Campagne agrumicole 2020-2021 : les professionnels tablent sur des exportations de 630 000 tonnes

• La campagne a démarré en octobre et prendra fin en août 2021.
• Sans avancer de chiffres sur les premières exportations, les professionnels se disent confiants en raison de la hausse de la demande due à la pandémie.
• La production d’agrumes enregistrera, quant à elle, une hausse de 25% par rapport à la campagne 2019-2020.

La campagne agrumicole 2020-2021 qui a démarré début octobre, et s’étendra jusqu’en juillet-août 2021, sera marquée, selon l’ASPAM (Association marocaine des producteurs d’agrumes du Maroc), par une augmentation de la production et des exportations. Ainsi selon Ahmed Derrab, directeur de l’ASPAM, la production, en hausse de 25% par rapport à la campagne 2019-2020, atteindra 2,2 millions de tonnes contre 1,7 million de tonnes d’agrumes.
Les exportations, quant à elles, devraient passer de 530 000 tonnes l’an dernier à 630 000 tonnes pour cette campagne.
La production augmentera, selon l’ASPAM, malgré deux éléments naturels qui ont affectés les plantations: le manque de pluie et le rabattement du niveau de la nappe phréatique. Ainsi, le manque de pluie a touché la plupart des régions agrumicoles du pays et en particulier la région de Guerdane dans le Souss et qui représente, avec ses 10 000 hectares d’agrumes, 40% du potentiel productif du Maroc. «Un déficit pluviométrique qui a imposé un rationnement d’eau pour assurer, en priorité, les besoins en eau potable et en eau de breuvage pour le bétail. Le manque d’eau a affecté les vergers en bloquant l’évolution du calibre des agrumes. Ce qui a, bien évidemment, un impact sur les exportations, puisque les fruits de petit calibre ne peuvent pas être exportés», explique M. Derrab. Et d’ajouter que «dans les régions du Gharb, Marrakech, Beni-Mellal et l’Oriental, pour atténuer les effets de la sécheresse, les vergers ont été irrigués par les eaux des barrages».
Pour ce qui est des vergers irrigués par les puits, le rabattement du niveau de la nappe phréatique, spécifiquement dans le Souss, a induit des coûts supplémentaires pour les producteurs qui sont contraints de s’équiper en moto pompes puissantes pour aller creuser plus profondément d’une part, et, d’autre part, dépenser plus en carburant et en électricité. Pour remédier à ces difficultés, l’ASPAM procède, en collaboration avec les offices de la mise en valeur agricole, à des actions d’encadrement et de sensibilisation des producteurs dans 10 régions à l’utilisation de la micro-irrigation qui, en dépit de son coût élevé, soit 20 000 et 25 000 DH l’hectare, permet d’éviter les déperditions d’eau. Toutefois, l’ASPAM souligne que les agrumiculteurs ont bénéficié, dans le cadre du Plan Maroc Vert, d’une subvention couvrant 80% à 100% du prix de l’irrigation. Il est à noter que cette technique est certes onéreuse mais elle permet, selon les professionnels, «une utilisation rationalisée de l’eau dans une plantation et permet également une économie d’eau de 25 à 30% à l’hectare».

La crise a entraîné une hausse de la demande en agrumes
Outre la hausse de la production, les professionnels prévoient, également, si tout se passe bien sur les marchés étrangers, une exportation variant entre 610 000 et 630000 tonnes d’agrumes d’ici la fin de la campagne en août prochain.
Les exportations sont destinées essentiellement vers l’Europe et la Russie ( 60 à 70%), les USA et le Canada avec 15% et le reste vers divers marchés, notamment de l’Afrique et du Moyen-Orient.
«La campagne vient de commencer, il est encore trop tôt pour établir un bilan de ce qui a été réalisé depuis son lancement, début octobre, mais les professionnels sont confiants, car nous notons déjà une augmentation de la demande à l’international due à la pandémie. En effet, il y a une forte consommation d’agrumes, toutes variétés confondues, contenant de la vitamine C pour combattre le virus», souligne Ahmed Derrab qui précise par ailleurs que l’actuelle crise sanitaire a eu un effet négatif sur les exportations en raison des perturbations dans les secteurs du transport, la distribution et de la logistique. «Cela a impacté les délais de livraison, car les fournisseurs risquent, s’ils ne respectent pas les délais, d’être déréférencés des grandes surfaces qui concentrent aujourd’hui 80 à 85% du commerce des fruits et légumes en Europe. Sans compter qu’il s’agit de produits périssables et donc tout retard peut en affecter la qualité», dit le directeur de l’ASPAM. Par ailleurs, la pandémie a également eu des répercussions dans les fermes dans la mesure où le travail a dû être réorganisé, notamment pour respecter la distanciation et être dans les délais. Ainsi, pour la cueillette, par exemple, les producteurs ont dû renforcer leurs équipes, en passant de 100 à 150 ouvriers à l’hectare.
Les stations de conditionnement, foyers potentiels de contamination, ont, à leur tour, mis en place une organisation spécifique conformément au protocole sanitaire signé entre les producteurs et les autorités locales dans les régions de Berkane, le Gharb, Marrakech et Beni-Mellal.
Un protocole qui impose une réorganisation des groupes d’ouvriers, le transport avec un nombre limité de places, la désinfection des lieux de travail, le réaménagement des horaires de repas et de pause ou encore l’interdiction d’échanger les outils de travail.
«Toutes ces mesures ont ralenti le rythme de la cueillette dans les vergers. Ainsi, le volume de produits cueillis passe de 5 tonnes à 2,5 ou 3 tonnes par heure. Soit 30 caisses contre 50 par heure. Des perturbations qui induisent bien entendu un renchérissement du coût de revient», souligne le directeur de l’association.
Sur le marché local, il y a une faible quantité de fruits, principalement la clémentine dont le prix de vente au détail varie entre 4 et 6 dirhams. Et le prix producteur se situe, pour ce début de campagne, à 2 dirhams le kilo.