Billets de banque : le passage aux coupures en polymère pour bientôt ?

Durant les dernières années, une vingtaine de pays ont généralisé l’usage du polymère comme support de leur monnaie. En 2018, le nombre de faux billets détectés a dépassé 9 074 faux billets d’une valeur de 1,4 million de dirhams, selon le rapport annuel de Bank Al-Maghrib.

Le passage aux billets de banque en polymère serait-il pour bientôt ? Si rien d’officiel ne filtre du côté de l’Institut d’émission, plusieurs sources bien placées dans le milieu financier rapportent que le changement du support des billets de banque est un sujet de débats chez les décideurs. Selon un officiel, des discussions récurrentes ont lieu dans le secteur ces derniers mois au sujet des préalables et des contraintes d’un éventuel basculement vers les billets polymérisés. Pour une autre source bien placée dans le secteur bancaire, l’amnistie sur les avoirs à l’extérieur pourrait être lue comme une étape pour ramasser l’ancien cash en circulation et l’éponger du marché. Les anciens billets ne seront plus acceptés dans le circuit et n’auront ainsi aucune valeur probatoire. Un crible sera mis pour échanger les anciennes coupures. Ce qui facilitera la traçabilité de la nature des transactions et l’origine des flux. «Il n’est pas du tout exclu de basculer vers des coupures en polymère dans le court terme. Plusieurs indicateurs plaident dans ce sens», confie un cadre chez une grande société de monétique.

D’abord, la banque centrale ne pourra pas rester à l’écart de ce que font la plupart des banques centrales à travers le monde. Sur les dernières années, une vingtaine de pays ont généralisé l’usage du polymère comme support de leur monnaie.

En deuxième lieu, la banque centrale ne peut être indifférente à la contrainte que pèsent les faussaires sur la fiabilité et la crédibilité des billets de banque. En effet, le polymère est un support de loin plus sûr et sécurisé que le papier. Grâce à ce matériau, un certain nombre d’éléments de sécurité à la pointe de la technologie qui étaient impossibles à réaliser sur les coupures papier pourront être ajoutés.

Cet argument justifie dans une grande mesure le basculement vers ce matériau. En 2018, le nombre de faux billets détectés a dépassé 9 074 faux billets d’une valeur de 1,4 million de dirhams (MDH), selon le rapport annuel de Bank Al-Maghrib (BAM). Les contrefaçons ciblent les billets de 200 dirhams à hauteur de 63% et par type de coupures, la série d’émission 2002 est la plus dominante dans les billets contrefaits avec une part de 48%, précise ce rapport présenté, lundi à Tétouan, devant SM Mohammed VI, par le wali de Bank Al-Maghrib Abdellatif Jouahri.

Un autre argument est celui de la solidité et de la durée de vie du support polymère par rapport à celui du papier. Ce qui va définitivement libérer BAM de la tâche de l’entretien des billets. En 2018, à en croire les données du rapport annuel de la banque, l’entretien de la qualité a porté sur un volume de 3,1 milliards de billets, en augmentation de 5%, dont 85% effectué par les Centres privés de tri (CPT) et le reste par la Banque centrale. Ce traitement a permis de produire 1,6 milliard de billets valides recyclés directement aux banques et 434 millions de billets valides versés à BAM. Par conséquent, le taux de recyclage global s’est ainsi situé à 79% contre 80% en 2017.

Il faut rappeler à cet égard que, face à la forte dégradation du papier, le traitement effectué par la banque centrale vise à s’assurer de la qualité de l’entretien effectué par les CPT.

En troisième lieu, la technologie pour faire du polymère est bien là. Ce qui veut dire que la contrainte majeure qui peut retenir les autorités, celle du coût et de la disponibilité du procédé industriel nécessaire à la fabrication, ne pose aucun problème. La banque en a fait la démonstration en août. A l’occasion de la célébration du 20e anniversaire de l’intronisation du Souverain, Bank Al-Maghrib a émis un billet commémoratif de 20 dirhams. Ce billet conçu et produit par Dar As-Sikkah a été imprimé sur un substrat en polymère utilisé pour la première fois pour la production d’un billet de banque marocain. Le nouveau billet commémoratif de 20 DH, doté d’un cours légal et d’un pouvoir libératoire, a été émis en nombre limité courant et a circulé concomitamment avec les coupures de 20 DH en vigueur. Plusieurs caractéristiques techniques ont été conçues pour rendre le billet difficile à contrefaire. En effet, plus de 10 éléments de sécurité robustes ont été intégrés sur le recto et le verso.

Il s’agit en particulier de microtextes et de motifs anti-scan qui ont été reproduits sur plusieurs zones du billet.

De plus, le billet a l’avantage d’être facilement identifiable par les malvoyants grâce aux 20 bandes réparties sur les bords du recto de la coupure, imprimées en relief et perceptibles au toucher.

En parallèle à ce grand chantier, un travail de préparation et d’adaptation des dispositifs utilisant les billets de banque, notamment les guichets automatiques, les distributeurs de tickets, les machines de jeu, sera mené pour accueillir la technologie.

Billet de banque Bank Al Maghrib
Billet de banque Bank Al Maghrib

 

Les billets de banque en polymère sont plus propres, plus sûrs et plus solides que le billet traditionnel fait en papier de coton. Ce plastique mince et souple est résistant à la saleté et à l’humidité. La durée de vie des coupures en plastique, étant résistant aux pliures ou chiffonnage, est jusqu’à trois fois plus longue au moins que celles en papier. Ces billets seraient également moins néfastes pour l’environnement que les billets en papier. Ils durent plus longtemps et ne sont pas imprimés dans les mêmes volumes que le papier, ce qui signifie moins d’énergie utilisée dans la fabrication et le transport des espèces. De plus, lorsqu’un billet en polymère atteint la fin de vie, il peut être recyclé.