BMCE Bank – CIH : ce que donnerait leur fusion

Le groupe se classerait troisième et dominerait le marché du crédit immobilier.
Plus de complémentarité que de concurrence et des synergies en termes de coûts et de revenus.
La présence de la CDG dans leur capital à  toutes les deux pourrait faciliter les choses.

Et si le CIH et BMCE Bank fusionnaient ? Loin d’être une hypothèse scolaire ou un plan sur la comète, une telle opération alimente les discussions dans notre microcosme financier depuis que la CDG, maison mère du CIH, a fait irruption à hauteur de 8,8% dans le capital du vaisseau amiral du groupe Benjelloun au cours du premier trimestre 2010.
En effet, le rapprochement entre la «Banque de la famille» au périmètre purement domestique et le groupe bancaire marocain le plus internationalisé serait une opération aux vertus potentielles multiples.
D’une part, elle apporterait une solution éloquente à l’équation de succession toujours pendante du coté du principal actionnaire de BMCE Bank. D’autre part, elle rassurerait les chapelles politico-économiques, celles-là mêmes qui avaient fait barrage, en 2003, aux visées du français Caisse d’Epargne, sur le maintien du contrôle du fleuron bancaire qu’est BMCE Bank entre les mains d’un actionnariat marocain.
Une crainte de plus en plus manifeste alors que l’autre banque mutualiste hexagonale, Groupe Crédit Mutuel, ne cesse de monter dans son capital. Enfin, grâce à une certaine complémentarité des métiers et des segments de crédits, l’opération ne manquerait pas d’être créatrice de valeurs pour les actionnaires des deux bords.

Amélioration de la profitabilité et optimisation des fonds propres

Premier constat, en terme de taille, l’entité fusionnée demeurerait toujours au troisième rang des banques marocaines (derrière Attijariwafa bank et Groupe Banques Populaires), notamment au regard du total bilan et des fonds propres consolidés avec respectivement 201 milliards de DH et 11,5 milliards de DH contre 219 milliards et 25 milliards de DH pour le groupe coopératif marocain, son concurrent immédiat. Mais des synergies opérationnelles laissent augurer une amélioration de la profitabilité et une optimisation de la consommation des fonds propres. Ce qui est des plus appréciables et opportun pour deux banques qui sont à la traîne en terme de productivité avec un coefficient d’exploitation supérieur à 50%. 
Les synergies de coûts existent bel et bien. Elle s’expriment à travers des économies d’échelle au niveau des backs-offices des opérations bancaires, des métiers fonctionnels (marketing, communication…) ou encore à travers l’optimisation des budgets d’investissement et de fonctionnement des systèmes d’information, sachant que le CIH vient de mettre sous le boisseau un projet d’acquisition d’un ERP (progiciel intégré) bancaire qui aurait coûté quelque 400 MDH et que BMCE Bank et RMA Watanya sont bien avancées dans le schéma directeur d’un système d’information commun. 
Selon les spécialistes, ce nouveau système qui sera une première au niveau de la place financière marocaine pour avoir fait la part belle à une large intégration des métiers bancaires et d’assurance dans un seul socle informatique, et dont certaines briques sont déjà opérationnelles, pourrait parfaitement supporter et s’articuler avec l’arrivée d’un troisième acteur, en l’occurrence le CIH, ce qui économiserait des centaines de millions de DH à terme.

Leader du crédit logement et des parts de marché précieuses sur le reste

Les synergies de revenus seraient également au rendez-vous. L’apport par BMCE Bank permettra à une plus large clientèle du CIH, notamment les paiments, les particuliers et les professionnels, d’accéder à une offre plus riche et diversifiée. Ce qui verse dans la stratégie actuelle du CIH. En matière de crédit immobilier, la conjugaison des expertises renforcerait certainement la position des deux banques sur un créneau où elles se distinguent déjà.
D’ailleurs, une entité fusionnée aura un seul fauteuil de leader au sein du secteur bancaire marocain, et ce, dans le domaine du crédit au logement (voir tableau), alors que sur tout le reste, l’absorption du CIH serait pour BMCE Bank une formidable occasion de gagner des points précieux de parts de marché.
Enfin, après les deux augmentations de capital initiées en cette fin d’année par BMCE Bank (pour près de 3 milliards de DH), l’apport par le CIH de plus de deux milliards de DH de fonds propres réglementaires (qui entrent en ligne de calcul des ratios réglementaires) viendrait soulager davantage les ratios de division de risque chez la banque du groupe Benjelloun assez impliquée dans des financements Corporate de taille importante. 
Au demeurant, dans un paysage bancaire marocain, assez concentré et dominé par les établissements dont le tour de table est essentiellement constitué d’actionnaires locaux, et où les possibilités de consolidation sont quasi nulles, une fusion entre le CIH et BMCE Bank présente des atouts indéniables avec un risque limité (plus de complémentarité que de concurrence).
Encore faut-il que les actionnaires majoritaires actuels des deux bords, notamment ceux que partagent les deux banques, à savoir CDG et RMA Watanya, consentent à se faire diluer en espérant une meilleure valorisation de l’ensemble.