Budget 2008 : Abbas Al Fassi pourra-t-il maintenir le déficit à  3 % ?

La conjoncture impose qu’il lance des signaux aux classes vulnérables. En même temps, il est tenu par l’impératif de maîtrise des dépenses publiques.
Les réformes fiscales sont à l’ordre du jour, mais seront-elles
concrétisées ?

«Abbas Al Fassi arrive dans une conjoncture où il est obligé de donner des signaux, sur le plan social tout particulièrement. C’est très probablement sur ce seul aspect qu’il retouchera le projet de Loi de finances en cours». Ce commentaire est celui d’un ancien ministre, membre du gouvernement d’alternance de Abderrahmane Youssoufi. Ce ministre fait allusion au renchérissement des prix de nombreux produits de base, en particulier les produits alimentaires. Economiste de formation, il prévoit d’ailleurs que l’inflation, à la fin de cet exercice, atteindra ou approchera les 3 %. Or, très précisément, l’impératif de maîtrise de l’inflation figure en bonne place dans la lettre de cadrage (voir encadré) du Premier ministre sortant, Driss Jettou, et qui trace, comme on sait, les lignes directrices de la Loi de finances en préparation. Toute la difficulté pour le Premier ministre désigné est justement de concilier cet impératif avec un autre et sur lequel la fameuse lettre de cadrage insiste également : la maîtrise des dépenses publiques. «Quand on voit que les dépenses de compensation ne font qu’augmenter, on peut se demander dans quelle mesure il sera possible de comprimer les dépenses publiques, sinon de rogner sur les dépenses d’investissement ou tout au moins de ne pas les augmenter», s’interroge notre ministre.

Les dépenses incompressibles continuent de peser sur le Budget
Une chose est sûre, si les dépenses de personnel ont pu être, pour une fois (en 2006), maîtrisées et même légèrement réduites grâce à l’opération de départ volontaire dans la Fonction publique (environ 40 000 fonctionnaires ont été concernés), pour l’exercice 2008, en revanche, elles ne pourront que s’apprécier relativement. Comme c’est d’ailleurs le cas en 2007: + 6,9 %, soit 62,7 milliards de DH, contre 58,7 milliards en 2006. D’abord, parce que, comme à chaque Loi de finances, il faut, pour pourvoir aux postes vacants (départ à la retraite pour limite d’âge) et faire face aux besoins dans l’éducation (avec l’augmentation du niveau de scolarisation), la santé et l’intérieur, procéder au recrutement de quelque 6 000 à 7 000 fonctionnaires. Ensuite, il y a les promotions qu’il faut prendre en charge. Et cela coûte de l’argent, explique un fonctionnaire des Finances, qui participe à la préparation du Budget 2008. Ce sont là, avec les autres dépenses nécessaires au fonctionnement normal de l’Administration, des dépenses dites incompressibles.

Si on ajoute à cela les réformes fiscales (la baisse de l’IS notamment) prévues par le gouvernement sortant et que le parti de Abbas Al Fassi, l’Istiqlal, a promis de poursuivre, on voit bien que la marge de manœuvre sera limitée. «La baisse de l’IS est à l’ordre du jour, mais sera-t-elle en fin de compte retenue ? », se demande-t-on au ministère des finances. De la même manière, la refonte de la TVA, bien qu’elle soit de nature à augmenter le niveau des recettes fiscales, pourrait être mal vécue par les citoyens et les entreprises. La suppression de certaines exonérations entamées avec Driss Jettou sera-t-elle donc poursuivie ? Là encore, nul n’est en mesure de se prononcer pour le moment, y compris ceux qui travaillent sur le dossier. «Nous faisons des simulations, nous proposons des scénarios, mais comprenez bien que ce sont là des questions qui ont un caractère social évident. L’arbitrage du nouveau Premier ministre est nécessaire», assure-t-on. En somme, La tâche pour Abbas El Fassi sera compliquée… à moins de puiser dans le déficit budgétaire.