Céramique : SBS Porcher parie sur le gaz

Le contrat de fourniture en gaz signé avec Circle Oil et l’Onhym réduira le coût de production et permettra à l’industriel d’être plus compétitif sur les marchés étrangers. Il compte porter son chiffre d’affaires à l’export de 30% à 60% du total. Le montant de l’investissement relatif aux frais d’études, à la construction du pipeline et à l’adaptation de l’outil est estimé à 27 MDH.

C’est une expérience qui est scrutée de près par les industriels des matériaux de construction. La signature ces dernières semaines par le fabricant de sanitaires SBS Porcher d’un pré-contrat avec la compagnie irlandaise Circle Oil et l’Office national des hydrocarbures et des mines (Onhym) pour alimenter en gaz son usine à Kénitra est typiquement le genre d’initiatives que les opérateurs souhaiteraient voir se généraliser pour relancer leur secteur. Il s’agit là en effet d’une voie exemplaire pour parer à la cherté de l’énergie qui pénalise les fabricants de matériaux de construction. Ce facteur donne encore plus de fil à retordre aux industriels de la céramique dont fait partie SBS Porcher. Pour faire tourner son unité, d’une capacité de 500 000 pièces, l’industriel jongle avec plusieurs sources d’énergie, non sans inconvénients.

Le propane, source la plus fiable, est utilisé pour alimenter les fours dont le fonctionnement permanent à une température de 1200° est vital pour la pérennité de l’activité. En guise de source d’appoint, l’industriel recourt à des chaudières utilisant le fuel. «L’idéal serait de les alimenter elles aussi en propane car les impuretés du fuel induisent un coût d’entretien élevé et des interruptions de fonctionnement fréquentes», explique Jaafar Slaoui, directeur général de SBS Porcher. Mais le coût d’une telle option est prohibitif. Le propane est actuellement facturé 10 500 DH la tonne (un pic de 11 300 DH a été atteint sur les dernières années) contre 6 700 DH la tonne de fuel. Malgré cet effort d’optimisation, appuyé par des mesures d’économie telles que la réutilisation de la chaleur dégagée par les fours, «le coût de l’énergie atteint 30% du coût de revient», assure M. Slaoui. Et cela ne fait qu’augmenter, martèle-t-il. L’on comprend tout le désavantage que représente ce ratio pour les industriels de la céramique, lorsqu’on le compare avec les niveaux constatés à l’international. «L’énergie ne représente que 10% du coût de revient des céramistes en Egypte», illustre le DG de SBS Porcher, lequel pays s’appuie avantageusement sur ses gisements de gaz. De manière générale, le propane est vendu à l’international entre 20 et 30% moins cher que les prix pratiqués au Maroc, selon les industriels.

Dans ces conditions, l’on devine que les fabricants nationaux partent perdants à l’export. SBS Porcher arrive sur les marchés étrangers avec des prix de 10 à 15% plus élevés que la concurrence, et l’entreprise doit batailler pour maintenir les 30% de son chiffre d’affaires réalisé à l’export.

La pose du pipeline devrait durer au moins un an

La donne devrait changer du tout au tout avec le passage au gaz. Sans livrer le détail de l’impact de cette transformation sur la facture énergétique, M. Slaoui assure que l’entreprise pourrait facilement monter à 50%, voire 60% de chiffre d’affaires à l’export. Le fabricant compte se renforcer spécifiquement sur les marchés européens, sachant qu’il achemine déjà ses produits vers la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l’Algérie, la Tunisie, la Côte-d’Ivoire… L’industriel devrait dans un premier temps répercuter les économies de coûts sur les prix de vente, mais pour les seuls produits exportés. L’effort ne concernera pas les tarifs au niveau local, qui sont déjà maintenus à des niveaux bas, souligne le management de SBS Porcher. Dans un deuxième temps, les gains dégagés de la transformation devraient permettre de développer la capacité de production pour réaliser des économies d’échelle et réduire plus encore le coût de revient.

Quelques étapes restent encore à franchir pour parvenir à tout cela. Les premiers échanges qui ont mené à ce projet remontent à plus d’un an et demi et ont été menés entre l’Association professionnelle des industries céramiques (APIC), l’Onhym et le ministère de l’énergie. Ils n’ont abouti qu’il y a trois mois avec la signature d’un compromis de vente entre SBS Porcher, Circle Oil et l’Onhym (détenteurs respectivement de 75% et 25% des intérêts dans le gisement gazier du Gharb). Ce compromis, qui court sur 5 ans, porte sur les quantités minimum et maximum de gaz qui devront être acquises, le prix… Il engage aussi l’entreprise à investir 25 MDH pour les frais d’étude et de réalisation d’un pipeline enterré de 18 km qui acheminera le gaz vers son usine. SBS Porcher déboursera également 2 MDH pour adapter ses fours et ses chaudières à une alimentation au gaz. Elle a finalisé plusieurs études (faisabilité, impact environnemental, topographique…). Elle devrait se faire livrer la dernière portant sur la pose du pipe dans les prochains jours. Les travaux, d’une durée d’un an au moins, pourront alors démarrer.

Après une campagne de forage 2014-2015 fructueuse, Circle Oil est en prospection pour conclure encore plus de contrats de vente de gaz, en plus de trois accords existants avec des industriels à Kénitra.