BMCE : le temps de la réorganisation après deux ans de baisse des bénéfices

L’activité est en hausse, mais les bénéfices ont chuté de 53,7%. Au Maroc et à  l’étranger, le RNPG est en recul.
L’augmentation du coût du risque engendrée par l’ardoise de Legler a pesé lourd sur les comptes.
La présence à  l’étranger se fera sous le nom de Bank Of Africa en cours de rapprochement avec MediCapital bank.

Le management du groupe BMCE Bank au grand complet, avec à sa tête son président Othman Benjelloun, est venu défendre son bilan 2009 devant la presse et les analystes financiers, lundi 29 mars.
Fait assez rare, M. Benjelloun, après son intervention, a assisté à toute la présentation de ses collaborateurs, répondu lui-même à certaines questions et tenu compagnie à l’assistance lors du cocktail offert à l’occasion. Apparemment, le mot d’ordre était de rassurer. Rassurer les gros actionnaires ; rassurer le marché ; et rassurer les troupes sur l’avenir d’une banque, dont l’ambition est de jouer les premiers rôles au Maroc et en Afrique, alors que l’ambiance en interne était particulièrement morose ces derniers mois.
De fait, la BMCE avait besoin d’un électrochoc.
Des motifs de satisfaction, il en existe. Le produit net bancaire (PNB) de l’activité Maroc a progressé de 25% à 3,6 milliards de DH, le résultat brut d’exploitation (RBE) de 14,3% à 1,12 milliard et le total bilan de 12%, à plus de 127 milliards.
Pour les mêmes indicateurs, les comptes consolidés ont respectivement progressé de 6,6%, 5,2 % et 12%, à 6,4 milliards, 2,2 milliards et 168 milliards de DH. Par contre, le bas du bilan qui, in fine, cristallise toutes les attentions est peu reluisant. Pour la deuxième année consécutive, le résultat net part du groupe (RNPG) a reculé. En 2008, il avait rétréci de 2,6% par rapport à l’année précédente, à 830 MDH, alors que le marché était en croissance (voir article sur le secteur bancaire en page III dans le cahier «Votre argent». Mais à fin 2009, ce même bénéfice s’est effondré de 445 MDH, soit 53,7%, à 385 MDH seulement.

1,13 milliard de DH de dotations aux provisions

Que ce soit au Maroc ou à l’étranger, la contribution des filiales dans RNPG est partout en baisse. BMCE Bank SA a vu la sienne tomber de 596,4 MDH à 191,6 millions (-67,9%), tandis que pour les activités filialisées, cette contribution n’a été que de 80,8 millions au lieu de 175,7 millions (-54%). Le repli est moins drastique à l’étranger. D’abord parce que le lourd déficit concédé en Europe est ramené à 81,2 MDH contre 112,6 millions. Ensuite, du fait que les filiales africaines ont mieux résisté, le fléchissement de leur apport n’ayant été que de 29%, à 97,8 MDH.
Naturellement, la crise ne suffit pas pour expliquer cette déconvenue. On peut la considérer comme une donne pour tout le secteur, voire le tissu économique dans son ensemble. Le groupe BMCE Bank a surtout souffert de l’aggravation du coût du risque sur le marché domestique qui se monte à 1,13 milliard de DH. Déjà, des provisions de l’ordre de 420 MDH avaient participé au recul des bénéfices en 2008. Pour l’exercice 2009, le groupe a pâti de la déconfiture de Legler qui doit environ 1,2 milliard de DH à un consortium de six banques dont il est la tête de file.

132 000 clients recrutés en 2009, une cinquantaine d’agences ouvertes

Interrogé sur ce dossier, notamment son impact sur les dotations de BMCE, le management de la banque a été peu disert. Il a juste expliqué que 50% du montant des dotations relèvent de trois clients, notamment des entreprises de textiles plombées par la crise. Othman Benjelloun se fixe un délai de trois mois pour annoncer la solution définitive retenue. Naturellement, tout n’est pas encore perdu. Ces provisions pourront venir améliorer les résultats des prochaines années, une fois tout ou une partie des créances y afférents recouvré.
En attendant, le groupe se met en ordre de bataille pour se refaire une santé. De toute évidence, il mise beaucoup sur le marché subsaharien où les espoirs sont portés par Bank Of Africa dont il détient un peu plus de 42 % du capital. L’intérêt de BMCE Bank pour cette partie du continent se manifeste davantage par sa décision d’être majoritaire d’ici à la fin de l’année dans cet établissement présent dans 11 pays. Pour soutenir la croissance, l’objectif est de doubler le capital de BOA Group sur la période 2010-2012, à 80,6 millions d’euros (880 MDH), et de porter les fonds propres à 200 millions d’euros (2,2 milliards de DH).
En tout cas, Paul Derreumaux, président de cette entité, s’est montré fort optimiste sur les perspectives. D’ailleurs, pour présenter une image unifiée en dehors du Maroc, toute l’activité étrangère sera portée par Bank of Africa, dont le rapprochement avec MediCapital bank, basée à Londres et qui gère des dossiers de financement et d’investissement en Afrique, est en cours.  
Mais il est clair que pour satisfaire la place financière, le groupe BMCE Bank devra avant tout se montrer plus agressif sur le marché domestique.
Il a certes recruté 132 000 nouveaux clients en 2009, mais le rythme est plus lent comparé aux années précédentes (+6,9% contre une moyenne de 11% entre 2006 et 2008) mais ses parts de marché sur les dépôts, y compris ceux des sociétés de financement, n’ont progressé que de 0,39 point, à 14,56%. Sur les crédits, elles se sont en revanche dépréciées de 0,27 point, à 12,83%.
Les ressources des augmentations de capital réservées au groupe français CM-CIC (2,7 milliards de DH) et aux salariés (1,2 milliard de DH en deux tranches -2010 et 2012) sont très attendues pour accroître les capacités d’intervention, déjà renforcées, il y a deux semaines, par les 3,4 milliards de DH libérés après la cession à la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) de 8% du capital, alors détenus en autocontrôle.
Enfin, une nouvelle répartition des rôles des principaux hauts dirigeants de la banque entérinée par le conseil d’administration (voir encadré) semble montrer que le cap fixé correspond bien à certains soucis de l’heure : gestion plus accrue du risque, recouvrement filialisé et refonte des procès organisationnels et d’information, sachant que, dans le fond, l’activité banque reste saine et en progression. Pas le droit à l’erreur, une troisième année de recul des bénéfices sèmerait le doute sur la capacité de la banque à se maintenir dans le peloton de tête.