Casablanca, 20 000 ha ouverts à  l’urbanisation d’ici à  25 ans

Nouveau schéma directeur annoncé pour la fin 2007.
5 000 ha seront consacrés aux activités économiques pour
la création de
750 000 emplois.
5 650 ha mobilisables dans un premier temps à Zenata, Bouskoura et Nouacer
notamment.
Les appels d’offres de
dix plans d’aménagement lancés.

Bonne nouvelle pour les opérateurs publics et privés de la ville. Le Schéma directeur de l’aménagement et de l’urbanisme (SDAU) du grand Casablanca est en phase finale de préparation. Il sera rendu public vers la fin de l’année en cours. Urbanisme, schéma viaire, zones d’activité économique et de loisirs et espaces verts, le document ambitionne d’apporter une réponse aux besoins de la métropole. En parallèle, les appels d’offres de dix plans d’aménagement ont été lancés. Il s’agit de Dar Bouazza, Zenata, Hay Hassani, Sidi Moumen, Roches Noires, Aïn Sebaâ, Bernoussi, Médiouna, Aïn-Chock et El Fida-Derb Soltane. Quatre plans d’aménagement verront le jour vers la fin de l’année, en même temps que le SDAU.

Selon les études réalisées par l’Agence urbaine, Casablanca sera habitée, d’ici à 25 ans, par 5,1 millions de personnes, soit 1,5 million de plus qu’en 2007. Le besoin en création d’emplois sera de 750 000 postes. Les Casablancais consommeront deux fois plus d’eau (300 millions m3) et les déchets de la ville doubleront. En plus, les rues de la capitale économique verront le nombre de véhicules qui y circulent multiplié par quatre. «Il nous fallait donc tenir compte de toutes ces contraintes sociodémographiques pour mettre en place le document urbanistique de Casablanca dans 25 ans. Il nous fallait spatialiser ces contraintes et ces prévisions en termes d’occupation de territoire, de prévision des mutations de la base sociale ainsi qu’en termes de développement économique», précise Allal Sekrouhi, directeur de l’Agence urbaine de Casablanca.

Les études qui ont été menées par l’agence, dont les équipes ont travaillé en étroite collaboration avec l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de l’Ile de France, avaient donné lieu à trois scénarios pour l’élaboration de cette vision de développement urbanistique de la ville. La première option se rapporte à une croissance basée sur le développement de l’activité économique s’étendant essentiellement à l’Est de Casablanca. Des centres comme Nouacer, Médiouna, Zenata et Mohammédia sont concernés. La deuxième se résume au développement de l’activité tertiaire dans la région ouest de la métropole (Anfa, Sidi Maârouf, Nouacer…). La troisième porte sur une répartition polycentrique des activités, c’est-à-dire un partage des fonctions urbaines sur plusieurs points de la métropole afin d’éviter une concentration au centre-ville des différentes activités économiques et de loisirs. Finalement, c’est un mélange des trois options qui a été retenu. «Nous avions opté pour une polycentricité des activités urbaines pour créer plusieurs centres-villes au sein de la métropole. En même temps, les deux autres scénarios seront adoptés, ce qui implique le développement d’activités industrielles et tertiaires à la fois», est-il expliqué.

Sidi Moumen, Bouskoura, Zenata, Nouacer, Anfa, Hay Hassani et Dar Bouazza, nouvelles zones urbaines en cours d’aménagement
Le nouveau schéma concerne ainsi près de 20 000 ha qui seront ouverts à l’urbanisation. Sur ces terrains, près du quart (5 000 ha) sera dédié à des activités économiques, tourisme, industrie et services, notamment. «Nous avons déjà commencé à identifier les premières tranches de foncier susceptibles d’être mobilisables», ajoute le directeur de l’agence urbaine. La tranche la plus importante, et qui a d’ores et déjà fait l’objet d’une annonce publique, concerne 1 350 ha dans les quartiers de Sidi Moumen, Sbata et Sidi Othmane-Moulay Rachid (voir encadré ci-contre).

L’agence urbaine de Casablanca a en outre prévu un statut assez spécial pour près de 517 ha dans la commune rurale de Lahrawyine. Ces terres ne feront pas partie du périmètre urbain de la métropole. Elles n’auront pas de plan d’aménagement comme le reste des 1 350 ha, mais plutôt un schéma de référence qui les mettra à la disposition de n’importe quel projet économique ou d’habitat jugé intéressant par les autorités de la ville. Cette zone spéciale sera soumise au système des dérogations.

A ceci s’ajoutent près de 2 000 ha dans la région de Zenata. Il s’agit d’une nouvelle ville entièrement équipée et autonome qui est destinée à absorber la pression démographique que connaissent les quartiers est de la métropole. Le plan d’aménagement de cette nouvelle entité urbaine est en cours de finalisation. Le premier coup de pioche des travaux de la première tranche de Zenata (près de 600 ha) est prévu pour mars 2008. Trois mois plus tôt (janvier 2008), ce sont les travaux d’aménagement des 350 ha de l’ancien aéroport d’Anfa qui seront entamés. Résidences de standing, centres commerciaux et centres d’affaires sont prévus pour ce nouveau centre-ville de Casablanca. Quatrième zone qui connaîtra une prochaine ouverture à l’urbanisation, Bouskoura, où les services de l’agence urbaine ont repéré près de 700 ha mobilisables. 340 ha sont d’ores et déjà autorisés pour des projets touristiques et immobiliers de standing. Deux golfs, villas et hôtels de luxe y seront réalisés par des investisseurs marocains et européens.

