Campagne agricole : de moins en moins d’espoir et déjà  des régions sinistrées

Les céréales fortement affectées même s’il pleut durant les jours à venir.
Les cultures maraîchères malmenées par le froid, le prix
des légumes s’en ressent.
L’élevage n’est pas épargné : le coût
de l’aliment est dissuasif.
Seuls les agrumes s’en sortent.

L’affaire est presque entendue pour la campagne céréalière 2006-2007. Il suffit de circuler dans la campagne pour constater qu’une bonne partie des semis précoces en zones bour est dans un état de dégradation très avancé. Dans certains cas, les champs ne sont plus récupérables, même s’il pleut dans les jours qui viennent.
A ce jour, les précipitations efficaces ne dépassent pas, selon les régions, 50 mm alors qu’en année normale, à la mi-janvier, le cumul pluviométrique national moyen se situe autour de 180 mm. Pour ne rien arranger, le froid est venu s’ajouter à la sécheresse pour mettre à mal les plantes. La situation est cependant différente selon les régions.

Jaunissement généralisé dans les régions à sol léger comme Larache
Dans les zones à sol lourd comme la Chaouia, le Gharb et le Saïss, les quelques pluies localisées légèrement supérieures à la moyenne et la rosée ont fait que les cultures résistent encore. Toutefois, même s’il pleut, il ne faut pas s’attendre à des rendements conséquents.
Dans les régions à sols légers, Larache par exemple, on observe un jaunissement généralisé dû au froid et à l’insuffisance des réserves en eau de ces terres connues pour leur faible capacité de rétention. L’absence de tallage et des brûlures des plantes sur de grandes superficies sont également relevées, même dans les régions considérées comme bour favorable (Saïss, Chaouia, Gharb, …). Seules les zones montagneuses, régions tardives (El Hajeb et au-dessus), font exception. Si les pluies sont au rendez-vous dans la semaine à venir et s’installent sur une période assez longue, une partie de la production peut toutefois être sauvée.
Dans toutes les régions, les semis tardifs, effectués après les pluies de novembre, n’ont pas levé. S’il y a eu pré-germination, les grains ont été détruits en raison du manque d’humidité du sol, asséché qu’il est par les opérations de labour et semis.
Pour entretenir l’espoir, certains agriculteurs ont repris les semis. Le problème est qu’à la mi-janvier on a dépassé le tiers du cycle moyen d’une culture céréalière. La période restante risque d’être insuffisante pour le développement d’un champ à partir des semis tardifs n’ayant pas encore germé et ce, même en cas de pluies.
D’autres s’emploient à accorder plus d’espace à d’autres cultures, mais se sont heurtés à la flambée des prix des semences. Ainsi, dans le Gharb, le prix du quintal est passé de 180 à 230 DH (+27%) pour l’orge, de 300 à 330 DH (+10 %) pour la féverole, essentiellement utilisée pour l’aliment du bétail, et de 900 à 1 200 DH (+33 %) pour le pois chiche, dont les semis commenceront bientôt. En ce qui concerne les autres légumineuses alimentaires, on est déjà mal parti. La fève est logée à la même enseigne que les céréales, puisque les emblavements ont lieu en même temps. La période de semis des petits pois et lentilles a coïncidé avec le retard des précipitations et nombreux sont les producteurs qui ont hésité à se lancer.

Retard de maturité pour la tomate, ralentissement de la croissance pour la fraise
Concernant le maraîchage, à la société Casem (Comptoir agricole des semences), on indique qu’à Agadir, qui a connu des températures de 0 à 1°C, la tomate a connu un ralentissement de la croissance, un retard dans la maturité et une baisse des tonnages. On signale aussi un fort taux de mauvaise nouaison qui aura des répercussions sur les prochains bouquets. Quant à la courgette, dont les superficies sont estimées à 2 000 ha (sous serre et en plein champ), elle a connu de gros dégâts : 100 à 150 ha ont été complètement grillés.
Dans la région de Larache qui a connu des températures négatives (-1°C sur 3 jours), la fraise, principal produit de la région, connaît un ralentissement de la croissance, une mauvaise nouaison et des brûlures sur les bractées ( tiges entourant le fruit). Le produit est ainsi refusé à l’export et acheminé vers le marché local, avec le manque à gagner que cela entraîne.

