Ce que deviendra le plan «Emergence»

Le ministère de l’industrie et du commerce s’apprête à lancer une extension du plan baptisée «Envol».
Trois nouveaux secteurs identifiés : les nanotechnologies, les biotechnologies et la microélectronique.
L’étude a été confiée à un cabinet qui devra suivre la même démarche que pour «Emergence».

Le plan Emergence ne changera pas de nom. La nouvelle stratégie dénommée «Plan Envol», annoncée par le ministère du commerce, de l’industrie et des nouvelles technologies de l’information (MCI), ne vient pas remplacer «Emergence» mais le complétera plutôt en englobant de nouveaux secteurs qui n’avaient pas été retenus en 2005. Le plan «Envol» est en fait le nom marketing qui figurait dans le programme économique du parti de l’USFP et qui englobe les nouveaux secteurs porteurs de développement pour l’économie marocaine. Une appellation que le nouveau ministre, Ahmed Reda Chami, a préféré retenir pour l’extension d’Emergence. Ce programme, tient à préciser le ministre, est le fruit d’un excellent travail qui a constitué un pas décisif dans la définition des métiers et secteurs stratégiques. Il faut aujourd’hui, précise M. Chami, impliquer d’autres secteurs à fort potentiel de compétitivité.

Automobile, textile, offshoring et artisanat, les secteurs qui ont déjà démarré
En effet, au départ, le plan Emergence prévoyait une stratégie industrielle (une première au Maroc) fondée sur le positionnement du Maroc sur de nouveaux créneaux porteurs, baptisés métiers mondiaux. Sept métiers avaient été recensés : l’offshoring, l’automobile, l’aéronautique, l’électronique, l’agroalimentaire, les produits de la mer et le textile. Mais, aujourd’hui, la stratégie devra englober d’autres secteurs qui n’étaient pas prévus au départ et qui pourront se joindre à la dynamique. D’où la mise en place du plan Envol.
Les détails chiffrés du plan Envol, notamment les objectifs à atteindre, ne sont pas encore disponibles. Une étude est actuellement réalisée par un cabinet dont le nom ne peut être, selon le ministère, divulgué pour le moment. Ahmed Chami souligne toutefois que «l’on procédera de la même manière que pour le plan Emergence. C’est-à-dire que l’étude permettra d’établir les actions à mener et les objectifs ciblés». Les conclusions seront communiquées une fois le travail bouclé. Mais, en attendant, on retiendra que «le plan Envol concerne trois nouveaux secteurs où le potentiel de valeur ajoutée est, souligne le ministre du commerce et de l’industrie, illimité». Il s’agit notamment de la biotechnologie, de la microélectronique et enfin de la nanotechnologie.
La nanotechnologie est l’ensemble des techniques permettant de manipuler, caractériser et fabriquer de la matière à l’échelle de l’atome. Ces technologies qui permettent de manipuler des éléments à l’échelle d’un milliardième de mètre peuvent trouver des applications dans plusieurs secteurs comme la santé, l’environnement, la microélectronique et l’optique. Le secteur dispose d’un important potentiel puisqu’il représentera en 2015, selon les estimations du MCI, un marché mondial d’environ 1,1 milliard de dirhams, sur lequel le Maroc veut se positionner. Le jeu en vaut donc la chandelle ! Le département du commerce et de l’industrie avait déjà tenu en 2006 des réunions de travail avec les douze jeunes Marocains résidant à l’étranger qui ont fait leurs preuves dans ce domaine, et ce dans plusieurs pays comme le Japon, le Canada ou encore la France. L’objectif est de mettre en place un pôle nanotechnologies au Technopolis de Rabat. Ce projet sera développé en partenariat avec l’université Al Akhawayane et CDG Développement.

