Blé tendre, le gouvernement propose un nouveau schéma de subvention

Objectif, agir en amont pour préserver les mécanisme d’un libre marché.
Restitution à  l’importation au niveau du port et prix de référence calculé
selon les cours mondiaux

L’Etat se donne un mois pour convaincre les professionnels

Le système de subvention de la farine de luxe, appliqué de manière transitoire, depuis le 21 septembre dernier, devrait donner bientôt lieu à  un mécanisme pérenne, permettant à  la fois de faire jouer les mécanismes du marché et de surseoir aux facteurs pouvant induire une hausse du prix du pain. Le gouvernement se donne jusqu’à  fin janvier pour le mettre en place, sachant que le schéma global est quasiment prêt. Il est le fruit du travail de cinq départements ministériels que sont l’agriculture, les affaires générales, le commerce & l’industrie, l’intérieur et les finances. Reste l’adhésion des professionnels (importateurs et minotiers) auquel il a été présenté lundi 7 janvier, dans le cadre d’une concertation élargie.

De quoi s’agit-il concrètement ? Pour prendre un raccourci, il s’agit de sauvegarder le prix de la farine de luxe à  un niveau cible de 3,50 DH/kg. Une situation inédite, puisque, jusque-là , l’Etat ne subventionnait pas la farine de luxe. Toutefois, devant la faiblesse de la récolte de la campagne 2006-2007 qui a vu la production nationale de blé tendre chuter de 25 à  4 millions de quintaux et la flambée des cours à  l’international (290 à  310 DH/q, sans compter les frais de transport et les frais annexes), même l’exonération complète des droits de douane, ramenés de 130% à  0%) n’a pas suffi. Il a donc fallu mettre en place un mécanisme de subvention d’urgence, en attendant l’instauration d’un système plus adapté.

En septembre dernier, donc, l’Etat confiait à  l’Office interprofessionnel des céréales et légumineuses (ONICL), la mission de gérer le système compensatoire, par le biais d’appels d’offres à  l’importation. Si le système a permis de débloquer la situation en stabilisant le prix (sortie moulin) de la farine de luxe, donc celui du pain, il reste qu’il présente plusieurs inconvénients. Entre autres, celui du retour de l’Etat en tant que gestionnaire administratif et commercial d’un produit libéralisé, alors qu’il doit se cantonner à  son rôle de régulateur; une faible visibilité donné aux importateurs, non seulement, obligés de jouer des coudes pour acheter au prix voulu par ONICL, mais de plus ne pouvant se positionner sur le marché mondial ; et l’impact de la subvention sur le Budget de l’Etat.

L’Etat redevient régulateur
Bref, si l’on a pu parer au plus urgent, le mécanisme adopté compte trop de travers. D’o๠l’objectif d’adpoter une meilleure approche visant pour l’Etat à  maintenir les prix à  un cours cible, tout en se gardant d’intervenir dans le processus de la chaà®ne de valeur de la farine de luxe, perturbant d’ailleurs les relations entre opérateurs. En somme, un désengagement de la gestion et de l’approvisionnement du blé tendre.

Qu’est-ce qui est proposé aujourd’hui ? Dans le nouveau schéma, l’Etat interviendrait en amont, soit directement au niveau du port, grâce à  un système de restitution à  l’importation. En termes didactiques, il remboursera aux importateurs la différence entre leur coût de revient à  l’importation et le prix cible (auquel ils revendront aux minotiers) qui permet, selon différents paramètres (transport, marge des minotiers et frais divers), d’obtenir à  la sortie des moulins un prix de 3,50 DH le kilo de farine. Le prix cible étant pratiquement constant, pour des paramètres invariables, c’est surtout au niveau des prix de référence à  l’importation qu’un effort a été fait. En effet, pour une quinzaine n, ils seront déterminés sur les cours mondiaux des 13 premiers jours de la quinzaine

(n-1.) «De la sorte, le coût de revient pour les importateurs sera appréhendé de la manière la plus juste qui soit et en tenant compte de leur marge. A charge pour eux de trouver les meilleures opportunités à  l’importation», défend Nizar Baraka, ministre des affaires économiques, qui ajoute que la suppression du système d’appels d’offres de l’ONICL s’accompagnant d’une visibilité plus importante sur les besoins en termes de délais et de quantité, «les importateurs devraient pouvoir se positionner sur les marchés à  terme et acheter moins cher qu’aujourd’hui». Ainsi, les minotiers -qui au passage conservent le bénéfice de l’exonération de la taxe sur le son- n’auraient pas à  intervenir de manière active sur la variation du prix, se contentant d’une marge mécanique et se livrant concurrence sur les quantités, et les boulangers, n’ayant pas de quoi invoquer une hausse du coût des intrants – du moins concernant la farine-, ne seront pas tentés d’augmenter le prix du pain.

Bien entendu, deux questions essentielles restent posées ? Celle du temps nécessaire à  la restitution du différentiel entre prix de référence et prix cible par l’Etat aux importateurs et celle du risque malgré tout de voir le prix du pain augmenter, puisqu’étant libéralisé. A la première interrogation, l’Etat s’est engagé à  un raccourcissement des délais de paiement et pour la seconde on assure, auprès des Affaires générales, qu’un accord de modération avec les professionnels accompagnera le système. Lors de la réunion du 7 janvier, tenue au ministère de l’agriculture, ces derniers ont pris note des propositions de l’Etat et devraient se prononcer à  ce sujet dans quelques jours. En attendant, il est utile de rappeler que la subvention de la farine de luxe, même avec un système réformé, n’est que transitoire, en attendant une accalmie des cours mondiaux.