Casablanca : les autorités mettent le paquet pour en finir avec les baraques

25 hectares à  Sidi Moumen viennent d’être affectés à  des projets de relogement.
Une commission composée de l’Habitat, d’Al Omrane, de l’Intérieur et des Finances suit les opérations au quotidien.
24 000 ménages restent encore à  traiter. Il faudra 500 hectares en tout.
Casablanca sera dotée d’un fichier central des bénéficiaires de tous les programmes pour éviter la spéculation et la fraude.

Stopper net la prolifération des bidonvilles en sanctionnant les agents d’autorité si nécessaire et  identifier clairement l’ensemble des réserves foncières publiques mobilisables pour reloger les familles, le tout au moyen d’un programme calendaire bien défini. Tels sont les deux engagements fermes qui ont été pris par la commission tripartite, composée de représentants des ministères de l’habitat, des finances et de l’intérieur, qui s’était déplacée au début de l’été dans sept zones du Royaume jugées prioritaires (voir La Vie éco du 9 juillet dernier) : le grand Casablanca (y compris Mohammédia), Kénitra, Larache, Marrakech et Rabat.
Casablanca a été le point de départ de cette tournée. Le dernier recensement de 2007 faisait état de 92 000 ménages bidonvillois dans la capitale économique. A ce jour, 46 000 familles ont pu bénéficier du programme Ville Sans Bidonvilles (VSB) et 23 000 sont en cours de traitement. Reste un reliquat de 24 000 ménages, soit 120 000 habitants environ, qui, pour l’instant, sont en attente d’un programme de relogement que les autorités locales s’efforcent de mettre en place. Pour l’heure, un premier chiffre : une soixantaine d’hectares de réserve foncière publique a été mobilisée aux alentours de Sidi Moumen. «Suite aux nouvelles mesures engagées par la commission, nous nous sommes réunis avec l’Agence urbaine, les communes et d’autres promoteurs privés comme Idmaj Sakane et la CGI, afin d’identifier précisément l’emplacement et la superficie des terrains que chaque acteur étaient en mesure de céder» apprend-on auprès d’Al Omrane Casablanca. Précision : sur ces 60 hectares bruts disponibles, seuls 25 hectares sont ouverts à l’urbanisation. «Sur le terrain, nous nous sommes rendu compte que certaines parcelles censées avoir été acquises par l’Etat sont encore la propriété de particuliers», indique un responsable d’Al Omrane. Mais Casablanca a besoin de 500 hectares au total pour reloger les populations concernées. Pour autant, les 25 hectares permettront déjà d’avancer. «Ce n’est pas rien tout de même. Cela représente 43 lots de terrain par hectare, soit 1 500 ménages recasés selon le calcul deux baraques équivalent à un lot. Le transfert des habitants débutera en mai 2011», précise le même responsable.
Actuellement, l’identification du foncier public disponible se poursuit à Casablanca. A Sidi Moumen toujours, la holding chargée par le ministère de l’habitat de construire des infrastructures pour l’accueil des relogés, réalise actuellement 40 équipements : écoles, collèges, foyer de jeunes, etc., et 47 sur le site des Carrières centrales. 87 équipements au total, qui représentent un investissement chiffré à 350 MDH.
«En ce qui concerne le Grand Casablanca, une visibilité totale sera possible à l’horizon de la fin de l’année 2012, pour connaître précisément les douars restants et pour chacun d’eux l’opération de relogement programmée», indique-t-on auprès d’Al Omrane. Selon les objectifs fixés par la commission tripartite, composée de l’Agence urbaine, de la direction des domaines, le cadastre et l’inspection régionale de l’habitat, cette identification doit servir, d’une part, à maîtriser la population zone par zone et, d’autre part, à dresser en face un planning ferme d’actions de relogement à partir du foncier public exploitable. «L’ensemble des nouveaux lots de terrain, au potentiel urbanisable, devrait être connu à la fin du mois de septembre».

A terme, un listing national des attributaires géré par le ministère de la justice

Autre nouveauté mise sur pied, toujours dans l’optique d’un meilleur cadrage du programme VSB : la création de fichiers régionaux des bénéficiaires des produits de résorption, dont le premier concernera justement la ville de Casablanca. Selon des sources à Al Omrane, il est en cours de compilation et sera opérationnel dès la semaine prochaine.
Un fichier général devra recenser l’ensemble des personnes ayant bénéficié des logements ou de lots de terrain pour éviter les doublons et les pratiques frauduleuses de certains qui s’inscrivent sur plusieurs listes à la fois. Objectif : mettre fin aux spéculations et abus passés d’habitants qui avaient pu profiter du manque de coordination des autorités locales et ainsi bénéficier de plusieurs programmes de relogement. En fait, à travers l’élaboration de ce fichier, le ministère de l’habitat souhaite clairement asseoir et mettre en application sa nouvelle procédure d’attribution des logements qui se trouve souvent confrontée, sur le terrain, aux réticences de bidonvillois demandeurs de davantage de superficie pour leur famille. «C’est simple, deux baraques représentent un lot de terrain de catégorie R+3 (rez de chaussée plus trois niveaux d’habitation), soit 84 m2 au sol. En fonction, les ménages contribuent à hauteur de 15 000 ou 20 000 DH», indique le membre du directoire du holding étatique.