Casablanca : le concept des marchés de proximité va-t-il réussir ?

Les autorités de la ville veulent sédentariser 320 marchands ambulants dans le souk de Bernoussi d’ici la fin de l’année. Les commerçants doivent verser un droit d’entrée de 7 000 DH et un loyer journalier de 50 DH.

Le dossier des souks namoudajis soulève de nouveau le débat à Casablanca. L’arrondissement de Sidi Bernoussi vient d’ouvrir, en partenariat avec la Commune urbaine de Casablanca et l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), le premier marché de proximité de la capitale économique. Il s’agit pour être précis d’une édition revisitée des anciens souks namoudajis. Les magasins seront affectés de manière graduelle. Près de 80 marchands ambulants ont reçu leur autorisation. L’objectif est d’en installer 320 d’ici la fin de l’année. Pour faire de cette expérience une réussite, l’Association pour le développement des espaces publics (porteuse du projet), en concertation avec le Conseil de la ville de Casablanca, a établi un cahier des charges bien ficelé. Ce document impose, entre autres, aux commerçants de payer un loyer quotidien de 50 DH en plus d’un droit d’entrée de 7 000 DH versé au moment de l’affectation de l’espace de vente. Le document précise que les commerçants ne peuvent occuper indéfiniment leur magasin. En termes plus clairs, on peut leur faire changer d’emplacement en fonction d’un programme préétabli par l’association.

L’expérience de Bernoussi sera dupliquée dans d’autres quartiers de la ville

Selon Ahmed Brija, premier vice-président du Conseil de la ville, «ce projet est une vraie réussite parce qu’il a pu en moins d’une semaine organiser l’activité commerciale au niveau de l’arrondissement de Sidi Bernoussi». Et d’ajouter : «Cette expérience sera ensuite étendue à tous les arrondissements de la métropole souffrant du phénomène des marchands ambulants». Justement, en vue de poursuivre cette expérience, les équipes du pôle des Affaires économiques et sociales au sein de la wilaya de Casablanca ont commencé à recenser les marchands ambulants permanents et saisonniers par préfecture. Le but est d’établir une cartographie des points noirs de Casablanca (abritant le plus grand nombre de marchands ambulants) afin de créer dans ces zones des marchés de proximité.

Cependant, si les autorités voient dans ces espaces de vente la solution qui permettra de résoudre en partie la problématique des marchands ambulants dans la métropole et d’effacer le passif négatif de l’expérience des souks namoudajis, les marchands, eux, ainsi que certains élus, ne partagent pas le même avis. «Ils ont juste changé l’appellation et ont notifié les conditions d’exploitation dans un cahier des charges. Le processus d’affectation et d’exploitation est resté toutefois le même», regrette un élu.

Les emplacements de la première génération de souks ont fait l’objet d’opérations de spéculation

A ce propos, il est important de rappeler que l’échec de l’expérience des souks namoudajis (projet lancé par le ministère du commerce et de l’industrie en 2004), que ce soit à Casablanca ou à l’échelle nationale, est dû principalement à la définition des modalités d’affectation des magasins et à la gestion de l’espace. Plus clairement, ces deux missions avaient été confiées à des associations. Le résultat a été décevant. «Sur tous les projets lancés sur la métropole, plus des deux tiers des magasins ont été remis à des personnes qui n’ont rien à voir avec les marchands ambulants», confirme-t-on du côté de la Chambre de commerce de Casablanca. «Idéalement, les affectations de magasins se font sur la base d’une liste établie par les responsables de la préfecture. Cette dernière regroupe les noms des commerçants permanents et qui ont une certaine ancienneté dans la région», explique-t-on. Or, aux dires des responsables, au niveau de tous les souks namoudajis de Casablanca, les associations n’ont pas respecté les listes. Les attributaires de ces espaces créés dans le cadre d’un projet de solidarité sociale se sont mis à spéculer. Il suffit de consulter les sites d’annonces immobilières pour constater que les prix de ces fonds de commerce, vendus à peine il y a quelques années entre 5 000 DH et 8 000 DH (en fonction de l’emplacement), atteignent aujourd’hui les 180000 DH pour une superficie moyenne de 12 m2.

Compte tenu de ces pratiques, «la Commune urbaine de Casablanca a décidé de ne plus accorder d’autorisations pour la réalisation des souks namoudajis, et de retirer la gestion des anciens espaces aux associations et cela depuis deux ans déjà», confirme M. Brija. Et d’ajouter : «Ce sont les associations qui sont à l’origine de l’échec, chose qui ne va pas se répéter avec les marchés de proximité». Pourtant, la gestion du marché de Sidi Bernoussi a bien été confiée à une association et cela a créé une vive polémique. Depuis son ouverture, des marchands ambulants protestent chaque jour devant la préfecture de Sidi Bernoussi contre le non-respect de la première liste des bénéficiaires. Et ces derniers affirment que «des places ont été attribuées à de nombreux marchands qui n’ont jamais travaillé dans la zone avant l’ouverture du marché». Affaire à suivre…