Capital humain : à peine 4,3 années d’études en moyenne pour les 25 ans et plus !

Seulement 30% des personnes âgées de 25 ans et plus ont un niveau d’études collégiales, secondaires ou supérieures. Pourtant, les dépenses publiques pour l’éducation ont presque triplé entre 1999 et 2013 et celles des ménages multipliées par 2,7.

Accumuler du capital physique, c’est bien, développer parallèlement le capital humain, c’est encore mieux. C’est en effet celui-ci qui permet de valoriser celui-là, et désormais il n’est guère de rapport, d’étude qui ne mette l’accent sur l’importance pour un pays de développer son capital humain. Il ne s’agit pas, ce faisant, de sacrifier à quelque mode «droidelhommiste» aujourd’hui en vogue, il y va de la compétitivité de l’économie, du progrès des nations.

Quel est l’état du capital humain au Maroc, et d’abord comment le mesurer ? C’est pour éclairer au moins sur ces deux interrogations que le Haut commissariat au plan (HCP) a organisé, mercredi 2 décembre, une rencontre à Rabat au cours de laquelle il a présenté les résultats des enquêtes relatives au capital humain au Maroc.

Pour mesurer le capital humain du Maroc, deux approches ont été adoptées. La première, celle de la Banque Mondiale, consiste à calculer l’indice du capital humain afin d’en mesurer la valeur monétaire. Pour ce faire, la banque combine trois facteurs : le nombre d’années d’études, le rendement économique du capital humain, et enfin la survie des personnes en âge d’activité (15-59 ans). Suivant cette approche, l’indice du capital humain du Maroc en 2013 était de 2,983. Ce niveau est en hausse de 11,3% par rapport à 1999 et de 15,8% par rapport à 1991 où il n’était que de 2,576. Toutefois, le HCP n’établit pas de comparaisons internationales qui auraient permis de situer l’indice du Maroc par rapport à d’autres pays, développés ou en voie de développement.

La deuxième approche, celle qui a la préférence du HCP, est développée par l’Organisation de la coopération et du développement économique (OCDE). Celle-ci s’appuie sur trois indicateurs : les rendements de l’investissement dans l’éducation et la formation, l’expérience professionnelle et enfin la santé.

Sur le premier indicateur, celui de l’éducation-formation, le Maroc affiche un résultat plutôt médiocre. En effet, la proportion de la population âgée de 25 ans et plus ayant un niveau d’études collégiales, secondaires ou supérieures atteint à peine 30% (29,9% exactement) en 2013. Et dans cette proportion, la part de ceux qui n’ont que le niveau du collège est à coup sûr bien plus importante que celle des personnes qui ont fréquenté le secondaire et celle-ci, à son tour, plus élevée que la tranche de ceux qui ont accédé à l’enseignement supérieur. La preuve, le nombre moyen d’années d’études par personne de la population âgée de 25 ans et plus au Maroc est de 4,3 ans, contre une moyenne mondiale de 7,7 ans, et dans les pays à développement humain moyen de 5,5 ans, nous apprend l’étude du HCP. Cette faiblesse du nombre d’années d’études est à la source des inégalités en termes d’ascension sociale, ce que montrent bien les études du HCP selon lesquelles une année de scolarité supplémentaire améliore les chances d’ascension sociale de 13,7%. Ce qui amène au constat que la «répartition sociale du capital humain mesuré à l’aune du nombre d’années de scolarité de la population âgée de 25 ans et plus est plus inégalitaire (indice de Gini égal à 0,6327) que les revenus des ménages (0,4679)», peut-on relever dans les études du HCP.

Bien entendu, par rapport à 1999, il y a un progrès puisque la proportion des personnes âgées de 25 ans et plus ayant un niveau d’études collégiales, secondaires ou supérieures a augmenté de 37,2% entre les deux dates. Malgré tout, il est inférieur de plus de moitié par rapport à la moyenne mondiale (63,6%) et bien en deçà de la moyenne des pays à développement humain moyen (47,5%).

A lui seul, cet indicateur résume à peu près toutes les difficultés de l’économie marocaine, à la fois en termes d’évolution de ses structures et de sa compétitivité.

Pourtant, l’investissement dans le capital humain, dans le domaine de l’éducation-formation, est assez conséquent. Entre 1999 et 2013, indique le HCP, le budget de l’Etat alloué à l’enseignement public a triplé, et les dépenses des ménages pour l’éducation ont été multipliées par 2,7 sur la même période. Mais les résultats, en termes d’effectifs scolarisés, n’ont pas été proportionnels aux efforts budgétaires consentis. En 2013, précise le HCP, les effectifs scolarisés ont été «à peine» 1,4 fois supérieurs à ceux de 1999. Résultat des courses, le «coût» de scolarisation d’un élève a plus que doublé entre 1999 et 2013, passant respectivement de 5088 DH à 12 062 DH par an. Cela montre une fois de plus, et comme le note le HCP, que le système d’enseignement actuel a besoin d’une remise à plat, ne serait-ce que pour faire plus ou moins correspondre les résultats aux efforts budgétaires, publics et privés, consentis.

Sur le deuxième indicateur en revanche, celui de la santé, le Maroc se classe quasiment au même niveau que les pays à développement humain élevé.

Selon le HCP, le taux de survie de la population âgée de 15 à 59 ans était de 920 pour 1000 en 2013 (ou 92%) au Maroc, contre 880 pour 1 000 dans les pays à développement humain élevé en 2011. Pourtant, on aurait tendance à penser qu’il existe une certaine corrélation entre l’éducation et la santé…

A la faveur du recensement général de la population et de l’habitat qu’il a réalisé en septembre 2014, le HCP en a profité pour étudier l’impact de l’expérience professionnelle sur le capital humain. Ainsi, sur la base d’un échantillon de 72 000 personnes choisies parmi les ménages recensés, il constate que sur une population active de 9,4 millions de personnes âgées de 20 à 59 ans, 20% (soit 1,9 million) ont changé de profession au moins une fois dans leur vie professionnelle. En moyenne, précise le HCP, chaque actif de cette tranche d’âge a exercé 1,3 profession au cours de sa vie professionnelle. Cette mobilité professionnelle s’est déroulée pour 38% du 1,9 million de personnes qui ont changé de profession dans le même secteur d’activité et pour 62% hors de son secteur d’activité (mobilité inter-sectorielle). Qu’elle soit intra-sectorielle ou inter-sectorielle, la mobilité sociale s’est soldée dans un cas comme dans l’autre à la fois par des promotions et des déclassements.