Casablanca : le quartier commercial du Maârif a perdu de son faste

Les commerçants parlent d’une chute drastique des ventes par rapport aux années 2000. La baisse de régime concerne plusieurs familles de produits et pas seulement le prêt-à-porter. La baisse du pouvoir d’achat, la concurrence des marques low cost et l’ouverture des malls expliquent cette perte d’attractivité du quartier.

Baisse de la fréquentation, chute du panier moyen, clientèle moins dépensière à cause de la baisse du pouvoir d’achat, concurrence… Toutes ces raisons justifient le moral à zéro d’une grande partie des commerçants du quartier Maârif de Casablanca. «Dans les années 2000 et jusqu’en 2010, nous réalisions un chiffre d’affaires qui pouvait atteindre 500 000 dirhams par mois. On gérait plusieurs boutiques au Maroc. Aujourd’hui, nous arrivons à peine à atteindre un chiffre d’affaires mensuel de 100 000 dirhams par magasin. On a donc été obligé de fermer des boutiques et se contenter de 2 magasins seulement», témoigne un responsable de magasin de prêt-à-porter haut de gamme sur le boulevard Al Massira. Pour une ex-directrice de magasin de mode dans le quartier, le chiffre d’affaires mensuel a baissé d’au moins 40% en quelques années. «Durant les années 2000 et jusqu’en 2009, on arrivait à réaliser des ventes mensuelles de 380000 dirhams. Les samedis, on faisait des journées de 25 000 dirhams. Aujourd’hui, la baisse des recettes est de 40% voire plus. Heureusement, le magasin est en propriété et non en location», clame notre source. Les loyers au Maârif débutent à 15 000 dirhams pour les petits magasins à l’intérieur du quartier et dépassent parfois 60 000 dirhams pour les boutiques du boulevard Al Massira.

2017 a été une année difficile pour tout le monde

Le boom de l’immobilier dans les années 2000 et la spéculation foncière ont fait flamber les prix des locaux commerciaux. Mais l’activité n’a pas connu la même effervescence. C’est du moins ce qu’avancent des responsables de boutiques.

Autre cause avancée pour expliquer cette baisse d’activité : l’arrivée massive des franchises et des enseignes low cost dont le business se porterait mieux que celui des boutiques «no name» ou de grandes marques. Les clients préfèrent acheter des articles moins chers plus fréquemment et suivre les tendances de la mode. Flairant la bonne affaire, une importatrice de prêt-à-porter de Turquie a voulu surfer sur la vague. L’aménagement de son magasin ouvert dans le quartier vers la mi-2016 lui a coûté la somme de 100000 dirhams sans compter le loyer de 15000 dirhams. «Malgré cela, l’activité n’a pas marché. Le ralentissement s’est ressenti en 2017, une année difficile pour tout le monde, y compris pour les activités d’horlogerie et de vaisselle. Depuis 2 mois, les recettes du magasin ne suffisent plus à couvrir les charges de loyer. Aujourd’hui, j’ai décidé de fermer boutique», regrette cette femme d’affaires qui a organisé une braderie pour liquider son stock avant la fermeture du magasin. Même les magasins présents depuis plus de 20 ans dans le quartier subissent une baisse des ventes par rapport aux années 2000. A titre d’exemple, la gérante du magasin de prêt-à-porter féminin Keito au Maârif (marque du groupe Krisna créé par des investisseurs indiens) témoigne de la baisse drastique des ventes et de la fréquentation à cause, dit-elle, de l’ouverture des malls. «D’ailleurs, la boutique Keito du groupe ouverte au Morocco Mall réalise de meilleures performances commerciales que les nôtres», déplore-t-elle. A noter que Krisna possède et gère 31 magasins Keito au Maroc sans compter 32 boutiques Lee Cooper. Certains magasins rentables peuvent couvrir les pertes des autres. Pour leur part, les petits propriétaires essaient tant bien que mal de booster leurs chiffres pour payer leurs charges. Un horloger de la place affirme que l’année 2017 est difficile. «Ce n’est qu’après Ramadan que les ventes ont commencé à reprendre petit à petit. Même notre fournisseur de montres suisses admet l’existence d’une baisse généralisée des ventes dans le secteur», déclare-t-il.

Les bijouteries s’en sortent un peu mieux

D’autres activités telles que la bijouterie se portent mieux, particulièrement pendant les grandes occasions et en période des mariages. Les Marocaines restent aussi très friandes de bijouterie. Le quartier du Maârif est l’un de ses temples à Casablanca. D’autres activités commerciales telles que la parapharmacie ont par contre souffert de la concurrence dans tous les quartiers. «Nous avons été parmi les premiers à introduire la parapharmacie à Casablanca. Quelques années plus tard, le secteur s’est démocratisé et atteint plusieurs quartiers. Le client devient plus avisé. Il compare les prix et vient directement chercher les produits. Nous avons dû baisser les tarifs pour continuer à exister», a regretté une directrice de parapharmacie au Maârif.

Il faut dire que les Marocains semblent moins enclins à dépenser leurs économies dans des biens futiles ou pas nécessaires. Selon l’enquête de conjoncture du HCP (Haut commissariat au plan) du 2e trimestre 2017, 40,1% des ménages déclarent une dégradation de leur niveau de vie. Ce qui laisse moins de place aux achats impulsifs. Heureusement, la tendance pourrait s’améliorer dès l’année prochaine. «Mais pour l’instant, la plupart des clients préfèrent attendre les soldes pour faire leurs emplettes. C’est à ce moment-là que nous réalisons un bon chiffre d’affaires», déclare une vendeuse dans un magasin. Les commerçants n’ont qu’un seul choix: s’adapter ou périr.