Casablanca : le mode de concession des plages privées change

Les plages d’Aïn Diab et Lalla Meriem concédées à  MCN Le gestionnaire délégué tenu d’investir dans l’animation A Dar Bouazza, les plagistes auront bientôt des permis d’occupation pour 10 ans.

Il fait beau, il fait chaud et les Casablancais n’ont qu’une seule idée en tête : la plage! Mais à chaque année, ce bout de paradis devient objet de convoitise pour de nombreux commerçants et opérateurs. A qui appartient-elle vraiment ?

Dans le grand Casablanca, la commune tente, pour une deuxième année consécutive, le coup de la gestion déléguée. C’est qu’auparavant, l’autorité locale procédait par appel d’offres ouvert, et octroyait des permis d’exploitation saisonnière, du 1er juillet au 30 septembre. «Le problème, c’est que les mêmes têtes revenaient chaque année, et qu’il ne s’agissait pas de professionnels pour la plupart», confie un haut cadre de la commune urbaine.

Des petits commerçants exploitaient donc chacun leur bout de plage, en proposant des parasols, des chaises longues ou même en aménageant de petits cafés. Malgré les cahiers des charges établis, le laisser-aller ambiant faisait que l’endroit se salissait, se dégradait et finissait par perdre son charme. De moins en moins de familles casablancaises appréciaient se rendre à Aïn Diab, et migraient plutôt vers des plages plus propres et mieux aménagées, ou encore carrément sauvages.

A Aïn Diab, les tarifs sont fixés dans le contrat
A l’approche de l’été 2007, la commune décidait de changer de stratégie, et confiait, de gré à gré, la gestion déléguée des plages de Aïn Diab et Lalla Meriem à une société spécialisée dans l’évènementiel. En tandem, Middle East communication Networks Morocco (MCN) et la Commune ont revisité le cahier des charges, dans l’objectif de redonner à la plage de Casa ses lettres de noblesse.

Les statuts de l’entente étaient ambitieux : 600 parasols neufs sur Aïn Diab et autant sur Lalla Meriem, 25 petits points de restauration, 30 balançoires pour enfants, espaces sport pour le football et volley-ball de plage, espace pour animations foraines, espace associatif, petit train électrique, cinéma en plein air, etc.

Tout ceci, bien sûr, devant être subordonné à une charte de qualité, pour garantir aux lieux la propreté et l’hygiène, la sécurité, l’accès libre à la mer, etc. Alors que l’ancienne formule ne rapportait chaque été qu’entre 400 000 et 600 000 DH à la commune, le contrat avec MCN allait de son côté lui ramener 2,2 millions. Tout le monde y trouvait son compte, et l’été 2007 s’annonçait des plus beaux.

«Mais voilà qu’un beau matin, Maroc Telecom décide de venir planter sa tente d’animation sur Aïn Diab, sans aucune autorisation», raconte une source proche du dossier. «Ce que personne ne savait, c’est que MCN venait tout juste de signer un contrat de commandite exclusif avec Wana», poursuit-on. Malgré des tentatives de négociations entre chacune des parties, rien ne put y faire, et Wana résilia son contrat de…

5 millions de DH! Du coup, MCN s’est retrouvée déficitaire pour ce projet, et plusieurs des éléments du cahier des charges furent carrément abandonnés, faute de financement.
Cette année, la commune a réussi à convaincre MCN de tenter à nouveau l’aventure. «Nous avons prévenu tout le monde par notification officielle.

Aïn Diab est ouverte à tous, mais il faut passer par MCN», précise la source. Ainsi, loueurs de matériel, restaurateurs et autres prestataires de services seront obligés de passer par le concessionnaire, à charge pour ce dernier de faire respecter le cahier des charges. Il est notamment précisé que la restauration devra proposer des menus emballés et se plier aux règles d’hygiène et de travail adaptées. Fini donc les grills sauvages et autre poêles à frire posés à même le sable.

La plage d’Aïn Diab devrait donc, dès la semaine prochaine, entamer sa transformation. Un petit train électrique emmènera même les enfants, touristes et vacanciers faire un petit tour. Le trajet les mènera de la Mosquée Hassan II jusqu’au restaurant Ma Bretagne, et le prix du ticket ne devrait pas dépasser les 10 DH. Bonne nouvelle : la commune a eu l’idée d’inscrire au contrat des plafonds pour les tarifs appliqués sur la plage. Ainsi, la location quotidienne d’un parasol ne coûtera pas plus de 20 DH, et le prix des cafés devra s’aligner sur la moyenne appliquée par les restaurateurs de la côte.

A Dar Bouazza, 160 000 DH/an pour 4 000 m2
Les plages aménagées de la commune de Dar Bouazza , elles, ne fonctionnent pas selon le même schéma que Aïn Diab. Là-bas, les plagistes-restaurateurs disposent de permis «d’occupation», et non pas seulement d’exploitation. Serge Caroli, propriétaire d’Atlantic Beach, est le doyen des «plagistes branchés» de la région.

C’est en 1995 qu’il a planté ses premiers parasols, en plein milieu de la zone rurale qu’était Dar Bouazza, à l’époque. «Nous avons d’abord obtenu l’autorisation de la commune, puis enfin celle du gouverneur», se souvient-il. Deux ans plus tard, d’autres plagistes sont venus le rejoindre dans le coin. Si bien que le ministère de l’équipement et des transports, qui est le propriétaire du domaine maritime, a tenu, lui aussi, à prendre part au processus d’octroi des permis. La législation s’est donc construite au fur et à mesure que les plages aménagées se développaient dans la région.

«Les autorités se sont probablement inspirées de ce qui se faisait déjà à Tanger et à Agadir. Car il y a dix ans, les plages aménagées étaient nouvelles pour Casablanca, mais pas pour le Maroc», précise Martine Caroli, partenaire de M. Caroli.

Aujourd’hui, ils sont sept plagistes, regroupés en association. «Nous intervenons aussi sur l’aménagement des parkings, sur l’éclairage public, etc. On essaie de contribuer à notre façon à l’amélioration de l’environnement», ajoute M.Caroli. Une espèce de formule donnant/donnant qui semble visiblement faire l’affaire de tous. Car, ne l’oublions pas, ces plagistes créent beaucoup d’emplois dans la région.

Quant aux tarifs imposés aux propriétaires de ces plages, ils varient en fonction de la superficie du terrain occupé par la plage et la surface commerciale. On peut estimer que pour 4000 m2, il faudra verser 80 000 DH par année à l’équipement, et autant à la Commune.

Si les exploitants sont obligés de laisser l’accès à la mer complètement libre, ils ne sont toutefois pas restreints par des plafonds de prix, comme c’est le cas à Aïn Diab. «Nous sommes soumis à la même législation que n’importe quel autre restaurant», indique Mme Caroli, sauf que les constructions en dur leur sont interdites, étant installés sur le domaine maritime.

Enfin, le ministère de l’équipement songe à accorder des permis d’occupation décennaux, plutôt que d’obliger les commerçants à reprendre toutes les démarches administratives chaque année. Mais bien sûr, une clause précisera que le coût du loyer peut être indexé. Avec le développement que connaît la commune rurale de Dar Bouazza, il y a fort à parier que le coût du mètre carré ne stagnera pas.