Bilan du gouvernement El Fassi en terme de comptes extérieurs

Un déficit du compte courant de 35 milliards de DH contre à  peine 414 MDH en 2007 ! La consommation des ménages, moteur de la croissance, dope les importations et les exportations ne suivent pas au même rythme.

C’est à la fin de 2007, au moment où s’installait le gouvernement El Fassi, que l’un des principaux comptes extérieurs, celui des transactions courantes, affichait, pour la première fois depuis 2000, un solde déficitaire. La majorité qui arrivait n’y était évidemment pour rien, mais, depuis, on est passé d’un déficit de seulement 414 MDH à plus de 33 milliards de DH à fin 2010 et à plus de 36 milliards de DH sur la première moitié de 2011. C’est clairement la saignée sur le front extérieur ! Et au vu de la situation des échanges à fin novembre 2011, le compte courant sera certainement déficitaire à la fin de l’exercice et pourra même dépasser le niveau atteint l’an dernier. D’ailleurs, le Haut commissariat au plan (HCP), dans son budget exploratoire pour 2012 rendu public en juin dernier, estimait le déficit courant à 4,3% du PIB, ce qui correspondrait, si la prévision de croissance se réalisait, à plus de 35 milliards de DH.

Des réserves de change ne couvrant plus que 5,5 mois d’importation

Les chiffres de l’Office des changes sont à cet égard sans appel : la balance commerciale sur les 11 mois de l’année accuse un déficit de 166,5 milliards de DH, en hausse de 25,1% par rapport à la même période de 2010. C’est le résultat d’un accroissement considérable des importations (+19,7% ou +53 milliards de DH). Les exportations ont certes, elles aussi, augmenté mais à un rythme moins élevé : +15,4% ou +20,7 milliards de DH. Même en mettant de côté la facture énergétique, certes déjà très élevée (+34%, à 81,6 milliards de DH), le déficit commercial aurait malgré tout été élevé.
Avec le fléchissement des recettes touristiques d’un mois à l’autre, ainsi d’ailleurs que les exportations de phosphates, en liaison avec la détérioration de la conjoncture chez les principaux partenaires du Maroc, il n’est pas exclu que la balance des paiements, dans sa totalité, s’achève une fois de plus sur un solde déficitaire. Auquel cas il faudrait encore puiser dans les réserves de change pour combler le manque.
Il y a quelques jours, le gouverneur de la Banque centrale, Abdellatif Jouahri, abordant cette question, estimait qu’avec des réserves couvrant 5,5 mois d’importations de biens et services, la situation était encore gérable. Il rappelait, à l’appui de ses dires, le seuil retenu par le Fonds monétaire international (FMI) pour l’analyse du niveau adéquat des réserves de change et qui est de 4 mois d’importations. On peut même ajouter qu’en ce domaine, il n’y a pas véritablement de seuil universellement admis, bien que certains experts parlent de 3 mois comme seuil d’alerte. Mais, par précaution, il vaut infiniment mieux s’éloigner au maximum de ces niveaux.
Le problème au Maroc est que les importations répondent à une demande (interne) qui constitue la principale variable de la croissance économique. Il serait donc difficile d’agir sur les volumes des importations. Et ce n’est pas en mettant des taxes rédhibitoires sur les produits dits de luxe que l’on réussira à rééquilibrer la balance ! C’est pourquoi le seul moyen d’y faire face, c’est d’améliorer les exportations. Le constat à ce niveau est déjà fait : les exportations progressent, certes, mais elles restent très en deçà de ce qui est requis pour réduire suffisamment le déficit commercial.
Des plans sectoriels ont été lancés (Plan Emergence, Maroc vert, Halieutis, nouvelle stratégie énergétique) avec pour objectifs à la fois de réduire la dépendance du pays vis-à-vis de l’extérieur, comme c’est le cas dans le domaine de l’énergie, et de développer l’offre exportable. C’est certainement le chemin à suivre pour doper les exportations ; le seul inconvénient, mais il est inévitable, c’est que les résultats mettent du temps à voir le jour.