Céramique : incertitudes à  propos de la reconduction des mesures de sauvegarde

Mises en application en 2006, elles seront caduques à  compter du 30 novembre. Le ministère du commerce extérieur lancera une étude pour évaluer les résultats.

Qu’il s’agisse de producteurs locaux ou d’importateurs, les opérateurs du secteur de la céramique attendent avec impatience le 30 novembre prochain, date à laquelle les mesures de sauvegarde pour protéger le marché local, entrées en vigueur en 2006 et consistant en l’instauration de contingents, deviendront caduques.
Et s’il y a une question qui divise aujourd’hui le secteur de la céramique, c’est celle du protectionnisme : faut-il continuer à protéger le marché local ou bien doit-on revenir à la libéralisation ? La réponse varie selon les filières.

Naturellement, les industriels locaux réclament une prorogation de la durée de protection alors que les importateurs militent pour une libéralisation du marché. Les premiers ont déposé à cet effet une demande au ministère du commerce extérieur, en juillet dernier. «Nous avons bien reçu une demande de prolongation des mesures de sauvegarde pour le secteur de la céramique. Aucune décision n’a été prise pour l’instant, mais nous comptons lancer une étude pour évaluer l’impact des importations sur le marché local», indique Abdellatif Maâzouz, ministre du commerce extérieur.

Signalons à ce propos que la production nationale de céramique constitue près de 70 % du marché. «L’importation ne dépasse guère les 30 %, soit un peu pus de 10 millions de m2. Avec le contingentement imposé, le mètre carré de carreaux de céramique importé revient en moyenne à 85 DH, contre
65 DH pour les carreaux fabriqués localement», indique Youssef Belkaïd, président de l’Association des importateurs de céramique (Apisa). Selon lui, l’Espagne est le premier fournisseur du Royaume avec plus de 70% des importations. Suivent l’Italie et les Emirats Arabes Unis.

Unanimité sur les effets positifs de la protection
Zahra Maâfiri, directrice de la politique commerciale extérieure au ministère du commerce extérieur, confirme le lancement de l’étude, mais les résultats ne seront pas connus avant 3 mois. «Il faudra établir des questionnaires, contacter les entreprises et leur expliquer le mode d’emploi, rassembler les statistiques et les analyser» , explique-t-elle. A l’en croire, les mesures de sauvegarde qui ont été instaurées en 2006 ont eu un effet bénéfique sur tout le secteur de la céramique et ce, aussi bien pour les importateurs que pour les producteurs.

«En effet, poursuit Mme Maâfiri, les importateurs ont vu leur filière se structurer davantage. Actuellement, et grâce aux mesures de sauvegarde, les importations de céramique obéissent aux règles douanières et le marché constate une amélioration des produits importés. Les producteurs ont également enregistré un effet bénéfique puisque la filière a augmenté ses capacités de production», analyse-t-elle.

La position des deux parties suspendue aux résultats de l’étude
Ce discours officiel ne rassure pas les producteurs pour autant. «En l’absence d’une étude d’impact qui ne doit voir le jour que dans 3 mois, quelle sera l’attitude du ministère de tutelle, en novembre prochain, à la fin des mesures de sauvegarde ?», s’interroge un producteur de céramique de Casablanca. Une question qui ne semble pas déranger outre mesure les responsables du département de tutelle. «Le ministère décidera des mesures provisoires à prendre en attendant les résultats de l’étude d’impact», rassure Mme Maâfiri.

En attendant, producteurs et importateurs ont décidé d’aborder la question avec beaucoup de retenue. Exit donc la guéguerre qui avait opposé les deux clans en 2005 lors de la mise en œuvre des mesures de sauvegarde.

David Tolédano, président de la Fédération des matériaux de construction, qui défend les producteurs locaux, ne veut pas parler de polémique. «Nous en sommes au stade des premiers contacts. Aucune des trois parties (NDLR : importateurs, producteurs et ministère du commerce extérieur) ne peut se targuer de défendre une position définie.

Il faudra d’abord décortiquer les résultats de l’étude que doit mener le ministère et les statistiques du marché durant ces dernières années pour analyser l’impact des mesures de sauvegarde sur le marché avant de prétendre défendre une position quelconque», explique M. Tolédano, qui partage l’avis de la directrice de la politique de commerce extérieur à propos des retombées de la protection.

Du côté des importateurs, l’heure est à l’apaisement. «Nous travaillons actuellement sur l’élaboration d’un mémorandum qui rapprocherait les positions des deux parties. Importateurs et producteurs locaux recherchent la meilleure solution pour le marché de la céramique et non pas une solution qui servirait les intérêts d’un clan aux dépens de l’autre» , lance Youssef Belkaïd, président de l’Apisa.

Reste que les premières approches n’ont pas été fructueuses. Une réunion, tenue le 11 septembre, n’a pas permis de décrisper les positions, mais les contacts informels entre importateurs et producteurs restent à l’ordre du jour et ils sont unanimes à dire qu’il faudra attendre les résultats de l’étude pour trancher.