorgne désormais le nucléaire. C’est une option qui a été mise sur la table depuis des années, mais voici que récemment des annonces rendent sa mise en œuvre de plus en plus proche. Pour accompagner ses premiers pas dans le nucléaire, la France avait annoncé, en octobre 2007, à l’occasion d’une visite du Président Sarkozy dans notre pays, la signature imminente d’un «accord-cadre» sur une coopération en matière de nucléaire civil. Quinze ans plus tard, c’est la Russie qui officialise, le 12 octobre dernier, l’approbation d’un accord signé en 2017, pour assister le Maroc dans la construction d’infrastructures nucléaires. Le projet d’accord entre les deux pays, qui vient d’être validé par Moscou, était présenté par la société étatique russe Rosatom. Peu de temps avant, les autorités israéliennes ont affirmé leur prédisposition à mettre leur technologie nucléaire à la disposition du Royaume. Là encore, ce sont des investissements étrangers conséquents qui sont en perspective.

Infrastructures : Gros chantiers pour gros investissements

La construction du port Nador-West est bien avancée, il est à plus de 70% de taux de réalisation et sera livré l’année prochaine. Les travaux de construction du port Dakhla Atlantique viennent à peine d’être lancés. Ces deux futurs ports sont adossés à des zones industrielles et des plateformes logistiques. Sans s’attarder sur les détails, les zones industrielles et logistiques devraient donner lieu, durant les quelques années à venir, à des dizaines de milliards de dirhams d’investissement dans les domaines réservés pour chacune des deux infrastructures portuaires.
Sur un autre volet, le projet d’une ligne grande vitesse reliant Casablanca à Marrakech et ensuite à Agadir est actuellement en cours d’étude. Une autre desservant la ville de Fès est également projetée. Au-delà de ce que représentent les deux chantiers en termes d’investissement et d’emplois, c’est aussi l’occasion de lancer un écosystème ferroviaire. En juin dernier, le groupe français Alstom a fait part de son intention de lancer un écosystème local dédié au secteur ferroviaire, notamment accompagner le groupe dans la réalisation de ses projets en cours et futurs au Maroc ou à l’étranger.
Plus récemment, en septembre dernier, l’ONCF a affirmé avoir l’intention de créer un écosystème industriel ferroviaire autour d’une unité de production de rames avec un taux d’intégration local avoisinant les 60 à 80%. L’office a même lancé un appel à manifestation d’intérêt à destination des constructeurs de matériel roulant ferroviaire, afin de créer une unité de production de rames automotrices, autour de laquelle un écosystème ferroviaire devra s’articuler. A l’instar des écosystèmes automobile et aéronautique, qu’il est d’ailleurs question de développer davantage, celui ferroviaire est annonciateur de grands investissements.

Industrie de défense : ça va barder !

L’information a fait le tour des rédactions. Depuis l’annonce par le Wall Street Journal de la signature d’un accord entre le Maroc et Israël pour la construction dans le Royaume des unités de fabrication de drones, tout le monde est dans l’expectative. Ce projet une fois concrétisé représenterait en effet l’un des premiers maillons de la toute naissante industrie militaire marocaine. Bien évidemment, la loi 10-20 relative aux matériels et équipements de défense et de sécurité, aux armes et aux munitions, entrée en vigueur en juin 2021, annonçait déjà les ambitions du Maroc dans le domaine de l’industrie de défense.
En effet, ce nouveau dispositif juridique est venu encadrer la mise en place d’une base industrielle et technologique de défense marocaine. Les Etats-Unis, liés au Maroc par un partenariat stratégique, vont également contribuer à l’émergence de cette industrie dans le Royaume. D’autres pays pourraient aussi être intéressés pour contribuer à cette épopée, la Turquie et l’Inde plus particulièrement. Il va sans dire que l’industrie de défense constitue une opportunité économique et ce, en raison de la nature dépensière qui caractérise le commerce d’armements.

Télécoms : Débit 5G

C’est inscrit noir sur blanc dans la note d’orientation générale 2020-2023 de l’ANRT, le déploiement de la 5G est prévu pour l’année prochaine. Or, selon la même note, étant donné que le marché des entreprises constitue le potentiel de développement de la 5G (automobile, santé, recherche…), des actions seraient favorisées pour encourager l’émergence d’un véritable écosystème autour.
On évoque déjà trois compartiments, et donc utilisations immédiates, de la 5G. Il y a d’abord l’Internet des objets, services nécessitant une couverture étendue, une faible consommation énergétique et des débits relativement restreints. Il y a aussi l’ultra haut débit, pour permettre par exemple de visionner des vidéos en ultra haute définition (8K) ou des applications de réalité virtuelle ou augmentée. Et, enfin, les communications ultra-fiables à très faible latence : Ces besoins se retrouvent principalement dans les transports, dans la médecine et pour l’industrie 4.0.
Il va sans dire que le déploiement de la 5G sera sans doute accompagné par une explosion de l’investissement dans les technologies de l’information, le cloud, les data-centers, le développement des smart cities, l’industrie 4.0, etc.

Agriculture : Une nouvelle génération arrive

La mise en œuvre de Generation Green, la libération des terres collectives et la généralisation de la micro-technologie annoncent déjà une nouvelle ère de l’agriculture. L’année de sécheresse que nous venons de vivre, l’enseignement tiré de la réalisation du Plan Maroc Vert (PMV) vont permettre d’aborder ce secteur sous un nouvel angle. Le PMV a permis de doubler le PIB agricole, plus que doubler les exportations et générer 63 milliards de dirhams d’investissements privés en dix ans.
Dans sa continuité, la stratégie Génération Green repose sur deux piliers : La considération de l’élément humain comme priorité dans tout pari de développement du secteur agricole et la poursuite de la dynamique du développement à travers la modernisation du secteur et l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs agricoles. En plus de la mise en place de moyens modernes visant la création de richesses, la diversification des opportunités d’emploi et la valorisation du milieu rural marocain. Gageons que cette stratégie sectorielle de deuxième génération se traduira par l’attrait de nombreux investissements.

Cannabis : Des opérateurs sur les starting-block

Au début de ce mois d’octobre, l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) a procédé à la délivrance de dix autorisations d’exercice des activités de transformation et de fabrication du cannabis, ainsi que de commercialisation et d’exportation du cannabis et de ses produits dérivés à des fins médicales, pharmaceutiques et industrielles. Comme tout le monde le sait, la légalisation de la culture du cannabis à des fins licites, médicales et industrielles, devenue aujourd’hui une réalité, est une vraie opportunité pour le développement des investissements autour de cette activité.
Une étude réalisée par les autorités concernant les marchés d’exportation met l’accent sur les perspectives en direction de l’Europe à l’horizon de 2028, selon deux hypothèses. Si l’industrie nationale du cannabis pouvait grignoter seulement 10% du marché du cannabis médical européen d’ici 2028, elle réalisera un chiffre d’affaires de 4,2 milliards dollars, ce qui représente un revenu agricole annuel d’environ 420 millions de dollars. Dans l’hypothèse d’une part de marché de 15%, nous parlons de revenus industriels de l’ordre de 6,3 milliards de dollars et des revenus agricoles de 630 millions de dollars.