Ces champions nationaux de la construction de routes

C’est une bien belle reconnaissance pour le Maroc. Un récent rapport du prestigieux Forum économique mondial (WEF), Global Competitiveness 2015, classe le Royaume premier en Afrique du Nord et troisième à l’échelle du continent en matière de qualité des infrastructures, notamment routières.

Cette consécration, le Maroc la doit bien évidemment aux spécialistes nationaux des travaux routiers, un tissu d’entreprises ayant réussi un des développements les plus remarquables dans le secteur du BTP durant la dernière décennie.

Il y a en effet tout juste quelques années, il était nécessaire que tous les constructeurs nationaux unissent leurs moyens pour prendre en charge un seul chantier routier. C’est le contrat programme du BTP signé en 2004 par le gouvernement et la Fédération nationale du BTP (FNBTP) qui a changé la donne. Cet accord a amené entre autres mesures la décision d’allotir des marchés publics relatifs à la construction d’autoroutes, ce qui a très rapidement permis l’émergence de grands opérateurs nationaux en la matière. En effet, suite à ce signal positif du gouvernement, les entreprises ont mobilisé d’importants financements pour acquérir des moyens de production, étoffer leurs équipes de cadres et leur personnel qualifié afin d’être en mesure de réaliser les programmes d’infrastructures lancés par les pouvoirs publics. Résultat, aujourd’hui le secteur des travaux routiers est l’un des mieux lotis en entreprises disposant de solides moyens. En témoigne la liste très étoffée de près de 650 entreprises classifiées et qualifiées par le ministère de l’équipement comme étant structurées et disposant de moyens matériels et humains suffisants pour prendre part aux marchés publics. Mieux encore, dans la classe d’entreprises de premier ordre pour laquelle les critères sont les plus élevés (capital supérieur à 130 MDH, chiffre d’affaires de plus de 90 MDH…), on compte encore plus d’une cinquantaine d’opérateurs.

Parmi les champions nationaux citons d’abord les Grands travaux routiers (GTR), opérateur historique du secteur, en activité depuis 1962. Le spécialiste certifié Qualité-Sécurité-Environnement (QSE) a pris part à plusieurs chantiers emblématiques dont les autoroutes de contournement de Casablanca ou celle d’Asilah en plus d’une multitude de projets de routes, de voierie et de terrassement à travers tout le territoire national.

L’entreprise Houar et la Société africaine des grands travaux El Hajji présentent également un parcours remarquable en étant notamment les premières parmi les opérateurs marocains à avoir mené la construction du premier tronçon d’autoroute entre Fès et Meknès.

Viennent ensuite des opérateurs tels que les sociétés Bioui Travaux et Mojazine qui, tout en étant de constitution relativement récente, ont considérablement investi pour leur développement, affichant aujourd’hui de solides moyens de production, ce qui a d’ailleurs permis à ces deux opérateurs de faire croître très rapidement leur volume d’activité. Sans être exhaustif, la liste des champions nationaux inclut encore les Grands chantiers routiers (GCR), Entreprise Sefiani, Sintram, Vias…

Tout en ayant profité du contexte favorable du contrat programme du BTP pour se développer sur les dernières années, ces champions n’en ont toutefois pas retiré tout le bénéfice potentiel. En effet, les programmes d’investissement menés dans le domaine routier ont également constitué un grand appel d’air pour les opérateurs étrangers qui, la récente crise européenne aidant, ont investi massivement le marché national en cassant les prix, exerçant une concurrence déloyale et entraînant tout le secteur. Cela pousse aujourd’hui les professionnels à réclamer une stratégie nationale globale d’appui à leur activité et non pas seulement des mesures conjoncturelles à l’image de l’allotissement des marchés de construction d’autoroutes mis en place depuis 2004.

C’est précisément ce que devrait apporter le nouveau contrat programme du BTP qui devrait être signé prochainement par les professionnels et l’Exécutif. Celui-ci prévoit à travers l’un de ses axes de favoriser l’émergence de champions nationaux qui seraient le porte-drapeau de l’expertise marocaine et qui seraient capable d’accroître la capacité de réalisation du Maroc ainsi que son rayonnement à l’international. L’on devrait parvenir à cet objectif à travers la mise en place d’un programme qui, comme cela se fait au niveau d’autres pays, encouragera l’apparition de structures de grande taille, en favorisant les regroupements d’entreprises et leur internationalisation tout en leur garantissant un important flux d’activité.