Casa : les professionnels du tourisme en rogne contre le président du CRT

Ils déplorent le déficit de communication à  propos des réalisations du conseil n Le président souligne que le CRT n’a pas vocation à  fédérer les professionnels et travaille selon les moyens dont il dispose.
Le principal problème réside dans la multiplicité des acteurs qui doivent mettre en Å“uvre le contrat-programme.

Que fait le Conseil régional du tourisme (CRT) de Casablanca? Si l’on croit un bon nombre de professionnels du secteur touristique de la capitale économique, cette structure, contrairement à  ceux des autres villes, notamment Agadir et Marrakech, ne sert strictement à  rien, surtout depuis que Amyn Alami a été porté à  sa tête, en mai 2006, à  la suite d’élections très houleuses.

«En deux ans, le président s’est réuni une seule fois avec le bureau, à  la demande de certains de ses membres, et a promis monts et merveilles, puis il a disparu de la circulation», affirme un membre du conseil. Il ajoute que même les assemblées générales normales n’ont pas été tenues et que, à  l’exception d’un petit cercle restreint qui gravite autour du directeur Said Mouhid, personne n’est au courant de ce qui se passe à  l’intérieur de conseil, ni du contenu des actions qu’il est censé entreprendre pour la promotion de la ville.

D’aucuns en viennent à  regretter le temps o๠le CRT de Casablanca était présidé par Omar Kabbaj, «qui avait au moins la délicatesse de communiquer sur les actions entreprises pour la promotion de Casablanca». D’autres vont même jusqu’à  affirmer que le président du CRT devrait présenter sa démission, et voudraient écrire à  ce sujet au wali du Grand Casablanca.

Les objectifs fixés par le contrat programme 2004-2012 seront difficiles à  atteindre

Cette colère est quelque peu tempérée par un autre membre du bureau du CRT, en l’occurrence Ali Benjelloun, qui y siège en tant que représentant de la ville, sachant que le CRT est constitué de trois collèges, celui des professionnels, celui des élus locaux et celui des autorités locales. Pour lui, la situation à  Casablanca ne peut pas être comparée à  celle de Marrakech ou Agadir dont les CRT s’occupent uniquement de la promotion de la ville.

«A Casablanca, dit-il, les choses sont plus complexes et plus compliquées à  mettre en Å“uvre dans la mesure o๠la ville dispose d’un Plan de développement régional du tourisme (PDRT), signé entre la ville et le gouvernement en 2006, et dont l’exécution implique de nombreux intervenants». Il reconnaà®t néanmoins que l’exécution de ce PDRT est en proie à  beaucoup de lenteurs, et en l’état actuel «c’est un peu le statu quo», dit-il. L’analyse est partagée par le délégué du ministère du tourisme de la métropole, également membre du CRT, qui estime que, globalement, les choses avancent, notamment en matière d’hébergement, mais pas au rythme souhaité.

Bref, il existe des problèmes dans l’exécution des chantiers du contrat-programme de la ville de Casablanca pour en faire une métropole d’envergure internationale comme cela avait été annoncé il y a quelques années en grande pompe. Il va falloir attendre, car les objectifs fixés par le contrat programme 2004-2012 seront difficiles à  atteindre.

Quelques exemples suffisent pour illustrer cette situation. Pour devenir une métropole attrayante, Casablanca a besoin d’un palais des Congrès, mais celui-ci, prévu dans le sillage de la marina a pris du retard. De même pour rénover le centre-ville, «le cÅ“ur historique» de Casablanca, autour du boulevard Mohammed V et les environs, il faut attendre que le projet de métro qui va passer par ces axes soit avancé. La rénovation par l’Office national des chemins de fer (ONCF) de la gare Casa-port a également tout l’air d’attendre un quelconque feu vert, située qu’elle est entre le Casa city center et le projet de la marina. Et les exemples sont nombreux.

Tout ceci engendre des frustrations chez les professionnels du tourisme, qu’ils soient hôteliers, voyagistes, restaurateurs et même les guides qui ne trouvent même pas un local pour tenir leurs réunions. Alors, haro sur le CRT et sur son président qui travaille en solitaire ? Amyn Alami dit ne pas craindre les critiques, mais il reconnaà®t que les professionnels de Casablanca «n’ont pas tort d’être frustrés».

