Bonne tenue des finances publiques malgré la mollesse de l’activité

Les trois soldes du Budget ont réalisé des résultats en forte amélioration sur le premier trimestre de l’année 2019. Des incertitudes pèsent toutefois sur le reste de l’exercice, en lien notamment avec d’éventuelles retombées de la guerre commerciale qui oppose la Chine et les Etats-Unis.

Sur le strict plan des finances publiques, l’économie marocaine a enregistré un bon premier trimestre 2019 ; un résultat qui contraste largement avec les premières estimations relatives à l’évolution de l’activité, donc de la croissance économique. Celle-ci, en effet, n’aurait pas dépassé 2,3% contre 3,3% en glissement annuel, selon le HCP.

Il est bien vrai cependant que dans des économies encore faiblement structurées, comme celle du Maroc, les relations causales entre deux variables, deux secteurs ou deux phénomènes demeurent encore assez faibles. De sorte que, par exemple, on peut assister à une baisse du chômage au moment où l’activité est au creux de la vague, et inversement. Ceci est surtout vrai des finances publiques où le solde budgétaire ne dépend pas que du comportement des recettes fiscales ; il est aussi fonction du niveau des dépenses budgétaires.
Les derniers chiffres sur le premier trimestre – pas ceux de la TGR mais ceux, retraités, du Trésor – montrent en effet que les différents soldes budgétaires ont tous évolué favorablement. Le solde ordinaire, c’est-à-dire l’épargne publique, a dégagé un excédent de 7,1 milliards de DH, en hausse de 101,3% par rapport au même trimestre de 2018. Cet excédent a permis de financer un tiers des investissements budgétaires, lesquels ont totalisé 21,2 milliards de DH, en progression de 10,4%. Malgré ce niveau d’accroissement, plutôt élevé, des dépenses d’investissement, le solde budgétaire global s’est considérablement amélioré, enregistrant un déficit de 1,2 milliard de DH contre un déficit de 8,4 milliards de DH en glissement annuel. Et en ne tenant pas compte des dépenses liées aux intérêts de la dette (intérieure et extérieure), le solde, dit primaire dans ce cas, est excédentaire de 4,4 milliards de DH. C’est tellement rare que ce solde soit excédentaire, notamment au cours des dix dernières années, que cela mérite d’être souligné. L’évolution du ratio de la dette en dépend.

Pas de crédits supplémentaires pour financer l’augmentation des salaires

Il faut maintenant espérer que cette amélioration des différents soldes budgétaires se poursuive au cours des prochains trimestres. Les prévisionnistes, eux, ne paraissent pas très optimistes aussi bien sur le niveau de l’activité que sur celui des soldes budgétaires. La Banque mondiale, dans son dernier rapport de suivi de l’économie marocaine, publié début avril, estime à 2,9% la croissance en 2019 (exactement comme le HCP), à 3,7% du PIB le déficit budgétaire global et à 1,4% du PIB le déficit primaire. Pour établir ces estimations, la Banque mondiale se fonde sur l’hypothèse que la croissance du Maroc serait affectée non seulement par une production agricole à peine moyenne – succédant, il faut le rappeler, à deux années exceptionnelles – mais aussi par une atonie de la demande étrangère adressée à l’économie marocaine, provenant notamment de la zone euro où la croissance est plus faible que prévu.

Par rapport aux finances publiques, le maintien de la prévision des déficits budgétaire et primaire presque aux mêmes niveaux que ceux de 2018 proviendrait de la faiblesse de l’activité bien sûr, mais aussi de ce que la Banque mondiale appelle «une réponse budgétaire aux besoins sociaux».

Maintenant que l’accord du dialogue social est signé, que son contenu est connu, peut-on dire, comme la B.M. semblait le craindre, que la «réponse budgétaire» apportée par l’Exécutif aux besoins sociaux exprimés par les syndicats va impacter le solde budgétaire global? Pour 2019, la réponse est non, comme La Vie éco le révélait déjà dans l’édition du 3 mai. Pourquoi ? Parce que l’augmentation des salaires en faveur des fonctionnaires décidée dans cet accord social est déjà provisionnée dans l’actuelle Loi de finances. Il n’y aura donc pas, sur ce point du moins, de crédits supplémentaires à mobiliser, c’est-à-dire, finalement, de dette à contracter.

Mais, par réponse budgétaire, la Banque mondiale entend aussi les subventions du gaz butane. La crainte exprimée par celle-ci est de voir le déficit se creuser, en particulier si le cours du pétrole, sur lequel est indexé celui du gaz, venait à augmenter au-delà de la prévision retenue pour la confection du budget (et qui était de 560 dollars la tonne de gaz, en moyenne sur l’année 2019).

