Céréales : une campagne de toutes les espérances

Les agriculteurs sont majoritairement satisfaits de l’évolution de la campagne agricole. Les cultures sont à  un stade végétatif très satisfaisant. Dans certaines régions, les pluies ont retardé les travaux d’entretien, mais il n’y aucun souci majeur.

Dans leur grande majorité et quelle que soit leur région, les agriculteurs sont satisfaits de l’évolution de la campagne agricole. Les précipitations, qui constituent habituellement le facteur limitant, ont en effet été largement supérieures à la normale. Dans la Chaouia, «l’état des cultures céréalières est variable -moyen ou bon- selon les parcelles, le type de sol et les soins apportés par l’agriculteur», souligne Abdelilah El Amile, un agriculteur de la région. Le stade prédominant va du tallage au début de la montaison, même pour les semis tardifs.
Les agriculteurs en sont aux travaux d’entretien, dont la première étape porte sur les apports d’azote de couverture. La majorité des premiers apports ont été effectués en janvier, et certains agriculteurs ont même procédé au deuxième apport là où c’était nécessaire, sachant que les bonnes précipitations entraînent un lessivage d’une partie des réserves d’azote dans le sol. C’est justement la faiblesse de cet engrais par rapport aux besoins réels des plantes, conjuguée à l’accumulation d’eau et le froid, qui est l’origine du jaunissement apparu dans pratiquement toutes les régions. Cette sous-utilisation des fertilisants s’explique en général par le manque de moyens (après une campagne difficile), un souci d’économies, un déficit de sensibilisation, la cherté des produits en raison de la spéculation des intermédiaires et le manque d’encadrement. Dans tous les cas, le réchauffement de fin d’hiver au début du printemps permettra à tous les champs de reprendre un bon état végétatif.

Les travaux reprennent après le ressuyage des sols

Deuxième étape de l’entretien, la lutte contre les adventices. Selon Abbès Tanji, spécialiste en désherbage, «la lutte contre les mauvaises herbes concerne essentiellement les blés (dur et tendre), alors que l’orge (2 millions d’ha, soit autour de 40% des superficies emblavées chaque année) est marginalisée». L’opération a commencé en décembre-janvier pour les parcelles les plus avancées et va continuer après ressuyage des sols. Il souligne que les superficies du blé sont habituellement désherbées presque en totalité contre les dicotylédones, essentiellement du fait de la relative modicité du coût des produits de traitements (50-100 DH/ha), de leur disponibilité (même dans les drogueries et souks) et leur facilité d’application.
Par contre, la lutte contre les graminées (folle avoine, alpiste, bromes…) est peu intense compte tenu des charges jugées élevées (500-700 DH/ha). Au cours des dernières années, des produits génériques, moitié moins chers que les princeps, sont toutefois entrés sur le marché, mais les agriculteurs ont besoin de conseils face à la multitude de produits et aux nombreux critères de choix (types d’adventices, périodes d’efficacité des produits, conditions météorologiques, état du matériel, précautions des agents chargés de les appliquer…).
La région de Doukkala bénéficie des mêmes conditions favorables. La formation d’une croûte superficielle à la surface du sol empêchant le développement normal des cultures n’y est plus qu’un mauvais souvenir. La situation s’est arrangée après les pluies de décembre et l’état des cultures est satisfaisant à bon.
A Sraghna, région essentiellement spécialisée en élevage, les cultures (orge surtout) sont destinées avant tout à l’alimentation en vert du bétail. Autrement dit, très peu d’agriculteurs visent la récolte en grain. Selon Yassine Jamali, un exploitant, les semis ont été réalisés à temps et comme partout ailleurs, l’état des cultures est variable d’une parcelle à l’autre. Et compte tenu des fortes précipitations, des carences en matières nutritives (azote et autres) et l’apparition de maladies cryptogamiques (faute d’assolements) sont constatées sur certaines exploitations. A l’heure actuelle, les plantes sont au stade de tallage, mais les travaux d’entretien sont peu pratiqués avec peu d’apports d’engrais. La lutte contre les mauvaises herbes est quasi inexistante, vu que les adventices sont destinés à l’alimentation du bétail.

La pratique de l’assolement bien adoptée dans le Gharb

Dans le Gharb, Wadiî Krafess, agriculteur, signale qu’une vague de froid a favorisé le jaunissement, mais la situation commence à se rétablir avec le réchauffement. Globalement, les semis précoces sont en début de montaison et les mi-précoces (semis après le 24 novembre, date des premières pluies) sont au stade de fin de tallage. Selon M. Krafess, environ 20% des agriculteurs ont procédé aux traitements herbicides alors que les autres en ont été empêchés par les eaux stagnantes. Les mauvaises herbes restent quand même maîtrisables. A propos de l’engrais azoté dont l’utilisation est bien établie dans cette région, certains agriculteurs ont commencé le 2e apport là où ils ont pu accéder. Au sein de cette région très agricole, les avantages de la pratique des assolements sont bien saisis. De grandes superficies ont ainsi été semées en féverole et d’autres réservées au pois chiches de printemps, à la betterave à sucre en bour (proximité de sucreries qui fournissent semences, engrais…) ou au coriandre.
La situation est également au beau fixe dans la région de Fès. Abdillah Abdelmalek, responsable du service filières de production végétale à la Direction provinciale de l’agriculture (DPA), indique que, dans le bassin céréalier de la zone, qui regroupe plusieurs sous-régions à climat hétérogène, les précipitations ont dépassé de 20 à 60% celles de la précédente campagne et ont atteint au 15 janvier 200-380 mm.

Sur les 172 000 ha emblavés (90-95% du programme prévisionnel), les semis n’ont globalement pas eu de décalage par rapport aux dates normales pour la région, sachant que dans les zones de montagne (Boulemane) qui enregistrent habituellement des chutes de neige, les semis sont plus tardifs. Le stade dominant est le tallage et les travaux d’entretien (engrais de couverture, désherbage) qui avaient déjà commencé, ont été interrompus par les dernières précipitations et reprendront bientôt après le ressuyage du sol.
Par nature très prudents, les agriculteurs se gardent malgré tout de donner des pronostics. La plupart d’entre eux se contentent de souligner que la suite sera déterminée par les pluies printanières.