Biotechnologies : un marché de 50 milliards de dollars
Autre secteur concerné par le plan Envol : la biotechnologie. Comme leur nom l’indique, les biotechnologies résultent d’un mariage entre la science des êtres vivants (biologie) et un ensemble de techniques nouvelles issues d’autres disciplines telles que la microbiologie, la biochimie, la biophysique, la génétique, la biologie moléculaire et l’informatique. Elles jouent un rôle important dans les secteurs de la santé, de l’environnement, de l’agriculture, de l’agroalimentaire ainsi que dans la mise au point de processus industriels innovants. C’est un secteur à forte valeur ajoutée car il existe un énorme effort de recherche. A titre d’exemple, les laboratoires pharmaceutiques externalisent de plus en plus leurs travaux de recherche vers les sociétés de biotechnologie, ce qui explique l’importance du marché des études cliniques, estimé à 50 milliards de dollars et sur lequel le Maroc peut également se positionner. «Il s’agit d’une sous-traitance pointue et de vente de la production intellectuelle. Nous avons plusieurs chercheurs marocains résidant à l’étranger qui disposent de brevets et qui sont prêts aujourd’hui à revenir au Maroc en cas de développement des biotechnologies», indique M. Chami.
Le troisième secteur ciblé est la microélectronique qui s’intéresse à l’étude et à la fabrication des composants électroniques à l’échelle micronique. Les composants sont aujourd’hui fabriqués à partir de matériaux semi-conducteurs au moyen de diverses technologies. La microélectronique permet désormais l’intégration de plusieurs fonctions électroniques, ce qui se traduit par une réduction du coût. Au-delà de la baisse du prix, l’utilisation de la microélectronique pour la fabrication des composants permet des gains substantiels en matière de consommation électrique. L’américain Tessera s’est déjà engagé, apprend-on auprès du MCI, pour la création au Maroc d’une unité pour la fabrication de modules de caméras pour les téléphones portables. Un engagement qui démontre donc l’intérêt pour le Maroc d’intégrer ce métier dans sa stratégie de développement industrielle.
Bien entendu, le lancement du plan Envol soulève forcément des questions sur son jumeau Emergence. Où en est-on de ce plan annoncé en grande pompe en 2005 ? Est-il sur la bonne voie ? Les objectifs fixés ont-ils été atteints ?
Depuis qu’Emergence a été officiellement dévoilé, à la fin 2005, certains volets et projets ont été entamés et d’autres sont en phase de concrétisation.
Quelques chantiers ont certes pris du retard, cependant, il faut reconnaître, comme le souligne M. Chami, que du chemin a été parcouru, notamment pour les volets de l’offshoring, de l’automobile, du textile et de l’artisanat.
Dans l’automobile, par exemple, les choses ont bien avancé, notamment avec l’arrivée de Renault qui doit démarrer la production en 2010 dans son site de Melloussa à proximité du port Tanger-Med. L’usine d’assemblage aura une capacité de 400 000 véhicules et nécessitera un investissement de 1 milliard d’euros. On cite également au MCI le cas du constructeur Ford qui a inscrit le Maroc sur sa liste de zones d’achat. L’engagement a été pris par Ford pour l’achat de 20 milliards d’euros de pièces détachées. Un marché sur lequel le Maroc était en compétition avec la Tunisie.

Artisanat : contrats de développement avec sept entreprises de référence
Dans l’artisanat qui a été intégré également dans le plan Emergence, les choses semblent bien avancées. Plusieurs chantiers de la Vision 2015 ont aujourd’hui démarré, ce qui a abouti concrètement à la signature de contrats avec «sept acteurs de référence» opérant dans la branche de la décoration et qui joueront le rôle de locomotive pour le développement du secteur. C’est l’un des objectifs de la Vision 2015 qui vise, faut-il le rappeler, l’émergence de grandes entreprises structurées pour dynamiser le secteur. Par ailleurs, et toujours dans le souci de structurer et dynamiser l’artisanat, un travail d’expertise et d’accompagnement de PME-PMI a été entamé. Environ 18 dossiers ont été traités au cours de l’année 2007 en vue d’apporter un appui aux entreprises artisanales dans les domaines de la production, l’organisation du marché des matières premières, l’organisation de l’espace des ventes ainsi que la promotion des produits. Un appui technique est également assuré aux petites entreprises afin de leur permettre de valoriser leurs productions. Outre ces réalisations, deux autres actions vont être bientôt enclenchées, notamment la normalisation qui vise l’amélioration de la qualité et l’appui aux petits artisans ou artisans individuels. Deux actions sont cofinancées par le secrétariat d’Etat chargé de l’artisanat qui a alloué une enveloppe annuelle de 11 millions de dirhams et l’ANPME qui a octroyé 63 millions de dirhams.
En ce qui concerne l’offshoring, Casanearshore a annoncé officiellement l’ouverture du Nearshore Park le 31 décembre 2007, date à laquelle les premiers locataires recevront les clés de leurs locaux. Aujourd’hui, les 34 000 m2 de bureaux disponibles ont été entièrement loués. Quant à la commercialisation en cours des 48 000 m2 restants, elle connaît un franc succès puisque, selon les responsables de Casanearshore, les réservations fermes ont atteint plus de 80% de la surface totale à louer. Environ une trentaine d’entreprises étrangères (Dell, Bull, Mazars, Novative, S2M, HPS, Ubisoft, M2M, GFI, TATA, etc.) ont signé des promesses de bail. La présence de ces groupes internationaux spécialisés confirme, selon les responsables de Casanearshore, la pertinence de l’offre Maroc et lui assure une visibilité internationale. Le Maroc devient ainsi une destination privilégiée pour les entreprises qui cherchent des opportunités de croissance et de développement. Car les incitations fiscales et financières, les subventions à la formation, les coûts du loyer et des télécoms feront en sorte que l’opérateur qui s’installera à Casashore aura des charges de 70% inférieures à ce qu’il devrait payer ailleurs, notamment en Europe. D’ailleurs, l’offre offshoring sera dupliquée dans d’autres sites, notamment à Rabat (Technopolis, qui comprendra un pôle nanotechnologies), Tanger et Marrakech .