Bijouterie, un commerce qui rapporte 300 MDH par an

L’activité mobilise près de 10 000 petites fabriques et commerces, dont 60 % à Casablanca.
Des cours en hausse en raison d’une baisse de la production mondiale.
Du lingot à la bijouterie, plongée dans l’industrie du rêve.

Parures en or serties de diamants ou de zircons, boucles d’oreilles en perles, bracelets, bagues ou autres broches serties de rubis et saphirs ou tout simplement la bonne vieille, et non moins belle, ceinture en or sertie d’émeraudes. Des articles qui éveillent les sens, alliant beauté, rareté et… cherté. Mais ce sont surtout des produits qui font le bonheur de certains. Bijoutiers, importateurs d’or et de pierres précieuses, artisans orfèvres et spécialistes en gemmes et pierres précieuses et semi-précieuses sont en effet les différents maillons de cette chaîne que représente le business de l’or au Maroc. Au total, ce sont près de 18 tonnes de ce métal précieux qui sont écoulées chaque année dans le pays, ce qui donne une estimation de 300 MDH environ de chiffre d’affaires.

Un secteur où le risque est minime
Florissant certes, le business de l’or demeure saisonnier. «Nous réalisons près de 40% de notre chiffre d’affaires entre juin et août», souligne Aziz El Hajjouji, directeur général d’Oro Mecanica, grande usine casablancaise de fabrication de bijoux qui traite 2,4 tonnes d’or par an. Les raisons en sont multiples et se rapportent essentiellement au retour des Marocains résidents à l’étranger et à la multiplication des fêtes de fiançailles et de mariage durant cette période estivale.

Mais ce tableau idyllique a néanmoins été assombri durant les quinze derniers mois. Et pour cause, le prix du métal précieux sur les marchés internationaux a flambé. En effet, depuis le début de l’année 2006, le cours a grimpé de 16,4%. Première explication de cette hausse : la rareté du minerai. Les principaux pourvoyeurs d’or au monde, à savoir les Etats-Unis, l’Afrique du Sud, l’Australie et le Canada ont, en effet, vu leur production baisser. En outre, la demande du secteur de la bijouterie mondiale a baissé de 28%. De l’avis de plusieurs bijoutiers questionnés, la flambée des cours du métal précieux à l’international a quelque peu freiné le développement de l’activité au Maroc. Du coup, et en l’espace de quelques mois, le prix moyen du gramme a grimpé de 30 %, passant de 120 DH à plus de 160 DH.

Malgré cette situation, les perspectives de ce commerce sont bonnes, comme le souligne le Conseil mondial de l’or (World gold council) dans son dernier rapport. «Le commerce de l’or, la bijouterie et l’orfèvrerie demeurent un secteur où le risque est minime», commente pour sa part un bijoutier qui a pignon sur rue au centre commercial Espace Porte d’Anfa. Le patron d’Oro Mecanica abonde dans le même sens, affichant un optimisme à toute épreuve. «La demande a beaucoup évolué ces dernières années. Le design est ainsi devenu un élément très important dans la conception du bijou et c’est ce qui fait la différence de nos jours», précise M. El Hajjouji. Cela a poussé de nombreux bijoutiers à investir dans ce secteur.

Rares sur le marché marocain il y a quelques années encore, des artisans orfèvres et gemmologistes sont de plus en plus nombreux aujourd’hui à dessiner les collections des grandes maisons nationales en la matière, Passions et Azuelos entre autres. L’activité se développe tellement qu’ils se sont constitués en Association marocaine de bijouterie et gemmologie, dont le siège est à Casablanca, et qui a initié au printemps 2006 un important congrès international de diamanterie à Marrakech.

Qu’englobe le prix payé pour l’achat d’un bijou en or ? D’abord le prix du métal précieux. Actuellement, le lingot d’or (un kilo d’or pur, 24 carats) est vendu à 180 000 DH (cours du mardi 13 mars). Mais plus de 80 % des 18 tonnes vendues annuellement sur le marché national proviennent de ce que les professionnels appellent «la casse». «Ce sont les bijoux déjà utilisés et revendus par leurs propriétaires. Ils ne sont, dans la majorité des cas, pas revendus en l’état mais refondus et retravaillés dans le but d’en faire de nouveaux bijoux», souligne un bijoutier de la kissaria Haffary à Derb Soltane, à Casablanca.

