Casablancais cherchent parkings désespérément

L’architecte Omar Alaoui, en collaboration avec l’architecte Chakib Benadallah, a réalisé en 1999 le premier et seul parking aérien de Casablanca.
Un accord entre public et privé a permis cette insertion d’un équipement
public contemporain en secteur architectural sensible au cœur de Casablanca.

Le terrain était une parcelle nue, gelée depuis les années 70 car destinée à la construction d’un parking. Un arrangement entre public et privé, en l’occurence la commune de Sidi Belyout et l’architecte (dont la famille était propriétaire du terrain) a permis de réaliser le projet ajourné faute de moyens. Mixte à l’origine, le programme fut dissocié et la parcelle scindée en deux pour éviter des mélanges de fonctions, la trame d’un parking n’étant pas celle d’un immeuble de logements ou de bureaux. L’équipement est implanté sur le côté droit de la rue du Vizir Tazi qui, à sens unique, relie l’avenue Hassan II à la rue Tata. Il en occupe presque la totalité de la longueur, délimité de part et d’autre par deux immeubles anciens en angle, aux horizontales affirmées. En face, sur la gauche, l’immeuble El Hadj Omar Tazi accentue des verticales sur une façade urbaine ininterrompue.

«Même si elle s’intègre à son environnement en étant moderne, l’architecture du parking ne pouvait être en continuité avec celle, art déco, de la rue. La fonction a dicté la forme. Nous avons recherché un rythme de pleins et de vides cohérent avec l’environnement bâti, cela nous a permis de jouer avec les horizontales» ? Le bâtiment, de 6 niveaux, est la résultante d’une équation cohérente entre la réglementation urbaine, les exigences du programme, la technique constructive et le budget. Un dessin en deux axes directeurs dictés par la fonction et la maintenance : superposition des dalles formalisées par des allèges hautes qui masquent en partie les véhicules ; vides pour la ventilation naturelle ; trame large d’environ 7 mètres pour le stationnement et la circulation mais aussi pour l’accueil de commerces en rez-de-chaussée et l’accès aux étages par une voie de circulation à double sens.

Une façade sobre composée de lignes horizontales continues. Une alternance d’aplats de lumière et de fentes ombrées donnée par les allèges blanches en encorbellement et les vides des baies libres. Cette ébauche de monotonie est rompue par le soulignement plus ou moins soutenu d’une dynamique verticale colorée en bleu : une tache de couleur dans l’angle de jonction de certaines travées ou la transformation en jardinière débordante de végétation de deux trames de part et d’autre du bâtiment. Le dernier niveau, plus bas que les immeubles de la rue, est protégé par une terrasse en différents reculs, allège l’ensemble.

Cet équipement public est le seul de son genre à Casablanca, alors que la demande est impressionnante et qu’une étude, réalisée dans les années 70, repérait des lieux pour réaliser des programmes identiques. Blocage réglementaire, budgétaire ou spéculation foncière plus forte qu’aménagement urbain ? D’hôte problématique, la voiture dans la ville est devenue, actuellement, l’objet d’expérimentations et de projets d’architecture très novateurs dans de nombreuses métropoles. Demain à Casablanca ?

«Bouge l’architecture», des architectures révolutionnaires
L’an dernier, l’exposition «Bouge l’architecture» de l’Institut pour la ville en mouvement (*) présentait, sous la coupole du parc de la Ligue Arabe, « …l’émergence de nouvelles idées, de nouvelles architectures en passe de révolutionner la notion même d’architecture. Les parkings se végétalisent, se colorisent, se déguisent en de véritables lieux urbains…».