Ce que proposent les minotiers pour la mise à  niveau du secteur

La capacité de production exploitée à  moins de 50%.
Les recommandations d’une étude réalisée par
la fédération des minotiers.
Entre autres demandes, des droits de transformation cessibles et des aides financières pour la reconversion.

La profession meunière veut s’inscrire dans la logique du Plan Maroc Vert notamment en ce qui concerne les aspects de la sécurité alimentaire et de l’accessibilité du prix. Et pour cela, elle estime nécessaire d’opérer aujourd’hui des transformations dans son mode de fonctionnement et d’organisation et d’évoluer dans un environnement progressivement libéralisé. C’est l’orientation globale qui ressort de l’étude stratégique que la fédération nationale des minotiers (FNM) a fait réaliser sur la filière et dont la restitution a eu lieu mercredi 15 avril.
Pourquoi le besoin de se restructurer ? Pour des raisons déjà plus ou moins connues et que l’étude en question a très clairement mises en évidence. Le diagnostic est, en effet, sans appel : la plupart des moulins sont des structures familiales souffrant de sous-capitalisation et d’insuffisance de fonds propres, un quart des unités ne continue de survivre que grâce au système des quotas (de la farine nationale de blé tendre – FNBT), entre autres.
Il faut dire que cette situation a été indirectement favorisée par l’environnement juridique dans lequel a évolué cette filière, c’est-à-dire un système totalement administré qui a fait que l’Etat s’occupait de tout, y compris livrer lui-même le blé jusqu’aux moulins. Beaucoup avaient saisi cette «opportunité», mais en sont restés là. Résultat : une surcapacité théorique d’écrasement. La preuve : pour des écrasements effectifs de 36 millions de quintaux par an de blé tendre, la capacité installée, elle, est de 76 millions de quintaux soit plus que le double. Et le problème est à peu près le même chez les semouliers (qui écrasent du blé dur) dont les unités ne fonctionnement qu’à hauteur de 60% de leur capacité.
Pour l’ensemble de la filière (moulins et semouliers), on compte aujourd’hui 180 unités, dont une trentaine sont soit à l’arrêt, soit en redressement judiciaire.
Il se trouve que les professionnels de cette filière, notamment ceux qui ont investi dans la modernisation de leur outil de production, ne veulent plus être assimilés à des rentiers, ne vivant que de la subvention étatique, voire du détournement de celle-ci. Ils disent vouloir être traités et considérés comme de vrais industriels, opérant dans la transparence et dans un marché ouvert à la concurrence, «mais toujours attentif aux besoins de la population».
Entre autres mesures suggérées par l’étude stratégique pour assainir la filière meunière, on peut citer la mise en place d’un droit négociable de transformation (appelé en France droit de mouture). Ceci consiste à permettre aux moulins ou aux semouliers qui voudraient sortir de l’activité de transformation de céder leurs droits (de transformation) à ceux qui seraient intéressés de les acquérir parmi ceux déjà existants. L’autre mesure qui pourrait accompagner celle-ci serait d’assurer un traitement favorable à l’endettement des minotiers qui décideraient justement de se désengager de la filière. Ainsi, et du même coup, on réduirait la surcapacité actuelle d’écrasement et l’on permettrait à ceux qui le souhaitent de se redéployer vers d’autres métiers.
Mais la restructuration ne concernerait pas que les acteurs de la transformation, l’étude recommande également de revoir la relation de ceux-ci avec l’amont du secteur céréalier. Ainsi, il est suggéré que les transformateurs jouent le rôle d’agrégateurs pour les petits producteurs (comme cela se pratique dans la filière laitière ou sucrière), auxquels ils apporteront la formation, les semences, et toutes les aides nécessaires, tout en leur garantissant bien sûr un débouché pour leur production. Cette agrégation pourrait par exemple se réaliser au travers des sept associations régionales que compte la filière meunière, et ce serait alors une déclinaison régionale du contrat programme national que la FNM devrait signer avec les pouvoirs publics.
En cela, les minotiers s’insèrent complètement dans le Plan Vert qui prévoit clairement de consolider la restructuration de la filière, en la ramenant, dans un premier temps, à 100 unités (contre180 aujourd’hui), rassemblée au sein de 10 à 15 groupes qui auraient à agréger les petits agriculteurs (voir encadré) dans des coopératives régionales.
Bien sûr, l’étude s’est penchée également sur les activités de stockage (dont l’essentiel de l’infrastructure est «défaillant»), de transport (qui n’obéit à «aucune exigence particulière»), ainsi que sur l’ensemble de la «chaîne de valeur». Mais comme l’explique un opérateur, la transformation est «le seul maillon difficile et en même temps incontournable, car son taux de reconversion est quasiment nul, contrairement aux autres».