Brink’s convoite les services aux passagers dans les aéroports

L’Office national des aéroports dubitatif sur l’opportunité d’externaliser cette tâche.

L’Office national des aéroports (ONDA) va-t-il externaliser ses services d’accueil clients et donc une partie de la sécurité dans les aéroports? L’idée circule depuis la rentrée et des organes de presse ont même donné la nouvelle comme certaine. De fait il n’en est rien… pour le moment. En effet, un document confidentiel contenant les premières propositions a été présenté au premier ministre Driss Jettou par un prétendant de renommée mondiale, spécialiste de la sécurité, en l’occurrence le groupe Brink’s. Pour l’heure, le rapport a été soumis à l’appréciation des départements ministériels concernés : Intérieur, Transport, Tourisme, Affaires générales. Rachid Talbi Alami, ministre des Affaires économiques et générales, a même reçu des responsables de ce groupe, il y a quelques jours. On sait aussi que le projet a fait l’objet de plusieurs réunions avec le gouvernement et les dirigeants de l’Onda
L’Office, lui, ne semble pas apprécier cette démarche. Une source autorisée nous a affirmé que Brink’s a certes présenté une offre au gouvernement, mais que «cette offre ne présente pas d’avantages supplémentaires par rapport à ce que l’ONDA fait lui-même». Elle ajoute que «si un jour la décision de privatiser les services aux passagers dans les aéroports marocains devait être prise, le choix du prestataire ne devrait passer que par un appel d’offres international». En d’autres termes, Brink’s serait tout simplement en train de faire du lobbying pour obtenir ce marché.

Brink’s prévoit de créer une filiale spécialisée qui emploiera 300 personnes
En tout cas, si lobbying il y a, il est méticuleux et diplomatique, soutenu par une étude effectuée par Brink’s à l’aéroport de Casablanca où une mission du prestataire de services a séjourné du 4 au 6 juillet 2005. Cette étude ne remet nullement en cause le système de sûreté dans nos aéroports. «Les services de police, peut-on y lire, présents à l’aéroport de Casablanca, sont forts d’environ 650 agents et constituent véritablement une forte dissuasion pour ceux ou celles qui seraient animés d’intentions malveillantes». Néanmoins, d’après cette étude, il est difficile de «mesurer l’impact dissuasif», même si elle reconnaît que dans cet aéroport, les objectifs de sûreté sont ceux des standards mondiaux.
Pourquoi privatiser ? De source proche du dossier, on estime que la proposition de Brink’s s’inscrit parfaitement dans le droit fil de la politique du gouvernement en matière de tourisme et d’emploi, un point auquel le gouvernement ne peut rester insensible. N’a-t-on pas présenté lors des journées «Initiatives emploi», l’externalisation comme un des leviers pour la création d’entreprises et d’emplois ? Dans son projet, Brink’s propose de créer une filiale au Maroc qui emploiera 300 personnes dont il se charge de la formation sur un créneau nécessitant une grande expertise. Il dispose aussi d’un compte d’exploitation prévisionnel qui montre la viabilité de l’affaire. Reste que, pour cette entreprise ou un autre prétendant, l’externalisation des services aux passagers devra être avalisée par beaucoup d’acteurs intervnant dans ce domaine. Et déjà, ça ne semble pas aller de soi.