Campagne 2007-2008 : ce que prépare l’Etat

4,5 millions d’arbres fruitiers seront distribués

Des subventions aux semences et contrats-programmes pour les cultures sucrières
Les ressources en eau sous très haute surveillance.

En attendant l’élaboration et la mise en œuvre, une fois pour toutes, d’une stratégie agricole claire, les pouvoirs publics tentent, d’une campagne à l’autre, d’apporter quelques retouches et réajustent la politique en fonction de la conjoncture. Toute la journée du mercredi 3 octobre, les directeurs centraux du ministère de l’agriculture ainsi que les directeurs provinciaux et autres responsables des services extérieurs étaient en conclave à Meknès. Tenue sous la houlette du secrétaire général, la rencontre avait pour objectif de faire

le bilan de la campagne 2006/2007 et de dévoiler le plan d’action pour celle de 2007/2008. Durant plus de six heures, les uns et les autres se sont succédé au pupitre pour dévoiler les nouveautés pour la campagne qui débute.
Si le contenu était certes bien fourni, les différents responsables ayant passé en revue tous les volets de l’intervention du ministère, on retiendra, toutefois, quelques actions-phares et des nouveautés pour cette année.

Le premier volet concerne la reconversion des terres dans le but de développer de nouvelles cultures à plus grande valeur ajoutée et de diversifier les productions. Selon les premières prévisions du ministère, pour ce qui est des arbres fruitiers, subventionnés à hauteur de 80% par l’Etat, près de 4,5 millions de plants seront distribués, soit une hausse de +37% par rapport à la campagne précédente.
Pour ce qui est des cultures sucrières, le département prévoit la mise en place de plans régionaux de développement à moyen terme pour la période 2007-2012, qui seront concrétisés par des accords de partenariat entre les opérateurs régionaux de la filière (agriculteurs et sucreries notamment), le tout complété par un contrat-programme entre le gouvernement et la profession sucrière. Le plan d’action comporte aussi des volets concernant oléagineux et cultures dites d’exportation.

Cela dit, les céréales continuent de bénéficier d’une attention particulière ne serait-ce que par la taille de la population qu’elles font vivre. Et déjà, en ce début de campagne, le ministère doit faire face à un problème de taille : la pénurie de semences (lire La Vie éco du 5 octobre 2007). Pénurie due en grande partie à la mauvaise récolte de la dernière campagne. Résultat de la pénurie : un risque de flambée des prix. Pour y remédier, le ministère a décidé de revoir à la hausse le niveau de la subvention accordée aux semences de production locale pour les porter à 115 DH le quintal au lieu de 110 DH l’année dernière. Pour les semences importées, la subvention variera entre 300 et 500 DH/q en fonction des catégories.

Toujours au chapitre des subventions, mais cette fois-ci aux matériels et équipements agricoles, le ministère de l’agriculture a décidé cette année de simplifier considérablement les modalités d’octroi et de déblocage des fonds. Entre autres mesures adoptées, la fusion de la prime d’investissement et de la subvention accordée au tracteur en une seule aide pour en faciliter la gestion.

Par ailleurs, la gestion de l’eau et l’irrigation constituent un des axes majeurs du plan d’action pour l’actuelle campagne. Et pour cause, les réserves en eau sont en baisse. Selon les estimations du ministère, la réserve d’eau globale disponible au niveau des barrages dits à usage agricole était, au début de la campagne 2007/2008, de 6,2 milliards de m3 avec un taux de remplissage de 46% contre 54% pour la campagne précédente. Par conséquent, rationalisation oblige, seuls 2,8 milliards de m3 seront réservés à l’irrigation, ce qui correspond à 57% seulement des besoins en eau normaux des périmètres irrigués. Pour la campagne précédente, ce taux était de 65%. Parallèlement, le ministère promet davantage de rigueur dans la gestion, notamment à travers une politique de recouvrement plus agressive des redevances de la part des Offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA) voire même un réajustement des tarifs, certainement à la hausse, pour assurer la durabilité des équipements et installations. Pour ce dernier point, la question entre dans le cadre d’un projet plus global qui a pour objet la réforme du secteur de l’eau et pour lequel le Maroc avait obtenu un prêt de la Banque mondiale de 400 millions de dollars en quatre tranches de 100 millions chacune. Une des pistes qui avait été retenue, à ce sujet, consistait à filialiser la gestion de l’eau d’irrigation voire à la confier à des opérateurs privés dans le cadre de contrats de gestion déléguée. L’idée suit son cours au moment où une première expérience est en cours dans le périmètre de Sebt El Guerdane (région d’Agadir) confié à la filiale de l’Ona Nareva.

Si, pour l’heure, il est prématuré de parler de retard pluviométrique, il n’en reste pas moins que la campagne 2007-2008 souffrira certainement des séquelles de la précédente qui était catastrophique, avec une récolte céréalière en baisse de 66% par rapport à la moyenne des cinq dernières années.