Business des motos : ça roule pour les grosses cylindrées

Le parc de motos devrait dépasser les 58 000 unités en 2017. La personnalisation, un vecteur de croissance du segment. Toutes les grandes marques sont vendues au Maroc.

Les Marocains sont de plus en plus nombreux à sillonner les rues et routes du Royaume sur différents engins à deux roues. Affectionnant aussi bien les grosses motorisations que les petits scooters de ville, les motards ont vu leur visibilité augmenter ces dernières années avec l’arrivée sur le marché marocain de gammes à la portée de toutes les bourses. Salariés, médecins, dirigeants d’entreprises, aventuriers, et étudiants sont aujourd’hui nombreux à préférer les motos, soit pour leur côté pratique, soit pour ce qu’elles incarnent culturellement.
Ainsi, le nombre de motos en circulation (de 50 cm3 à 125 cm3) totalise 55 515 à fin 2016. Rien que pour cette année-là, les nouvelles immatriculations se montaient à 12295, contre 2 376 unités en 2012, 2 651 en 2013, 2 309 en 2014 et 2 119 en 2015. Les chiffres pour 2017 étant toujours à l’étude. Le parc devrait toutefois dépasser les 58 000 unités, selon les premières estimations. Plusieurs marques sont présentes sur le marché dont Honda, Yamaha, BMW, Goldwing, Harley Davidson, Suzuki, Vespa et autres constructeurs de motos, utilitaires ou de loisir, destinées à l’usage personnel ou aux entreprises.

Evolution des nouvelles immatriculations des motos au Maroc

 

Les marques investissent dans la visibilité

Pourquoi le secteur, particulièrement la niche loisir, connaît-il une envolée si soudaine ?
«L’image du motard a changé au Maroc. Cela fait des décennies que les motos de tout genre existent sur le territoire national. Mais ce n’est que très récemment que la moto de loisir a pu se frayer un chemin vers la notoriété à large échelle. En faisant la promotion du concept de motard, les enseignes ont réussi à maximiser l’intérêt autour des motos qu’elles proposent, ce qui explique l’engouement observé», explique Karim Kaissoumi, président du Motocazz, salon marocain dédié à la moto. Ce concept, les concessionnaires ne l’ont que très bien compris. Pesant de tout leur poids dans les évènements dédiés aux deux-roues, les enseignes investissent de plus en plus dans la visibilité et la promotion de l’image du motard à toutes les sauces. Normal, plus il y a d’amateurs de motos, plus le nombre des convertis potentiels augmente, et avec lui celui des passages à l’achat.

De 80 000 à 500 000 DH pour une grosse motos

Harley Davidson, enseigne mythique présente au Maroc depuis 11 ans et leader sur son segment, est en phase d’opérer un virage stratégique inédit en vue de maximiser sa visibilité. Motivé par l’engouement du secteur, le management de l’antenne marocaine a décidé de passer à l’action. Laurent Zagury, directeur du pôle customisation au sein d’Harley Davidson Maroc, explique à La Vie éco que «le showroom casablancais, étalé sur 800 m², est notre fief. Depuis notre installation au Maroc, nous écoulons une moyenne de 100 unités par an, pour des motos dont le prix est compris entre 80 000 DH et 500 000 DH. Ceci étant, nous avons compris que sur 10 acquéreurs potentiels basés à Tanger, seuls deux d’entre eux feraient le déplacement jusqu’à Casablanca pour acheter leur Harley Davidson. La raison pour laquelle nous avons entamé une stratégie de diffusion afin de toucher notre cible là où elle se trouve». Ce plan, étalé sur 5 ans et dont les détails nous ont été confiés, consiste à développer des «dealers in the box». Une sorte de mini-showrooms qui font office de points de présence sur les principales villes du Royaume. Ainsi, il y en aura à Rabat, à Tanger et à Fès. Pour Marrakech, Harley Davidson s’installera par voie de showroom, à l’instar de celui de Casablanca, et entend écouler une trentaine de motos sur la première année. Un concept qui inspire la concurrence, certes indirecte, mais tout aussi portée sur la croissance du marché.
Mifa Motors, distributeur exclusif de Yamaha au Maroc et spécialisée dans la mobilité urbaine en mobylette MBK, vise également un développement sur la ville ocre, au moyen d’une agence étalée sur 500 m². L’objectif serait, selon son PDG, Abdeslam Sijelmassi, de lancer une série d’investissements dans des centres dédiés à la motorisation, aux grosses cylindrées, à la vente directe de pièces de rechange et de lubrifiants.
Un concept sensiblement similaire à celui développé par Harley Davidson, pionnier dont les actions sont minutieusement observées et étudiées par ses concurrents. Pour ce qui est des investissements à prévoir, «il faut compter 1 million de dirhams en moyenne pour un centre in the box», confie Laurent Zagury, qui ajoute que «le marché de la moto de loisir compte comme produit la moto, bien évidemment, mais pas seulement. Il ne faut pas oublier le volet customisation et accessoires. Certains de nos clients vont jusqu’à débourser l’équivalent de la valeur de leur moto pour la personnaliser». Un marché dans le marché ?