Corniche pour Aïn Sebaâ, parc thématique à Mohammédia et complexe universitaire à Lissasfa
Les 360 autres ha sont en cours de mobilisation. Une bonne centaine d’hectares sera réservée à un parc qui constituera un poumon pour cette région. Pour sa part, la région de Nouacer connaîtra l’ouverture à l’urbanisation, dans un premier temps, de 600 ha. Les autorisations de construction et de lotissement d’une cinquantaine d’hectares ont été accordées. Les deux dernières régions du Grand Casablanca concernées par cette ouverture à l’urbanisation sont Hay El Hassani et Dar Bouazza. L’agence urbaine a donné son accord de principe pour l’ouverture de 500 ha.
En parallèle aux nouvelles zones qui s’ajouteront au périmètre urbain de Casablanca, le nouveau schéma directeur érige en priorité le développement harmonieux de la ville. En ligne de mire des initiateurs de ce document urbanistique, le manque d’espaces verts. Actuellement, le rapport à Casablanca est d’un mètre carré vert par habitant, ce qui est insignifiant. Et pourtant, Casablanca est loin de manquer de verdure. Il suffit de signaler que 45 % de l’espace bâti de la métropole est constitué de villas. Des habitations avec jardins qui, par ailleurs, n’abritent que 5 % de la population casablancaise. Pas moins de cinq parcs de verdure et de loisirs sont ainsi prévus à Bouskoura, Dar Bouazza (deux parcs), Challalat, en plus d’un parc thématique dit «Zones humides», dédié aux secrets de la mer, et qui sera construit à Mohammédia. «L’objectif est d’arriver à un quotient de 5 m2 verts par habitant», annonce Allal Sekrouhi.

Un voie pour désengorger la route côtière
En matière d’équipements de base et de proximité, le nouveau schéma directeur adopte donc une métropolisation, soit une répartition des fonctions de la métropole. C’est dans cet objectif que s’inscrit le déplacement du grand stade de Casablanca de Bouskoura à Sidi Moumen. A ses côtés seront construits un parc de loisirs ainsi qu’un centre commercial. A Lissasfa, c’est un complexe universitaire qui est prévu afin de redorer le blason de ce quartier périphérique. Nouvelles universités, centres de formation professionnelle et cités et résidences estudiantines sont au programme. Pour ce qui est de la côte de Aïn Sebaâ, l’agence urbaine a l’ambition de la transformer en centre de villégiature et de loisir pour les habitants. Une corniche est à l’étude avec, auparavant, un grand programme de dépollution qui concerne toute la côte est de Casablanca.

Le nouveau document s’attaque, enfin, à un problème des plus coriaces de la capitale économique du Royaume, à savoir la gestion du transport urbain. A ce niveau, différentes études ont été menées en collaboration avec le Conseil de la ville et le ministère des transports et de l’équipement. Il en résulte un schéma viaire actuellement en cours de finalisation. RER, métro, tram et bus urbains sont prévus. «Même si certaines de ces infrastructures ne sont pas au programme sur le court ou le moyen terme, nous avons tenu à les introduire dans le document afin de ne fermer aucune porte», souligne le directeur de l’agence urbaine. Le document se base également sur le réseau actuel de voies ferrées dont dispose la ville, qui ne sont pas toutes exploitées par l’ONCF et qui pourraient être utilisées pour un réseau de transport ferroviaire urbain. Pour désengorger les voies d’accès à Casablanca, une grande voie allant du port, porte Oukacha plus précisément, à l’autoroute a été programmée. L’objectif est d’arriver à attirer un trafic de 2 500 entrées et sorties de poids lourds par jour afin de réduire la pression sur la route côtière. A ce titre, il est important de signaler la difficulté que pose le complexe portuaire de la métropole aux urbanistes et responsables de la ville. Ces derniers devaient choisir entre trois options. La première prévoit une extension à l’est du port. La seconde se rapporte à l’édification d’un nouveau port entre Casablanca et Mohammédia, à l’ouest du complexe de la Samir, alors que la troisième prévoit de déménager le quai de l’OCP vers le port de Jorf Lasfar et de dédier le quai portuaire casablancais aux conteneurs. La commission qui travaille depuis plusieurs mois sur ce point rendra bientôt son verdict. C’est vraisemblablement la dernière option qui sera choisie. Une quatrième idée avait même été évoquée pendant quelque temps. Elle prévoyait l’extension est du port de Mohammédia. Une idée qui a rapidement été écartée puisque difficilement réalisable et posant des problèmes de sécurité des infrastructures pétrolières de ce port.