Ce que gagnent les Ministres et autres hauts commis de l’Etat

Le Premier ministre perçoit 80 000 DH et un ministre 70 000 DH. Un secrétaire général touche un peu plus de 40 000 DH et un directeur central 26 500 DH. 420 000 DH de prime à  la fin du mandat du Premier ministre et 360 000 DH pour chaque ministre.

Combien perçoivent les hauts responsables de l’administration marocaine en salaires et indemnités ? La question est revenue au-devant de l’actualité ces dernières semaines, alors que le gouvernement suspendait, sous la pression des syndicats, les projets de décret visant l’augmentation des émoluments des hauts cadres ministériels (voir Article : Pas d’augmentation pour les hauts responsables). Il faut dire que le sujet est encore tabou à tel point que nombre de textes de loi réglementant les rémunérations dans la fonction publique ne figurent pas dans le Bulletin officiel (entre autres, les décrets 1-74-331 et 1-93-100 relatifs aux salaires des ministres). Cette volonté des pouvoirs publics de garder confidentielles ces informations a eu pour effet négatif d’alimenter les débats et créer la suspicion au sein de l’opinion publique. Car en réalité, ces indemnités restent raisonnables, quand on les rapporte au niveau de responsabilités exercées, aux montants gérés en jeu et salaires et émoluments accordés aux cadres du secteur privé.
Précision : ce constat concerne exclusivement les responsables des ministères et non pas ceux des entreprises publiques. Les rémunérations de ces derniers sont largement supérieures et elles sont rarement communiquées. Ce qui est accessible et vérifiable sur papier ce sont les émoluments consacrés par l’Etat aux responsables des ministères. A commencer par le Premier ministre, ou chef de gouvernement, qui perçoit 80 000 DH nets par mois, dont un salaire fixe de 42 000 DH, des indemnités de représentation de 18 000 DH, de logement (20 000 DH) et des frais d’ameublement (5 000 DH).

Une prime de départ de 420 000 DH pour le Premier ministre

Quant aux ministres, ils perçoivent un total net de 70 000 DH par mois, soit un salaire fixe de 36 000 DH auquel s’ajoutent deux indemnités : 14 000 DH pour la représentation et 20 000 DH pour le logement, en plus des frais d’ameublement de 5 000 DH. Le secrétaire d’Etat bénéficie de ces mêmes avantages, mais son salaire fixe est de 25 000 DH et ses indemnités de représentation et de logement sont respectivement de 10 000 DH et 15 000 DH. Sa rémunération totalise ainsi 55 000 DH nets par mois en y ajoutant les frais d’ameublement.
Mais avant d’exercer leur fonction, nos ministres ont droit à 20 000 DH à l’occasion de chaque investiture. Le Premier ministre, lui, touche pour cela 30 000 DH. Lors de leur départ, l’Etat se montre plus généreux puisqu’il leur consacre l’équivalent de 10 mois de salaire fixe à la fin de chaque mandat, c’est-à-dire 420 000 DH pour le chef du gouvernement, 360 000 DH pour chaque ministre et 250 000 DH pour tout secrétaire d’Etat.  
Contrairement à l’idée répandue, rares sont les membres du gouvernement qui disposent de logements de fonction. Depuis la cession de ceux-ci au profit des ministres du gouvernement Youssoufi, ce dernier avait mis fin à cette tradition. Aujourd’hui, seuls quelques ministres (dont le Premier ministre) jouissent de cet avantage et encore, il n’y ont pas recours. Ces derniers bénéficient en même temps des frais de logement, contrairement aux dispositions du décret. D’autres ministères, dotés de parcs immobiliers importants, mettent à la disposition de leurs patrons des maisons qu’ils occupent, de manière secondaire.
En outre, l’Etat prend en charge les frais de consommation d’eau, d’électricité et de téléphone de tous les membres du gouvernement. Il paie également les salaires du personnel de maison affecté à chaque ministre et au Premier ministre. Ce personnel est constitué d’un maître d’hôtel, d’un chef cuisinier, d’un jardinier et d’un aide-cuisinier (le personnel mis à la disposition du secrétaire d’Etat est limité aux trois premiers) dont les salaires varient de 2 400 à 3 500 DH. La plupart des ministres s’arrangent pour les faire bénéficier, en plus de leurs salaires, d’indemnités forfaitaires de déplacement allant de 500 à 2 000 DH par mois.

2 500 DH par jour pour les déplacements à l’étranger des ministres !

