Casablanca Finance City : les premiers labellisés démarrent leur activité

Des fonds d’investissement ayant le statut CFC ont lancé des opérations en Afrique de l’Ouest et Centrale. Plus d’une trentaine de sociétés ont adhéré jusqu’à  présent à  la plateforme regroupant les institutions financières, des sièges régionaux de multinationales ainsi que des entreprises de services professionnels.

Quand démarrera Casablanca Finance City ? La question revient souvent, et pourtant la réponse est toute simple. «La plateforme est déjà opérationnelle», précise d’emblée Saïd Ibrahimi, directeur du Morrocan Financial Board (MFB), organe en charge du pilotage de la place. Des groupes internationaux qui ont le statut CFC ont vraiment démarré leur business. Il s’agit notamment de fonds d’investissement opérant en Afrique de l’Ouest et Centrale, détaille M. Ibrahimi. Ces opérateurs ont actuellement pour unique obligation de gérer leur activité dans le périmètre de Casablanca, en attendant que les locaux qui leur sont destinés au niveau du quartier d’affaires de Casa-Anfa soient prêts. C’est dire que l’ouverture de ces bureaux, que d’aucuns assimilent au démarrage effectif de CFC, n’est en fait qu’une formalité pour la future place.

Le point déterminant est d’attirer encore plus d’opérateurs sur la plateforme. Plus d’une trentaine d’entreprises ont aujourd’hui cédé à l’appel de la place, dont la dernière en date est l’assureur américain AIG, classé quatrième opérateur mondial. Dans le lot, les trois grandes catégories d’entreprises que devrait accueillir la plateforme à terme sont représentées. CFC est d’abord ouverte aux institutions financières, à savoir les banques d’investissement, les banques d’affaires, les fonds d’investissement, les gestionnaires d’actifs ou encore les compagnies d’assurance et de réassurance…

Mais il n’y a pas que les spécialistes de la finance, car même si on ne le dit pas souvent, CFC touche aussi à l’économie réelle. La plateforme est destinée aux sièges régionaux de multinationales qui couvrent une partie significative de l’Afrique. «On ne cible pas des structures de production mais plutôt des organes de supervision regroupant des directeurs régionaux exécutifs ainsi que leur staff», insiste M. Ibrahimi. Le tout est enfin complété par des entreprises de services professionnels nécessaires à l’activité des institutions financières et des sièges régionaux. Il s’agit des cabinets de consultants, d’audit, d’expertise comptable, de grandes sociétés de recrutement ou encore des agences de notation financière pour ne nommer que ces opérateurs. Si tous ces intervenants paraissent avoir des champs d’activité bien différents, ils sont destinés à former un éco-système qui fait tout l’intérêt de la place financière marocaine. En effet, toutes les entités intégrées à la plateforme sont appelées à entretenir des échanges entre elles. «Un fonds d’investissement de la place intéressé par la situation d’une entreprise peut chercher conseil auprès d’un expert-comptable ayant le statut CFC, et qui a audité l’entreprise en question», illustre M. Ibrahimi. Aussi, les centres de décision régionaux peuvent consommer des services financiers produits au niveau de CFC pour satisfaire leurs besoins d’investissements dans la région, sans pour autant être limités aux prestataires de la place.

De même, les institutions financières de CFC peuvent drainer un courant d’affaires auprès des sièges régionaux de la plateforme tout en ayant comme terrain de chasse toute l’Afrique, pour satisfaire les besoins de financement des entreprises ou même des Etats dans la zone.

Un besoin de financement évalué à 95 milliards de dollars pour le continent africain

Ce marché est, comme l’on pourrait s’en douter, très prometteur. Pour ne retenir que les chiffres les plus importants, le besoin en investissement de l’Afrique s’élève actuellement à 95 milliards de dollars alors que seulement 40 à 45 milliards sont captés annuellement. Pourtant, ce sont 1 000 à 1500 milliards de dollars que les investisseurs seraient disposés à injecter dans le continent, selon une récente estimation du cabinet Mc Kinsey. Ce qui semble manquer jusqu’à présent c’est le bon canal. CFC pourra-t-elle remplir cette mission ? Des questions se posent encore en ce qui concerne par exemple le manque de profondeur du marché financier national, notamment la Bourse de Casablanca.  «Le plus rassurant aujourd’hui est la réalité des opportunités d’investissement africaines ainsi que la disponibilité de fonds», répond M. Ibrahimi. La palette de produits qu’offre la bourse se développera nécessairement à mesure que les flux de capitaux arriveront, suggère-t-il.

Un autre chantier déterminant est celui de l’intégration financière à l’échelle continentale qui nécessitera de multiplier les accords avec les régulateurs, les places boursières des différents pays… En somme, bien des défis restent à relever et ce n’est pas pour rien que les plus grandes places financières mondiales ont mis des décennies à émerger.