Sur ce point, cependant, il est acquis que nul n’est vraiment en mesure de prédire dans quel sens le vent va souffler. Les cours du pétrole ont bien commencé par augmenter, puis s’accélérer jusqu’à atteindre 75 dollars le baril de Brent vers la dernière semaine d’avril. Mais rapidement, les prix sont revenus à un niveau pas trop pénalisant pour les pays importateurs, tout en étant malgré tout rémunérateurs pour les pays exportateurs (autour de 70 dollars le baril de Brent).

Les chiffres des échanges extérieurs paraissent plutôt contrastés

Pour le Maroc en tout cas, la facture énergétique au cours du premier trimestre a reculé de 1% à 18,2 milliards de DH. Et cette baisse, l’Office des changes l’explique par la diminution aussi bien des quantités achetées que des prix des transactions. Même si, ces jours-ci, des incidents ont été signalés dans le détroit d’Ormuz visant des pétroliers saoudiens, les cours du pétrole, malgré un léger frémissement en ce milieu de semaine, paraissent moins sensibles à ces incidents qu’à la guerre commerciale que se livrent en ce moment même la Chine et les Etats-Unis. Des analystes craignent en effet que si cette guerre commerciale devait s’intensifier, le risque serait grand de voir la croissance mondiale affectée de façon durable. Auquel cas la demande en énergie serait grandement limitée, entraînant les prix à la baisse.

Par rapport au Maroc, cette situation ne serait pas forcément favorable. Au mieux, elle serait neutre. Des gains seraient bien sûr réalisés sur la facture énergétique en cas de baisse des cours du pétrole, mais, d’un autre côté, les exportations du Maroc pourraient pâtir d’un éventuel affaissement de la croissance mondiale, déjà assez molle.
Pour le moment, les chiffres des échanges extérieurs paraissent plutôt contrastés. D’un côté, les échanges de biens ont dégagé un déficit commercial en amélioration de 2,4% à -46,95 milliards de DH. La balance des services, structurellement excédentaire, a réalisé un solde positif de 18,4 milliards de DH, en amélioration de 3,6%. De l’autre côté, les recettes des MRE ont baissé de 5,7% à 15,1 milliards de DH, et le flux de IDE de 47,2% à 3,1 milliards de DH. En tenant compte du flux des investissements directs marocains à l’étranger, en hausse de 56,7 % à 2,7 milliards de DH, les réserves internationales nettes baissent de 1,9% à 227,4 milliards de DH, soit environ 5 mois d’importations de biens et services.

Les recettes ordinaires, y compris la TVA des collectivités locales, ont augmenté de 6,8% à 68,8 milliards de DH sur les trois premiers mois de 2019. Les rentrées fiscales, en progression de 4,9% à 65,2 milliards de DH, représentent 94,75% de l’ensemble des recettes ordinaires.
Le taux de couverture des dépenses ordinaires (y compris les charges de compensation) par les recettes fiscales ressort à 105,6%.

Le taux de couverture des dépenses ordinaires par les recettes ordinaires s’établit, lui, à 111,5%.
Cela explique que le Budget ait dégagé, sur ce premier trimestre, une épargne publique (solde ordinaire excédentaire) relativement importante.

Grâce à une stabilisation des dépenses ordinaires, sous l’effet notamment d’une baisse à la fois des dépenses de compensation (-3,4%) et des transferts aux collectivités locales (-3,6%), le solde primaire, comme déjà indiqué plus haut, est excédentaire de 4,4 milliards de DH.

La Trésorerie générale du Royaume (TGR) vient de publier les statistiques sur les quatre premiers mois de 2019, cette fois. Et ces chiffres indiquent que les recettes ordinaires ont crû de 9,2% à 80,6 milliards de DH, et les recettes fiscales de 7,8% à 75,7 milliards de DH.

En même temps, les dépenses ordinaires ont augmenté de 11,6%, sous l’effet en particulier d’une hausse des charges de compensation de 167,7%, des dépenses de biens et services de 4,4% et dépenses relatives à la dette de 4%. Il en résulte un déficit ordinaire de 1,1 milliards de DH. Avec la progression des dépenses d’investissement de 7,8% à 24,7 milliards de DH, le déficit budgétaire global ressort à 14,1 milliards de DH.
Mais ces chiffres sont à prendre avec beaucoup de précaution, la TGR tenant une comptabilité de caisse. Bien souvent, ces chiffres sont modifiés, dans un sens ou dans un autre, une fois retraités par le Trésor, comme c’était le cas pour ceux du premier trimestre.