Un budget de 30 000DH pour un équipement complet

Le business fleurissant de la personnalisation n’a de limite que la créativité des garagistes et, bien entendu, le porte-monnaie des motards. La customisation et les accessoires sont des segments de marché non négligeables pour les enseignes, les garagistes, les détaillants de pièces de rechange et même les particuliers. Les accessoires, pour des véhicules utilitaires peuvent se résumer au casque et à la chaîne antivol. En revanche, les grosses cylindrées, elles, en requièrent bien plus : casques à visière renforcé, blousons spécialement doublés à l’intérieur d’une membrane coupe-vent, gants adaptés, protèges-genoux et protèges-coudes, bottes à semelles spéciales, etc. Au total, l’investissement à engager pour l’attirail complet du motard peut facilement atteindre les 30 000 DH. Le double, voire bien plus, lorsque les accessoires souhaités sont customisés ou intègrent des matériaux spéciaux tels des ornements sculptés, des porte-bagages, des guidons surélevés, une peinture de carrosserie spéciale, etc.
Des garages spécialisés, comme Motomania et d’autres présents au Maroc, proposent des customisations en 48 h, et traitent tous types de motos : effet vieilli, peinture matte, brillante ou chromée, sigles et visuels de tous genres, transformation du corps de la bécane, modifications des performances, etc. «Tout est désormais possible, ce qui encourage encore plus les hésitants à se décider en faveur des deux-roues. C’est le fait de pouvoir agir de manière étendue sur sa moto, et pouvoir la rendre unique, qui explique pourquoi le nombre de motards augmente au Maroc et dans le monde», indique Karim Kaissoumi. Et à propos du bruit, il répond : «Modifier ou augmenter le ronronnement de sa moto est une personnalisation possible».

Tout comme pour les voitures, les motos doivent être munies d’une immatriculation délivrée par le service des Mines. Pour l’heure, seules les motos de moins de 50 cm3 en sont exonérées, et ne sont assujetties qu’à un numéro de série, remis par les centres de visite technique pour pouvoir les identifier. Ceci étant, sur les 200 000 motos importées au Maroc chaque année, plusieurs cas de fraude ont été relevés par les autorités. Ces fraudes concernent certains importateurs qui font passer des motos de 50 cm3 et plus pour de petits cyclomoteurs en modifiant leur motorisation au moment de les déclarer à la douane, ce qui permettrait à leurs détenteurs de bénéficier de régimes fiscaux plus cléments, et un forfait d’assurance moins coûteux. Pour y remédier, le ministère du transport applique, depuis le 20 mai 2015, les dispositions du Code de la route de 2010 relatives au contrôle et à l’immatriculation ou l’enregistrement de cyclomoteurs, les motocycles, les tricycles à moteur et les quadricycles à moteur. Aussi, les usagers de la tranche concernée par la réglementation doivent impérativement être munis d’un permis de conduire. Ce document se prépare chez les auto-écoles, comme c’est le cas pour les voitures, et la durée moyenne d’initiation est de 15 jours. Par ailleurs, le ministère de tutelle travaille sur un projet de généralisation du permis obligatoire pour tous types de motos.

Au Maroc, 852 cas de décès des suites d’un accident mortel impliquant des véhicules à 2 ou 3 roues sont recensés chaque année. Ce chiffre porte à 24% la part de ces accidents sur le total observé annuellement (89 998 en 2017).

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