Les membres du gouvernement exploitent, en plus, des voitures de service : trois pour le Premier ministre, deux pour chaque ministre et une pour tout secrétaire d’Etat. Cet avantage diffère d’un département à un autre. En général, le parc officiellement mis à la disposition des ministres est très vieux, et certains ministres ont fait les frais récemment de pannes, lors d’importants déplacements. Mais la plupart cherchent à remédier à cette lacune en fonction des moyens financiers de leurs départements. Certains ont acquis, à titre de deuxième voiture, de nouvelles berlines ; d’autres ont recours au parc automobile des organismes dont ils ont la tutelle comme les entreprises publiques, les offices ou autres institutions dont la procédure de dépense budgétaire est plus souple. Et il y en a qui ont préféré opter pour la location longue durée.
Les membres du gouvernement n’ont pas droit à des indemnités de déplacement à l’intérieur du Maroc. Ils doivent, en principe, régler par leurs propres moyens tous les frais relatifs à leurs missions (à l’exception du transport) qu’ils effectuent fréquemment en dehors de Rabat. Aussi l’hébergement, l’alimentation et autres dépenses sont à la charge des ministres. Mais en pratique, c’est généralement les responsables, délégués et directeurs régionaux des ministères qui payent la note, souvent au prix d’irrégularités procédurales. Comment ? Pour l’hébergement et l’alimentation, les régisseurs s’emploient à libeller une facture au nom d’invités étrangers. Car les contrôleurs des finances ne valident une prestation de cette nature que lorsqu’elle est destinée à des personnalités étrangères venues au Maroc dans le cadre d’une mission conjointe avec le ministère concerné. N’étant pas très regardants sur les détails, les trésoriers avalisent ces dépenses. Et pour cause, la pratique est subrepticement tolérée à tel point que certains n’hésitent pas à en abuser.
Reste que ces cas demeurent minimes. Et la plupart des ministres tiennent de plus en plus à s’en tenir à la rigueur nécessaire et au respect des règles administratives, notamment pour les dépenses concernant leurs activités et leurs déplacements, bien qu’ils doivent faire face à des contraintes liées à la modestie des frais fixés pour l’exécution de leur mission. C’est le cas pour les déplacements à l’étranger, pour lesquels les membres du gouvernement ont droit à 2 500 DH par jour seulement. Avec cette somme, le ministre est appelé à tout payer : hébergement, alimentation et transport. Dérisoire, si l’on sait que le coût de la vie est trop élevé dans la plupart des grandes villes étrangères. Heureusement qu’ils sont souvent invités par leurs homologues ou des organismes internationaux qui leur assurent la prise en charge totale dans le cadre d’un système conventionnel basé sur la réciprocité. Mais parfois ces hauts responsables effectuent des missions en dehors de ce cadre. Il en est ainsi des déplacements à l’occasion des travaux de la Ligue arabe ou de l’Union européenne où ils sont obligés de payer tout. Les 2 500 DH s’avèrent dans ces cas insuffisants et la plupart sont obligés de payer le complément de leur poche.
Après le ministre, c’est le secrétaire général qui est le mieux payé dans un ministère. Ce responsable qui assure la gestion administrative de l’institution, perçoit une rémunération forfaitaire mensuelle de 22 000 DH à laquelle s’ajoutent une indemnité de hiérarchie administrative de 9 000 DH, une indemnité de représentation de 9 000 DH et une autre de logement de 10 000 DH. Au total, sa rémunération mensuelle brute est de 50 000 DH, mais après déduction des retenus pour impôts, elle est ramenée à 41 000 DH. Ces responsables n’ont droit à aucune indemnité pour les missions à l’intérieur du pays (déplacements, alimentation, transport…). Par contre, ils bénéficient de la prise en charge des dépenses d’eau et d’électricité ainsi que d’une voiture de service. Pour leurs déplacements à l’étranger, ils perçoivent une indemnité journalière de 1 800 DH.

Salaires modestes pour gestionnaires de gros budgets

Quant aux deux dernières catégories des responsables de ministères, jusque-là nommés par dahir, à savoir le directeur central et l’inspecteur général, elles sont traitées sur un pied d’égalité au niveau des rémunérations, bien que les seconds jouissent d’un statut administratif plus élevé étant donné qu’ils assurent le contrôle de tous les services administratifs. Les deux responsables perçoivent ainsi une rémunération mensuelle forfaitaire de 10 000 DH, une indemnité de représentation de 6 000 DH, une autre de hiérarchie administrative du même montant et une troisième indemnité pour le logement, de 6 000 DH également. A cela ajoute une indemnité forfaitaire de 3 380 DH au titre des dépenses d’eau et d’électricité ainsi que 800 DH pour les frais de téléphone. Leur salaire brut atteint donc 32 180 DH, soit 27 000 DH nets. Pour tout déplacement à l’étranger, ils perçoivent 1 500 DH par jour.