Céréales : 60 millions de quintaux assurés avec les pluies actuelles

Les précipitations correspondent à  une année «normale», mais elles sont bien réparties dans le temps et l’espace.
L’arrivée de pluies printanières et l’absence de
chergui donneraient lieu à  une année exceptionnelle.
Le scénario favorable donne une production de l’ordre de 90 à  100
Mq, contre 60 Mq pour le scénario pessimiste.

De mémoire d’agriculteur, peu nombreuses sont les campagnes qui ont connu un aussi bon déroulement sur le plan climatologique. En effet, les précipitations, depuis le début de la campagne, sont régulières et générales et, ce qui arrange les choses, alternent avec des périodes ensoleillées permettant la réalisation des travaux (désherbage, engrais de couverture). Cependant, ces précipitations ne sont pas exceptionnelles puisque, au 20 février, le cumul pluviométrique moyen national était de 246 mm contre 241 à  la même date, en année «normale» (moyenne sur 30 ans).

Toutes les cultures sont à  même de profiter de cette pluviométrie favorable, principalement les cultures bour comme les céréales, légumineuses, cultures fourragères… Même les cultures irriguées (plantes sucrières, pomme de terre, arboriculture, etc.) en profitent, suite à  la bonne qualité des eaux de pluie et aux économies sur les arrosages. Les pâturages sont également florissants, ce qui favorise la baisse des charges liées à  l’approvisionnement en aliments de bétail dont les prix grimpent à  vue d’Å“il pendant les périodes difficiles.

Pour les céréales d’automne, la superficie emblavée a atteint cette année 5,2 millions d’hectares, dont 58 % en blé et 42 % en orge, soit une hausse de 2 % par rapport à  la campagne précédente. La végétation est bonne à  très bonne et le stade actuel dominant est le début d’épiaison pour les semis les plus précoces (effectués avant les toutes premières pluies). Pour les semis moins précoces, l’épiaison aura lieu vers la mi-mars. A signaler qu’à  ce stade, les opérations de désherbage et d’apport d’engrais de couverture devraient être terminées. Reste uniquement les traitements fongicides (voir encadré).

Avec les seules pluies enregistrées, la campagne est déjà  sauvée
On note cependant, dans certaines régions à  sol lourd, une abondance de pluies et l’apparition d’eaux stagnantes entraà®nant un début de jaunissement, un faible tallage et le lessivage de l’azote, facilement emporté en profondeur. Ce qui entraà®ne la nécessité d’apports supplémentaires d’engrais azotés (ammonitrates, urée) pour rattraper les pertes et couvrir les besoins à  venir.
De manière générale, et à  environ trois mois des moissons, on peut d’ores et déjà  exprimer un optimisme mesuré pour le reste de la campagne. Le scénario le plus optimiste serait que les précipitations printanières soient au rendez-vous, combinées à  l’absence de chergui. Dans ce cas, on se rapprocherait des rendements record des années 1994 (96 millions de quintaux) et 1996 (100 millions de quintaux).
Un scénario pessimiste se basant uniquement sur les précipitations déjà  reçues à  ce jour nous mènerait vers un rendement moyen dans les régions à  sol lourd et en bour favorable, et un rendement minimal pour les régions moins favorables. La campagne se situerait dans ce cas dans une fourchette moyenne (50 à  60 Mq) mais tous les espoirs sont permis et il est plus raisonnable de tabler sur une bonne campagne.

L’utilisation des engrais reste insuffisante
Pour comprendre l’impact des précipitations, il faut savoir que les besoins en eau d’une culture céréalière dépendent du type (par exemple, besoins moins importants pour l’orge que pour le blé,…), de la région (données climatiques locales), de la variété (cycle long ou court), des semis (précoce ou tardif), etc. Les études au Maroc ont montré que les besoins totaux annuels d’une culture de blé, par exemple, se situent autour de 550 mm (soit en moyenne autour de 10 mm d’eau par quintal de grain produit).
De même, les résultats expérimentaux ont permis de déterminer un seuil minimum de consommation d’eau indispensable pour assurer la production de grain. Ainsi, lorsque la consommation en eau de la culture est inférieure au seuil de 180 mm, la production de grain est pratiquement impossible et seule la paille peut être récoltée.

Un minimum de 180 mm d’eau est nécessaire pour que le blé donne le grain. Au 20 février, on en était à  246 mm.

En plus de la pluie, il faut une bonne conduite des cultures

Pour obtenir un bon rendement, il ne suffit pas que les précipitations soient au rendez-vous. Encore faut-il assurer aux cultures ce dont elles ont besoin. Ainsi, non seulement il est nécessaire de semer de bonnes variétés mais il faut aussi respecter un itinéraire technique approprié (assolements, travaux du sol, désherbage…). Cependant, et en général, un nombre limité d’agriculteurs assurent une bonne conduite des cultures. Ainsi, les semences sélectionnées sont peu utilisées (autour de 700 000 quintaux, soit environ 10 % des besoins). L’utilisation des engrais reste également insuffisante puisque les ventes d’engrais n’ont atteint que 500 000 t au 17 février dernier, là  oà¹, pour un rendement moyen, il en faudrait 4 à  5 fois plus.
Autre pratique ignorée par les céréaliculteurs : celle des traitements fongicides. Avec l’arrivée du printemps, on assiste au réchauffement des températures qui, associé à  une humidité relative élevée, favorise le développement des maladies cryptogamiques – dues à  des champignons – (rouilles, septorioses…). Ces maladies attaquent le plus souvent l’épi et la dernière feuille, dont le rôle est d’alimenter le grain pendant son remplissage. Les traitements fongicides sont limités à  quelques à®lots de producteurs avertis, alors que, avec des apports d’engrais, ils pourraient conditionner le poids spécifique et par conséquent le rendement final.