Bus à haut niveau de service écolo : Marrakech s’active pour être dans les temps

Le coût global de la première ligne de 8 km est estimé à 200 MDH. Le prix d’un voyage est fixé à 4 dirhams. Les travaux relatifs aux couloirs et à la signalisation de la première ligne sont finalisés.

Marrakech est l’une des premières villes marocaines à opter pour les bus à haut niveau de service (BHNS). Moins coûteux que le tramway, ce moyen de transport collectif est une alternative offrant une bonne qualité de service aux usagers. Grâce à des couloirs de circulation dédiés et des équipements installés sur tout le réseau (abribus, stations et barrières de protection), les BHNS assurent une ponctualité et un confort comparable à celui du tramway. Et pour être en phase avec la COP 22 qu’elle accueillera en novembre prochain, la ville ocre a choisi des bus électriques respectueux de l’environnement. Le choix du Conseil de la ville Marrakech s’est porté sur l’entreprise chinoise Yangtse (qui a signé lors de la visite royale en Chine en mai un accord avec la BCP et la Société d’investissement énergétique (SIE) pour l’installation d’une usine de production de bus électriques au Maroc). «Yangtse devrait nous fournir 15 bus électriques pour la première ligne en attendant une deuxième livraison de même ordre. Nous avons opté pour des bus articulés d’au moins 18 m, voire des bus bi-articulés de 24 m permettant une plus grande capacité notamment lors des heures de pointe. La commande pourrait également comprendre 2 ou 3 bus alternatifs de 12 m. L’objectif est d’atteindre 34 000 passagers/jour», explique Ahmed Moutassadiq, 4e vice-président du Conseil de la ville de Marrakech. L’accord liant la ville à Yangtse prévoit également l’installation, la réparation et les pièces de rechange des bus électriques mais aussi un centre de formation pour la maintenance. A en croire le vice-président, les bus électriques ne coûteront pas plus cher que les bus à moteur diesel. Du coup, la tarification des BHNS s’aligne sur celle des bus classiques. Le ticket sera facturé 4 DH/trajet.

Le calendrier de réalisation des trois autres lignes n’est pas encore arrêté

Pour rester dans la trame écolo, les bus seront alimentés par une centrale solaire financée par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). D’un coût de 1,7 million de dollars, elle «permettra d’alimenter tous les bus électriques de Marrakech prévus dans la 1ère ligne et même au-delû, précise le vice-président du Conseil communal.

Pour la réalisation de tout le projet, l’Etat devrait apporter sa contribution par le biais du Fonds d’accompagnement des réformes de transport routier urbain et interurbain (FART). Le Conseil de la ville n’écarte pas la possibilité de recourir au crédit bancaire pour compléter le financement, d’autant que pour la seule première ligne, l’investissement est estimé à 200 MDH, selon Younes Benslimane, 1er vice-président du Conseil de Marrakech.

Quoi qu’il en soit, les autorités travaillent d’arrache-pied afin de livrer la première ligne de 8 km en trolley partiel (dont le courant est fourni par caténaires dans les zones qui le permettent et par simple batterie ailleurs) avant le coup d’envoi de la COP22. Les trois autres prévues dans le Plan de déplacement urbain sont programmées pour plus tard.

Ces 4 lignes relieront le centre-ville aux quartiers périphériques par des pôles d’échanges où les bus classiques prendront le relais vers les zones à forte densité. A en croire le Conseil de la ville, les travaux relatifs aux couloirs (16 km) et à la signalisation (feux rouges intelligents) de la première ligne sont finalisés. La seconde phase consiste en l’embellissement et l’aménagement par le biais de plantations et de verdure, d’abribus et de barrières de protection. L’appel d’offres relatif aux échangeurs est en cours.

Selon Alsa Transport, délégataire du transport public de voyageurs par autobus à Marrakech, la ligne BHNS sera dotée de quatre pôles d’échange pour assurer la jonction avec toutes les lignes existantes et qui seront construits au cours de l’année.

Le BHNS n’est qu’une première étape sur la voie de l’amélioration de la qualité du système de transport de la région de Marrakech. Une SDL (société de développement local) chargée du transport, dont le capital est détenu par la ville et la région à hauteur de 65% et 35%, est déjà constituée. Grâce à ce partenariat, la ville est mieux armée pour convaincre les bailleurs de fonds potentiels. En tout cas, c’est le vœu de Younes Benslimane. «Nous espérons également concrétiser des projets destinés à la région, à l’instar d’un RER reliant Tamansourt à Marrakech», espère-t-il.

Une autre ville touristique, Agadir, s’entiche elle aussi du BHNS. Le projet entre dans le cadre de l’intégration du service au sein d’un système global de transport public. «Ce système complet de transport urbain concerne 9 communes et nécessite une enveloppe budgétaire de 4,4 milliards de DH. Des aménagements routiers comme les passages sous-terrains, les ronds-points giratoires, les aires de stationnement ou encore les pistes cyclables sont également prévus», explique Salah El Malouki, maire d’Agadir. L’aménagement des couloirs, la construction de stations et d’équipements et l’acquisition du matériel roulant coûteront à la capitale du Souss un milliard de DH, ce qui correspond à un quart du budget alloué au PDU. Une première ligne de 15 km est prévue et une seconde est à l’étude. Elle reliera le port d’Agadir à Tikiouine en passant par l’Université Ibn Zohr. «Le BHNS comprend également des stations dotées d’affichage électrique et assure une ponctualité grâce à des navettes à 4 min d’intervalle», déclare M. El Malouki. Les travaux ne sont pas encore entamés, faute de financement. Le FART devrait y contribuer, mais la mairie d’Agadir dit ne pas avoir reçu les fonds nécessaires. En tout cas, le BHNS se présente comme une alternative sérieuse de transport pour une ville à densité moyenne comme Agadir.