Casa : la guerre entre M’dina Bus et transporteurs privés s’exacerbe

Les contrats des 8 sociétés de bus privées expireront d’ici 20 mois et la ville n’entend pas renouveler leurs autorisations Le privé accuse M’dina Bus de concurrence déloyale. Cette dernière se défend.

Au moment o๠de grands projets sont lancés à  Casablanca en matière de déplacement urbain, la situation sur le terrain n’est guère réjouissante et la période de transition, en attendant les fruits desdits projets, risque d’être difficile, voire chaotique.

Aujourd’hui, les huit sociétés privées encore en service sur les 22 qui avaient été autorisées en octobre 1999, voient arriver à  grands pas la fin de leur contrat avec la ville, prévue pour octobre 2009. Des craintes qui s’expliquent par le fait que les responsables de la ville, comptant désormais sur M’dina Bus qui sera concessionnaire unique à  partir d’octobre 2009, ne semblent pas se préoccuper outre mesure du devenir de ces sociétés.

M’dina bus dit pouvoir assurer tout le transport dès 2009 En attendant, la polémique enfle et il faut s’attendre dans les prochains mois à  de belles empoignades entre les protagonistes. En effet, certaines sociétés dont les concessions ont été annulées par la ville pour non-respect du cahier des charges ont porté leur affaire devant la justice.

Celles qui restent n’entendent pas lâcher le morceau facilement. Selon Saâd Raissi, président de la Fédération du transport urbain de Casablanca, «les responsables de la ville ne donnent aucune suite à  nos doléances et se contentent de laisser pourrir la situation en attendant le clash final.

Il faut donc s’attendre à  une dégradation encore plus grave du transport urbain dans les prochains mois». Et d’ajouter que «la société M’dina Bus continue de faire ce qu’elle veut pour augmenter son chiffre d’affaires, sans respecter ses engagements».

A en croire M. Raissi, la société qui a repris l’ex- RATC n’exploite plus que les trajets rentables : «M’dina Bus emploie la quasi-totalité de ses moyens pour couvrir les trajets déjà  exploités par les sociétés privées avec la complicité de l’autorité délégante dont la volonté d’éliminer ces dernières n’est plus à  démontrer», accuse-t-il en substance. Il en veut pour preuve le harcèlement administratif dont ces sociétés seraient victimes, alors que la création de l’agence de régulation du secteur tant attendue a été reléguée aux calendes grecques.

Il n’a malheureusement pas été possible de connaà®tre la version du Conseil de la ville sur ces questions. Des responsables contactés ont argué qu’ils n’étaient pas habilités à  communiquer sur le sujet et d’autres se sont inscrits aux abonnés absents.

En revanche, Khalid Chrouate, DG de M’dina Bus, réfute toutes les accusations. Il affirme que la société qu’il dirige est prête à  assurer la totalité du transport urbain par autobus dès le 20 octobre 2009, pourvu que l’environnement du secteur soit moins anarchique d’ici là . Il revendique une part de marché de 70% sur ce créneau et considère que le parc de la société sera d’ici là  largement suffisant pour répondre à  la demande.

Aujourd’hui, le gestionnaire délégué dispose d’un parc de 700 autobus, dont 300 neufs montés et carrossés au Maroc selon les normes européennes, alors que 400 autres, achetés au prix unitaire de 1,2 MDH, sont en cours de fabrication.

La société, qui emploie 4 320 personnes, ce qui en fait, selon lui, le premier employeur de la ville, transporte quotidiennement quelque 500 000 passagers sur les 67 lignes exploitées, et assure le déplacement scolaire pour environ 100 000 étudiants. Le tracé de ces lignes sera revu de manière plus rationnelle pour être mieux adapté à  la demande, dès que le concessionnaire unique aura place nette.

Mais, souligne le DG de M’dina Bus, un transport de qualité exige l’assainissement de l’environnement du secteur par la création de cette fameuse agence de régulation et le renforcement des organes de contrôle.

En attendant que la ville ait un jour un transport au niveau, ce sont les Casablancais qui utilisent le transport en commun, dont 800 000 par bus et 400 000 par les grands taxis, qui font les frais de cette anarchie avec des véhicules en mauvais état quand ils ne sont pas carréments meurtriers.