10 à 15 artisans et deux jours de travail pour un bijou
Les 20 % restants proviennent des lingots achetés directement sur le marché mondial. Mais n’importe qui ne peut pas importer de l’or. Selon l’article 99 de l’arrêté du ministre des finances du 9 octobre 1977, l’importation et l’exportation d’or sont strictement interdites, sauf autorisation spéciale délivrée par le ministère des finances (administration des douanes et impôts indirects). Après la fonderie, l’or est mélangé à d’autres alliages, se composant essentiellement de cuivre et d’argent à hauteur de 333 g par kilo d’or 24 carats. On obtient ainsi l’or autorisé au Maroc, c’est-à-dire le 18 carats. C’est également la nature et les proportions de l’alliage qui définissent la couleur du métal obtenu : or jaune ou or rose. En revanche, l’or argenté communément appelé «or blanc» par les clientes des bijouteries et qui, autrefois, était fait de platine, est aujourd’hui en fait de l’or jaune recouvert d’un métal précieux de couleur argentée (*). «Nous ne travaillons pratiquement pas de platine au Maroc parce qu’il coûte cher, plus du double du prix de l’or», explique un bijoutier casablancais.

Commence alors un processus de fabrication plus ou moins artisanale, selon la qualité et la valeur du bijou à fabriquer. En moyenne, une pièce d’orfèvrerie suppose l’intervention de dix à quinze artisans qui travailleront dessus en moyenne deux jours. «Ces moyennes peuvent être revues à la hausse si le bijou est serti ou en or massif», souligne Aziz El Hajjouji. Et c’est ce maillon de la chaîne de fabrication qui coûte le plus cher et qui influe plus ou moins sur le prix de vente final du produit. Ainsi, la marge peut varier entre 20 et 100 DH par gramme. La valeur du bijou peut grimper si, en plus, il est serti de diamants, zircons ou autres pierres précieuses. Ces dernières, il faut le savoir, ne sont pas extraites au Maroc, mais proviennent pour la plupart de Belgique et d’Asie du Sud-Est.

L’or de contrebande a beaucoup diminué
Le bijou ainsi fabriqué doit recevoir son «permis de vente», à savoir le poinçonnage. Cette opération est effectuée par le service de garantie de l’administration des douanes. «Cette mesure a le double objectif de faire connaître le titre sous lequel l’ouvrage est classé et de constituer en même temps un moyen d’identification légitimant la circulation, la détention, l’exposition en vue de la vente et la vente de l’ouvrage», précise-t-on auprès de la Douane. Au passage, cette dernière perçoit 5 DH par gramme inspecté et donc autorisé.

Rappelons qu’à l’été 2002, les services de la douane au port de Nador avaient procédé à une série de saisies spectaculaires d’or de contrebande. Plus d’une tonne de lingots du métal précieux ont été saisies en quelques semaines, valant plus d’une centaine de millions DH. Ces différentes saisies ont mis à nu un phénomène jusque-là méconnu : la contrebande d’or, essentiellement en provenance d’Europe et des pays du Golfe. «Depuis, ce phénomène a beaucoup diminué. Nous continuons à opérer des saisies, mais elles ne sont pas aussi spectaculaires», souligne un cadre de l’administration des douanes. Et pour cause, depuis 2003, et en vertu de l’accord dit

«Or I» signé avec des pays comme la France, la Belgique et même la Suisse, l’importation d’or d’Europe n’est sujette à aucun droit de douane. Seule est applicable la TVA à l’importation d’un taux de 20%. Pour ceux qui désirent importer d’autres pays, d’Afrique essentiellement, ces droits de douane sont de l’ordre de 32/%. Le même régime est également applicable à l’importation de diamants et autres pierres précieuses.

Dotation
Passage en douane : attention aux bijoux trop massifs !

L’article 99 de l’arrêté du ministre des finances du 9 octobre 1977 interdit l’importation et l’exportation d’or sans autorisation de la Douane. Il dispense cependant d’autorisation spéciale les voyageurs portant des bijoux en cours d’usage tels que bagues, bracelets, chaînes, pendentifs ou boucles d’oreilles, dans la limite de 50 grammes pour les objets en platine, 500 grammes pour l’or et 3 kg pour les objets en argent.

Gisement
De l’or à Agadir

Le Maroc n’est pas un pays producteur d’or. Mais des gisements aurifères existent bel et bien, à Louriren, à 260 km au sud-est d’Agadir. Découverts en 1934, ils n’ont commencé à être étudiés sérieusement qu’en 1984 par le Bureau de recherches et de participations minières (BRPM). En 1991, des études ont décelé des teneurs en or très encourageantes (entre 5 et 60 grammes par tonne).
Le démarrage des travaux miniers à Louriren a eu lieu en 1995, par l’ex-BRPM, avant que la société Akka Gold Mining (AGM), filiale de Managem, ne prenne la relève en 1997.