Casa Prestations déjà  sous le feu des critiques

La concession du marché de volaille et du marché de gros des fruits et légumes à  Casa Prestations pourrait se traduire par une hausse des taxes. La taxe d’abattage ne sera probablement pas revue à  la baisse. Les charges additionnelles seront répercutées sur le consommateur.

Le Conseil de la ville de Casablanca a confié à Casa Prestations plusieurs missions dont principalement la gestion des établissements les plus problématiques de la métropole, en l’occurrence les abattoirs, le marché de volaille et le marché de gros des fruits et légumes. Mohammed Chaarani, DG de cette société de développement local, aura du pain sur la planche quand elle prendra en charge la gestion effective desdits établissements à la fin de 2015. D’ici à cette date, la SDL doit mandater un cabinet pour la réalisation d’une étude (financée par le Conseil de la ville) qui permettra d’évaluer l’état actuel de ces établissements, le programme d’investissement à mettre en place ainsi que le modèle de gestion à adopter.

Pourtant, depuis que le Conseil de la ville a annoncé la signature des conventions relatives à la concession de la gestion de ces établissements à Casa Prestations, les professionnels ont haussé le ton. Ils menacent d’augmenter les prix de ces produits de première nécessité au cas où le nouveau gestionnaire ne prend pas en compte leurs doléances. Contacté à ce sujet, Mohammed Chaarani n’a pas donné suite à notre demande. Cependant, on sait que le premier grief des professionnels concerne leur exclusion du processus de négociation préalable à la concession. «On est les principaux concernés par cette opération. C’est nous qui devons désormais collaborer avec la SDL. Du coup, nous ne comprenons pas pourquoi on n’a pas été impliqués dans les négociations relatives à ce dossier», dénonce Mohamed Dahbi, coordinateur du bureau syndical des chevillards affilié à l’Union générale des entreprises et professions (UGEP). Et de renchérir : «Pis, à aujourd’hui, soit un mois après la signature des conventions, aucune des deux parties ne nous a encore contactés pour connaître nos problèmes».

L’abattage clandestin va tirer profit de la situation

Même son de cloche du côté des professionnels du marché de gros des fruits et légumes. Khalid Abdelkrim, secrétaire général du syndicat des commerçants du marché de gros des fruits et légumes, explique que ce manque de communication a laissé place à plusieurs rumeurs. Par conséquent, il y a eu une sorte de déception auprès des professionnels dont l’espoir reposait sur l’arrivée de cette SDL. Car il est important de savoir que l’annonce relative à l’arrivée de Casa Prestations a été accompagnée d’informations confirmant une possibilité d’augmentation des taxes versées par les professionnels opérant dans ces établissements. Visiblement, ce n’est plus une rumeur. En effet, «les professionnels du marché de volaille ont été surpris par la décision de la SDL, consistant à revoir indirectement la taxe à la hausse», explique un élu de la ville. Il ajoute : «Désormais le paiement de la taxe (1,80 DH) ne se fera plus sur la base du nombre de poulets mais au kilogramme». Cette décision va en effet porter le montant des taxes versées par les grossistes du simple au double. Une augmentation qui aura forcément un impact sur le prix des volailles sur le Grand Casablanca.

La situation est presque semblable aux abattoirs. «Suite à l’arrivée de la société turque “Unuër“ qui gérait les abattoirs depuis 2008, la taxe d’abattage avait été fixée à 2,80 DH contre une moyenne nationale qui va de 0,90 DH à 1,20 DH», développe Mohammed Dahbi. A cette époque, le Conseil de la ville avait mis en avant l’argument de l’investissement pour justifier cette hausse. Après le départ des Turcs et suite à la série des sit-in organisés par les représentants des chevillards, la ville avait évoqué la possibilité d’une baisse des taxes. «Malheureusement, nous étions surpris à la lecture de la convention que le montant des redevances par kilogramme de viande ne peut pas faire l’objet d’une baisse et cela durant toute la période du mandat, sachant que la SDL ne percevra que 0,13DH/kg. Le reste sera injecté dans la trésorerie de la CUC», regrette M. Dahbi. D’après lui toujours, les chevillards se trouvent face à un dilemme : jeter l’éponge, comme l’ont fait nombre d’entre eux, parce que les charges élevées ont rogné drastiquement les marges, ou augmenter les prix. Dans tous les cas, c’est l’abattage clandestin, qui représente aujourd’hui plus de 70% du marché des viandes rouges casablancais, qui en bénéficiera.

Possible augmentation des loyers au marché de gros

Le marché de gros des fruits et légumes n’est pas en reste. Cet établissement souffre de plusieurs maux en matière d’infrastructures, d’organisation, de contrôle, de sécurité et surtout de système de taxation. «Casa Prestations devrait prévoir un budget d’investissement conséquent pour réorganiser le marché», confirme une source proche du dossier.

«Le financement de ce projet doit forcément passer par une révision à la hausse des taxes et des loyers, du fait que la SDL s’est engagée, dans le cadre de ladite convention, à augmenter les revenus du marché de 50% à partir de 2016», déclare un élu. Au regard du représentant des commerçants, «vu la crise que vivent les professionnels du marché de gros, la SDL doit plutôt revoir à la baisse la taxe qui s’établit à 6% du prix moyen des quantités de produits introduites au marché et non pas des ventes». Et de conclure : «Si la SDL procédait à une augmentation et ou maintenait le même niveau des taxes, nous serions obligés d’augmenter nos prix».

On présume que le Conseil de la ville de Casablanca a mis en place ce système des SDL essentiellement pour augmenter la rentabilité de ses infrastructures et doper ses recettes. Mais étant dans un marché libre, les commerçants n’hésiteront pas à augmenter leurs prix en vue de préserver leur équilibre financier. In fine, c’est le consommateur qui subira les conséquences de ce rapport de force qui se joue entre les opérateurs et la ville.