Pour sa défense, il précise que «le CRT n’a pas vocation de fédérer les professionnels, il existe des associations professionnelles pour cela». S’agissant de la mission du conseil, M. Alami rappelle que celle-ci est double dans la mesure o๠il doit assurer la promotion de la ville et suivre le développement du PDRT. Sur le premier volet, le président du CRT affirme que le directeur Said Mouhid avec son équipe y consacre tout son temps et son énergie. Mais, prévient-il, «nous assurons la promotion de Casablanca dans l’état «touristique» o๠elle se trouve aujourd’hui et on fait avec ce que l’on a».

Le CRT n’est pas une association catégorielle

S’agissant du suivi du PDRT, M. Alami affirme que le CRT «assure uniquement un rôle d’enregistrement et de secrétariat du PDRT et qu’il n’a aucun rôle opérationnel». Quant à  informer les professionnels sur l’exécution des chantiers du PDRT, il estime qu’il est dans la même «situation qu’eux» et qu’il n’est pas informé de tout dans la mesure o๠les projets sont pilotés par différents acteurs qui ne communiquent pas tous sur ce qu’ils font de la même manière, ni avec la même régularité.

Cela dit, et contrairement à  d’autres professionnels, Amyn Alami se retient de franchir le pas en disant que les chantiers visant à  faire de Casablanca une grande métropole touristique rencontrent de grandes difficultés.

Au niveau du CRT, Said Mouhid se veut rassurant. Sans nier les difficultés, et tout en reconnaissant l’insuffisance de la communication autour des actions entreprises par le CRT, il dresse un bilan plutôt positif de l’action du CRT.

Un bilan positif pour le CRT, selon son directeur

«Jusqu’en 2003, affirme le Directeur du CRT, Casablanca était en régression en termes de capacité hôtelière, mais à  partir de 2004, et avec l’annonce des projets importants en matière d’hôtellerie pour la ville, les hôteliers ont entamé une remise à  niveau du parc existant, et on est aujourd’hui à  une capacité de près de 8 000 chambres, soit le double de la capacité de 2002 pour un nombre d’unités qui est passé sur la même période de 47 à  72 unités».

Selon lui, avec le rythme d’ouverture actuel de 2 000 lits par an, l’objectif des 10000 lits sera atteint en 2010.
Aujourd’hui, le tourisme d’affaires à  Casablanca représente, selon le CRT, 65 % du volume total des nuitées et la question est de savoir comment attirer à  Casablanca une clientèle normale qui y viendrait pour passer ses vacances. Pour cela, des segments de clients sont ciblés et en premier la clientèle des pays du Golfe et du Moyen-Orient qui est la deuxième clientèle d’affaires après les français.

«Le tourisme d’affaires étant rare en été, il s’agit d’inciter cette clientèle arabe à  revenir avec sa famille pour des séjours plus longs», pense Said Mouhid. La deuxième cible est constituée par la clientèle africaine pour laquelle Casablanca est devenue un passage obligé, et qu’il s’agit de retenir aussi, surtout avec les problèmes de visas qu’il y a pour aller en Europe.

Quant à  la promotion de la ville à  l’étranger, elle est plutôt dirigée vers les MRE dont 80% visitent Casablanca. Pour attirer ces segments de clientèle pour de plus longs séjours, le travail de promotion qui est fait est axé sur la médiatisation de la ville comme un centre de shopping. A ce sujet un séminaire est en préparation avec les enseignes connues pour rendre opérationnelle la détaxe des produits à  l’export. Casablanca veut aussi se positionner en tant que capitale du tourisme médical dans la mesure o๠elle dispose de grands atouts sur ce créneau et que, par ailleurs, les pays européens deviennent quasi inaccessibles pour les Africains.

De même, le développement des offres SPA et des lieux de bien-être constitue aussi un atout pour le développement d’un tourisme de séjour. Enfin, la promotion va aussi vers le tourisme de croisière, une vraie niche qui accueille sans faire grand-chose 140 000 touristes par an, avec une dépense individuelle moyenne de 120 dollars par jour.

Tout cela est fort intéressant et peut avoir des retombées sur toutes les professions du tourisme, encore faut-il les impliquer, ce qui n’est pas le cas en ce moment. Du moins c’est ce qu’ils déplorent.