Le déficit pluviométrique pourrait affecter l’arboriculture durant la prochaine campagne
Pour l’arboriculture en général, il n’y a pas de dégâts. Mais les agrumes ont subi, selon Ahmed Derrab, secrétaire général de l’Aspam (Association des producteurs d’agrumes au Maroc), deux éléments climatologiques : la hausse anormale des températures constatée entre septembre et novembre, et l’absence de précipitations.
Les fortes températures, sans affecter la qualité, ont provoqué une baisse du calibre et un retard de coloration des fruits, prolongeant le recours au déverdissage avec l’augmentation des charges qui en découle. Par contre, l’absence de précipitations n’a pas eu d’effets directs, les agrumes réagissant généralement une année après. Par conséquent, la pluviosité satisfaisante de l’année dernière a favorisé une bonne production durant cette campagne. La profession table sur l’exportation de 640 000 t contre 542 000 pour la campagne 2005-06
En ce qui concerne le manque de pluies, souligne M. Derrab, son effet indirect porte sur la non-reconstitution de la nappe phréatique, ce qui a affecté les puits, première source d’irrigation dans le Souss, ainsi que les stocks des barrages irriguant les régions agrumicoles, en l’occurrence le Gharb, Béni Mellal, le Haouz et l’Oriental. En revanche, les plantations n’ont pas trop souffert du froid car les basses températures ont rarement atteint des chiffres négatifs et ont été limitées dans le temps. Mieux, le froid normal est bon pour les arbres en période de dormance.

Rétention des fourrages et foins à des fins spéculatives
Côté élevage, c’est l’expectative qui domine, avec les prix des aliments qui grimpent en flèche au fur et à mesure de l’allongement du retard des précipitations et de la disparition des herbages. Ainsi, dans le Gharb, le prix de la botte de paille est passé de 5,50 à 10 DH et une accalmie est peu probable. Dans les régions plus reculées, on parle même de 20 à 25 DH la botte. De même, et selon Mohamed El Kharroussi, de l’Aneb (Association nationale des éleveurs de bovins), le kilo de son est passé de 2 à 2,60 DH (+30%) et continue de grimper. Le kilo d’aliments complets est passé de 2,10 à 2,40 DH. Fourrages et foins sont mis sur le marché avec parcimonie : les agriculteurs ou intermédiaires font tout simplement de la spéculation.

Mercuriale
Les prix des légumes flambent

Les prix des produits maraîchers connaissent une forte flambée. Par exemple, les haricots verts sont vendus jusqu’à 18 DH au lieu de 7 à 8 habituellement. Pomme de terre, fève, petit pois et tomate sont à 9 DH/kg. En période normale, la tomate devrait être vendue entre 5 et 6 DH/kg et la pomme de terre de 2,50 à 3 DH/kg. A noter que les producteurs n’encaissent généralement que le tiers du prix
au consommateur.
Parmi les causes de cette hausse, il y a bien sûr le froid et le déficit pluviométrique, même si les cultures maraîchères sont pour l’essentiel irriguées. En effet, la baisse de la nappe phréatique entraîne la hausse du coût de l’eau eu égard à l’augmentation de l’investissement dans le forage des puits (voir reportage). S’ajoute à cela la facture du carburant et le coût de la main-d’œuvre, même si de nombreux producteurs, pour réduire le coût de l’énergie, utilisent des moteurs à essence fonctionnant grâce à des bonbonnes de gaz. Pour corser le tout, les intermédiaires organisent la pénurie en faisant, le froid aidant, du surstockage sans frais.
Soulignons qu’au début du mois, le circuit a connu des perturbations dues à l’Aïd El Kébir : beaucoup d’ouvriers étaient partis célébrer la fête en famille, provoquant ainsi l’arrêt des travaux (cueillette, lavage, transport…) sur 10 à 15 jours voire plus.