Casablanca reprend en main son patrimoine

Le Conseil de la ville va relancer les appels d’offres afin de choisir de nouveaux repreneurs pour la Sqala, le Paradise et les 61 parkings municipaux…

Après le diagnostic, place à l’action. Il y a quelques mois, une commission créée par le Conseil de la ville de Casablanca pour évaluer le patrimoine de la métropole a publié son rapport. Sur ce qu’elle a pu analyser, elle évalue le manque à gagner du Conseil de la ville à un milliard de DH par an. Il était donc plus urgent d’agir. Le plan de bataille est désormais prêt. Il s’agit d’un certain nombre d’actions à mener pour revaloriser le patrimoine immobilier de Casablanca. Pour des raisons évidentes de commodité, on se contentera d’aborder les projets les plus emblématiques.

Commençons d’abord par la Sqala. Ce site historique exploité par Restopro depuis 2001, et dont le contrat est arrivé à échéance en 2011, fera prochainement l’objet d’un appel d’offres. «La commission d’évaluation est en train d’étudier le prix mensuel de la location. A priori, il variera de 40 000 DH à 47000 DH. Ainsi, le plus-disant remportera le marché», confie Abdelhak Mabchour, président de la commission. Pour rappel, durant dix ans, ce site a été loué à un prix symbolique de 750 DH par mois. A l’époque, au début des années 2000, Driss Benhima, l’ex-wali de la métropole, a voulu réhabiliter et revaloriser ce site historique longtemps délaissé. Pour ce faire, il l’a confié à Restopro qui s’est engagé d’investir 15 MDH. Cependant, le prix du loyer devait être revu à la hausse juste après la fin du contrat. «Un engagement qui n’a pas été tenu par les gérants qui occupent les lieux depuis 2011, sans contrat», avance le porte-parole de la commission. Contacté à ce sujet, Eric Arnoux, un des associés, préfère ne pas faire de commentaire sur ce sujet.

La Cour des comptes s’est saisie du dossier du projet Flopir de l’ex-commune  de Moulay Youssef

Le Paradise, géré par Abdelilah Akram, qui n’est autre que le président du club du Wydad de Casablanca, et dont le contrat est échu en mars 2011, est dans la même situation que la Sqala. «Nous avons entamé la procédure pour recouvrer le loyer annuel de 1350 000 DH non payé depuis 2011, et on lancera l’appel d’offres en même temps que celui de la Sqala», ajoute M.Mabchour.

Toujours du côté de la corniche de Casablanca, McDonald’s Dawliz est également sujet à débat. «Le bâtiment de cette enseigne de restauration rapide est construit sur un terrain appartenant au Conseil de la ville moyennant un loyer de 10 000 DH par mois», avance notre source. En effet, cette surface comprenant le restaurant, l’esplanade, le parking et l’aire de jeux pour enfants faisait partie des actifs du ministère de l’équipement et des transports. Au début des années 90 et à l’issue d’un accord conclu entre les propriétaires de McDonald’s et la commune d’Anfa, cette deuxième exproprie le terrain pour permettre à l’enseigne de réaliser le projet. Il s’agit d’un moyen pour encourager les investisseurs. Mais vingt ans après et bien que le prix du foncier ait franchi le cap des 30 000 DH le mètre carré dans la zone, le loyer n’a pas bougé. Par conséquent, «le Conseil de la ville a décidé de réévaluer le terrain afin de le revendre aux propriétaires du restaurant. Encore faut-il que ces derniers acceptent de le reprendre aux conditions fixées par le conseil», déclare M.Mabchour.
Le projet Flopir est un autre gros dossier à dépoussiérer. Réalisé par la société Sokodive, «ce projet de centre commercial et d’immeubles d’habitation avoisinant l’OFEC est construit dans une zone qui n’est pas dédiée à ce type de bâtiments», explique-t-on du côté de la commission. En effet, durant les années 90, l’entreprise porteuse du projet a conclu un accord avec la commune de Moulay Youssef (une commune qui n’existe plus). Celle-ci a accordé «une dérogation à Socodive qui, en contrepartie, s’est engagée à céder quelques appartements et locaux commerciaux à la commune, une fois les travaux terminés», explique le président. Cette promesse n’a pas été tenue. Actuellement, le dossier n’est plus entre les mains du Conseil de la ville. «Son sort relève désormais de la Cour des comptes», confirme-t-il.

Le dossier du Souk Namoudaji de Bab Marrakech est entre les mains de la justice

Tout aussi compliqué est le cas du Souk Namoudaji (marché type). Ce marché de Bab Marrakech, situé à l’angle du boulevard des FAR et de la rue Tahar Alaoui, fait partie de ces nombreux marchés créés par les communes en vue de fixer les marchands ambulants et de les organiser. En 2003, l’appel d’offres relatif à la construction et la gestion de ce projet implanté sur une superficie de 3 600 m2 et qui dispose de quelque 315 locaux commerciaux a été remporté par la société Etro (Entreprise des travaux de recasement organisé). En principe, la société devait construire et louer les micro-boutiques à des commerçants ambulants qui ont été déjà recensés dans la commune et qui exercent cette activité de façon permanente, et cela à des prix préfixés par les deux parties. Or, juste après le lancement du souk, la société Etro a attribué les magasins aux plus-disants. Autrement dit, pour avoir un local, il faut payer un pas de porte de 7000 DH, plus un loyer mensuel largement plus élevé que ce qui est mentionné sur le contrat. Face à ce désordre, le conseil a suspendu le contrat en 2012. Pourtant, l’entreprise continue à exploiter le souk. Pire encore, elle ne paie plus le loyer depuis trois ans. La somme à recouvrer est de 390000 DH. Selon le président de la commission, «toutes les solutions amiables ont été épuisées, c’est pour cela que la commune a eu recours à une procédure judiciaire pour résoudre ce dossier».

Les parkings sont une autre paire de manches. La ville compte 61 parkings communaux loués à des prix qui ne dépassent pas 750 DH par mois. Pourtant, tous les automobilistes passent à la caisse, chaque fois qu’ils stationnent.
Pour rectifier le tir, des appels d’offres sont prévus pour choisir de nouveaux exploitants.

En revanche, le dossier relatif aux logements sociaux et de fonction est presque clos. Le conseil envisage de céder les appartements aux locataires. En effet, il est important de savoir que la ville compte plusieurs immeubles loués depuis les années 60, tels que les résidences du marché Badr, El Hank et Hay Lalla Meriem où l’on recense plus de 4 900 appartements loués à 19 DH le mois chacun ! Le plus curieux est que la plupart des locataires ne paient même pas ce prix symbolique.

Somme toute, le Conseil de la ville fait preuve d’une vraie volonté pour changer les choses et remettre les compteurs à zéro. Encore faut-il avoir les moyens pour répertorier tous les biens, réévaluer les loyers et s’assurer de leur acquittement. Et surtout, il faudra, autant que faire se peut, user de diplomatie pour convaincre les autres parties à accepter les propositions de solution, sans quoi les feuilletons judiciaires risquent de durer.