BMCE Bank s’implante dans dix pays africains d’un coup

Elle achète 35% d’Africa Financial holding qui contrôle Bank of Africa.
150 agences sous contrôle et un rôle prééminent en Afrique de l’Ouest.
Des complémentarités avec l’existant mais également des doublons.

Coup de maître pour BMCE Bank. La troisième banque du pays a annoncé en grande pompe, vendredi 16 mars, la concrétisation d’un partenariat historique avec le groupe Bank of Africa, troisième réseau bancaire en Afrique de l’Ouest. Avec plus de 150 agences sous contrôle, la banque affiche, à fin 2006, un résultat net et des fonds propres consolidés respectivement de 21,7 millions d’euros (240 millions de DH) et de 1,35 milliard d’euros (15 milliards de DH). Outre qu’il symbolise un exemple à démultiplier de coopération intelligente Sud-Sud, l’évènement est de taille et à plusieurs titres.

Une présence en Afrique de l’Est également
En effet, à travers ce partenariat, BMCE Bank devient le premier actionnaire du holding de tête Africa Financial Holding (AFH), basé au Luxembourg, en détenant 35% de son capital. L’établissement financier sera donc désormais aux commandes, aux côtés d’institutionnels de renom tels Proparco (filiale de l’Agence française de développement) ou le Fonds de développement néerlandais (Netherlands development finance company). L’impact sur la performance consolidée de la banque marocaine ne sera donc que plus fort car, à ce niveau, c’est la méthode d’intégration globale qui prévaut et les comptes 2007 devraient donc être logiquement boostés par ce mariage.

Mais le plus important est le pas de géant entamé par la BMCE. Car, à travers cette opération, il ne s’agit pas d’une croissance à l’international à dose homéopathique comme on avait l’habitude d’en voir jusqu’à présent dans la conquête du Sud par les banques marocaines. L’opération permet à l’acquéreur d’étendre ses tentacules simultanément dans dix nouveaux pays à la fois. Explication : si l’on ne compte que les participations majoritaires dans les entités opérationnelles, AFH contrôle et gère 10 banques fédérées sous enseigne Bank of Africa (BOA), trois sociétés de leasing et une société de Bourse. L’essentiel de ces institutions financières est implanté dans l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA), plus précisément au Mali (berceau du groupe), Sénégal, Côte d’Ivoire, Bénin, Mali, Burkina Faso et Niger.

Sachant aussi que le réseau couvre des pays de l’Afrique de l’Est tels le Kenya, Madagascar, l’Ouganda sans compter les projets en cours dans l’Ile Maurice et la Tanzanie, BMCE Bank prend ainsi une sérieuse option pour s’ériger en banque de référence sur tout le continent africain. Pour ne rien gâcher, ses autres implantations directes en Afrique sont assez complémentaires du réseau de son partenaire. BMCE Bank couvre déjà deux pays où BOA est absent, la Tunisie, à travers sa banque d’affaires Axis Capital, et le Congo-Brazzaville par l’entremise de la banque commerciale La Congolaise de Banque. Au Sénégal, un des pays les plus prometteurs de l’Afrique de l’Ouest où BMCE Bank a implanté avec succès, depuis quatre ans, une banque d’affaires (BMCE Capital Dakar), BOA apporte une banque commerciale importante qui manquait encore au tableau de chasse.

Un relais de croissance pour la banque d’affaires prévue à Londres
Enfin, cette alliance permet au groupe BMCE Bank de s’assurer une base arrière africaine assez opportune pour son important projet, en cours, de création d’une banque d’investissement de niche installée au cœur de la City, à Londres, au conseil d’administration de laquelle siégera le célèbre banquier Peter Cooke (auteur du ratio homonyme et pierre angulaire des règles prudentielles du secteur bancaire). Cette banque qui devrait, selon nos informations, entamer ses activités dès le deuxième semestre 2007, se veut une jonction entre le marché financier européen le plus dynamique et l’Afrique, notamment en matière d’accompagnement des banques consœurs sur place pour le financement et le montage des grands projets d’infrastructure, d’énergie, de télécoms et autres.

Au demeurant, BMCE Bank, qui s’est vue, en 2004, largement distancée en terme de taille, sur son marché domestique, dans la foulée de la fusion BCM-Wafabank, prend plusieurs longueurs d’avance à l’international sur ses concurrents immédiats, Attijariwafa bank et le groupe Banques Populaires, qui ont eux aussi plusieurs projets de croissance en Afrique.

Arbitrage
Conflit d’intérêts ?
Toutefois, ce partenariat suscite également un embarras pour la banque marocaine car avec 20,7% du capital du premier établissement bancaire au Mali – Banque de développement du Mali – pour un investissement de 69 MDH, un conflit d’intérêts naît naturellement du fait du contrôle par AFH de BOA – Mali, quatrième banque commerciale de ce pays. BMCE Bank n’a, donc, vraisemblablement, pas d’autre choix que celui douloureux de se désengager de la BDM qui est un des établissements bancaires les plus importants et performants de l’Afrique de l’Ouest.