Casa : pas de plans d’aménagement avant 2010 ?

7 mois après la validation du schéma directeur, ils ne sont toujours pas homologués par l’Intérieur.
Une petite partie sera prête à  la fin de cet été, mais la date d’entrée en vigueur du plus gros des 33 plans reste encore inconnue.

Les dérogations ont repris mais au compte-gouttes. L’immobilier bloqué, les promoteurs grognent.

Où sont les plans d’aménagement de Casablanca ? Cette question est sur les lèvres de tous les professionnels du bâtiment de la capitale économique. Attendu pendant plusieurs années, présenté en grande pompe au Souverain le 21 octobre dernier, soit plus de 7 mois, le «tout» nouveau Schéma directeur d’aménagement urbain (SDAU) tarde à se concrétiser. A travers les plans d’aménagement, ces documents d’urbanisme qui établissent, entre autres, les normes de construction (type de bâtiment, niveau d’élévation…) tardent à voir le jour, au grand dam des professionnels de l’immobilier. Avec les promoteurs à leur tête, ceux-ci affirment souffrir de la rareté du foncier dans la métropole. «A chaque réunion avec les autorités locales, on nous fixe une date pour l’application des nouveaux plans d’aménagement. Et, à chaque fois, cette date est reportée», déplore un promoteur immobilier. Selon lui, la dernière date avancée par les autorités locales fixe l’entrée en vigueur des plans d’aménagement à juin 2010. «A l’Agence urbaine, on nous a affirmé qu’une partie de ces plans sera disponible dès cet été. Le reste ne devrait voir le jour que durant l’été prochain», ajoute ce professionnel.
Contacté par La Vie éco, Allal Sakrouhi, gouverneur directeur de l’Agence urbaine de Casablanca (AUC), explique ce retard par les préparatifs et la campagne relatifs aux élections communales du 12 juin. «Les plans d’aménagement sont en cours d’homologation par le ministère de l’intérieur, mais nous ne pouvons  nous exprimer sur une date qu’après les élections communales», souligne-t-il.

Dans le doute, le comité des dérogations préfère surseoir à statuer
De son côté, Toufiq Hejira, ministre de l’habitat et de l’urbanisme, est également incapable de donner une date. «L’Agence urbaine de Casablanca est sous la tutelle du ministère de l’intérieur [NDLR : elle est la seule à l’être, les autres relevant de l’Habitat]. Même si notre ministère siège dans son conseil d’administration, nous ne savons pas quand ces plans seront homologués», explique M.Hejira.
En attendant, les promoteurs s’impatientent. Ils craignent de devoir apprendre à jongler car, tant que l’ensemble des documents ne sera pas validé, certains des règlements actuels continueront de prévaloir. «Et c’est là où le bât blesse. Le retard d’homologation nourrit les spéculations sur les terrains nus puisque personne ne connaît vraiment la destination qui leur est réservée par les nouveaux plans», confie-t-on au ministère de l’habitat. Pire, «le retard bloque tout simplement le foncier. Tant que les nouveaux plans ne seront pas mis en application, les promoteurs de la métropole ne peuvent pas construire», renchérit le promoteur immobilier.
Pour faire face à ce blocage, les autorités locales (Agence urbaine, wilaya, CRI…) évoquent le système des dérogations. Signalons que les promoteurs immobiliers avaient déjà pointé du doigt l’arrêt, depuis début 2009, des dérogations. Un blocage qui a plongé la métropole dans une sorte de «paralysie immobilière», affirmaient les promoteurs.  «Il est vrai que les commissions de dérogation ont repris depuis quelques semaines. Mais ça ne règle pas le problème puisque les dérogations ne sont attribuées qu’aux projets conformes au SDAU. Or, puisque les plans d’aménagement censés nous fournir les détails du Schéma directeur sont encore inconnus, plusieurs chantiers sont refusés», insiste le promoteur immobilier. Rappelons que le comité des dérogations se compose de la direction du Centre régional d’investissement (CRI), du président de la commune, du gouverneur de la province et du directeur de l’Agence urbaine. Le responsable ministériel concerné par le secteur dans lequel s’inscrit le projet peut également être invité.

Un système provisoire qui dure depuis plus de six ans
«Ce comité n’est pas à plaindre puisqu’il ne connaît pas non plus le détail des plans d’aménagement. Il ne peut donc pas savoir, la plupart du temps, si un projet est conforme ou non aux orientations du SDAU et aux exigences des plans d’aménagement qui en découlent. Dans le doute, il préfère surseoir à statuer», explique-t-on auprès de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI).
Outre les dérogations, les autorités locales estiment que la région du Grand Casablanca dispose encore d’une offre foncière non encore exploitée par les promoteurs. «Un relevé topographique aérien effectué récemment sur la région du Grand Casablanca a montré qu’il existe encore quelque 800 ha libres et constructibles», confie une source à l’Agence urbaine. Une information qui n’apaise pas du tout les promoteurs. Ces derniers restent convaincus par la rareté du foncier dans la métropole. «Les 800 ha dont parle l’Agence urbaine appartiennent en majorité à l’Armée royale ou à la Direction des domaines publics. Il y a aussi une partie de ces terrains qui est grevée de l’utilité publique et réservée aux équipements», répondent-ils. Dans tous les cas, un indicateur de taille vient conforter leurs récriminations. A Casablanca, plus que dans les autres villes, la progression de la consommation de ciment est négative sur les quatre premiers mois de 2009 : – 3 % par rapport à janvier-avril 2008.
Rappelons que le système des dérogations avait été instauré en 2003 par circulaire de l’ex-Premier ministre Driss Jettou. Le système devait donc pallier le retard que prenait la préparation des Schémas directeurs d’aménagement urbain (SDAU) de plusieurs villes, dont Casablanca. Les dérogations se sont multipliées dans le but de débloquer la machine pour permettre aux promoteurs de mettre en chantier le maximum de logements surtout dans des zones non couvertes précédemment par des documents d’urbanisme. Aujourd’hui, il semblerait que le mécanisme qui a été provisoirement mis en place depuis plus de 6 ans, dans l’attente de l’entrée en vigueur du schéma directeur et des 33 plans d’aménagement qui en découlent, soit bien parti pour durer encore, sauf que les autorités y vont très prudemment pour ne pas se mettre en porte-à-faux avec les futurs documents d’ubanisme.